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Affinerie, haut fourneau, tréfilerie

Dossier IA52070339 inclus dans Généralités réalisé en 1989

Fiche

Dossiers de synthèse

Destinations maison
Parties constituantes non étudiées logement d'ouvriers
Dénominations affinerie, haut fourneau, tréfilerie
Aire d'étude et canton Haute-Marne - Saint-Dizier 3
Hydrographies Ornel l'
Adresse Commune : Chancenay
Lieu-dit : le Fourneau
Cadastre : 1985 ZD 33

Affinerie mentionnée en 1834 contrairement à ce qu'affirme P. Beguinot selon qui le projet datant de 1837 n'aurait pas eu de suite ; habitations édifiées en 1839 : le logement dit logement d'ouvriers semble renfermer 3 logements d'ouvriers à l'étage de soubassement, 2 logements de contremaître au rez-de-chaussée et un logement de régisseur (d'après la valeur fiscale des logements selon les matrices cadastrales) ; haut fourneau construit par Roussel vers 1839 sur la rive droite de l'Ornel, haut fourneau converti en tréfilerie en 1864, construction d'un magasin industriel en 1865 ; production parallèle de chaînes signalée depuis 1856 ; cessation d'activité en 1873 ; l'usine est en ruine en 1885. L'affinerie consiste en un four à puddler, une chaufferie à la houille, un marteau et deux roues ; la soufflerie du haut fourneau fonctionne à l'air chaud ; selon P. Beguinot un cubilot fonctionne quelques temps après le haut fourneau et une machine à vapeur est présente en 1865. En 1839 Simon emploie 22 hommes, 1 femme et 6 enfants, en 1843, 12 hommes et 6 enfants.

Période(s) Principale : 2e quart 19e siècle
Principale : 3e quart 19e siècle
Dates 1839, daté par source
1865, daté par source

En 2013 (complément d'enquête) le bâtiment est toujours présent.

Murs pierre
moellon
Toit tuile mécanique
Étages étage de soubassement, en rez-de-chaussée, étage de comble
Élévations extérieures élévation à travées
Couvertures toit à longs pans
croupe
Énergies énergie hydraulique
énergie thermique
Typologies rectangulaire
États conservations vestiges, restauré, établissement industriel désaffecté

Propriété privée, accès impossible.

Statut de la propriété propriété privée

Annexes

  • LACORDAIRE Yves. La sidérurgie à Chancenay. Bulletin de Chancenay, septembre 1987

    LES DEBUTS

    "Le Fourneau'', ce lieu-dit situé à l'écart du village près de l'Ornel, a une longue histoire. Son existence prouve que la fabrication de fonte et de fer occupait une place dans la région.

    Plusieurs siècles avant notre ère, l'exploitation des gisements ferreux, le travail du métal apparaissent dans notre région (1). Des ''forges à bras", installations rudimentaires, s'installent à l'endroit même où l'on trouve du minerai et du combustible ; ce sont de simples trous d'environ un mètre de profondeur creusés dans le sol, dans lequel on introduit le minerai et le charbon de bois. Des soufflets actionnés à la main activent la combustion et la fusion du métal. On obtient une "loupe" de 5 kg qui doit subir un traitement énergique au marteau à main pour l'obtention d'un produit épuré et homogène (des vestiges sont visibles dans la forêt de Troisfontaines).

    Au XIIe siècle, les fourneaux deviennent plus volumineux car la production doit s'accroître. On a désormais recours à la force hydraulique, ce sont désormais de véritables petites usines appelées au début ''moulin à fer'' qui s'installent à des endroits fixes.

    A Chancenay, en 1454, des textes (2) signalent que le seigneur de Chancenay, Monseigneur de Choisel, cède à Gillet Bonneterre le lieu-dit "le Grand Etang" pour construire un ''fourneau à fer".

    En 1461, Gillet vend l'étang à Guillaume de Corquilleray. En 1501, les chanoines de Joinville entrent en possession des terres de Chancenay avec les ''maillets, forge à fer, minières, thuillerie''.

    Le terrier de 1576 signale des lieux évocateurs : La Ferrée sur le Chasnoy, le Puits Ferré, le Champ de la Forge ; mais toute activité métallurgique semble avoir disparu. Tout recommence en 1822, François Roussel, un maître de forges de Pont-sur-Saulx, qui a déjà acheté le moulin de Chancenay, veut faire fonctionner pour les quatre mois d'hiver un bocard et un patouillet sur l'Ornel ; en même temps, il veut exploiter des mines de fer sur le finage.

    Le bocard est une machine qui concasse le minerai brut.

    Le patouillet est une machine qui lave le minerai concassé ; en effet, avant d'être utilisé, le minerai a besoin d'être débarrassé de la terre et des cailloux qui forment une gangue.

    Les habitants de Chancenay n'entendent pas faire aboutir son projet. Le conseil municipal réagit (3) : "L'Ornel prend source d'une fontaine provenant de Sommelonne et se trouve alimentée par 15 autres fontaines dont 12 dans l'intérieur de ce ruisseau et les 3 autres situées dans le village à l'extérieur sur les propriétés particulières, ce qui entretient des eaux toujours claires et limpides sauf dans les temps d'orages et pendant les pluies abondantes d'hiver où elles se troublent seulement l'espace de 24 heures ; ces eaux non sujettes à geler sont d'une utilité précieuse pour les communes de Chancenay, Bettancourt et Saint-Dizier. Si le sieur Roussel obtenait l'autorisation de construire le bocard, il y aurait impossibilité pour la commune de faire abreuver leurs bestiaux... les habitants seraient de plus forcés de suspendre le lavage de leur linge, non seulement dans le ruisseau, mais aussi dans le lavoir public situé au bas du village... Il en résulterait que les boues produites par le lavage des minerais encombreraient totalement la portion de ce ruisseau qui traverse le village, et cela nécessiterait le curage à des époques très rapprochées aux frais des propriétaires riverains...

    En outre, les autres maîtres de forges n'ont jamais essayé d'extraire du minerai après s'être bien convaincus que le peu qui en existe dans une faible partie du territoire, ne mérite pas d'en entreprendre l'extraction...".

    En 1825, Roussel renouvelle sa demande ; il a été autorisé à construire un haut-fourneau à la ferme de Lombroy et il veut à nouveau établir un bocard et un patouillet sur l'Ornel. Pour tenir compte des arguments des habitants, il veut, cette fois, installer trois bassins d'épuration.

    Le conseil municipal n'est toujours pas convaincu et refuse catégoriquement : "ces bassins d'épuration sont aujourd'hui connus pour illusoires puisque les lavoirs à bras établis il y a plusieurs années à Sommelonne par des maîtres de forges de la Meuse en sont une preuve évidente : l'eau arrivant trouble dans les lavoirs de Saint-Dizier malgré 7 biefs. Il faudrait que Roussel retienne l'eau 4 à 5 jours et pendant ce temps le moulin et les autres usines inférieures seront obligées de chômer...

    Il est bien reconnu que pendant plus de la moitié de l'année ce ruisseau ne fournit qu'un très petit volume d'eau insuffisant pour assortir le moulin la journée entière, ce qui oblige le meunier à conduire les grains pour les faire moudre à Saudrupt ou à Saint-Dizier et quand le bocard et le patouillet seront en activité, il est évident qu'ils absorberont la totalité des eaux, ce qui privera la commune de son moulin qui existe de temps immémorial et de son abreuvoir...".

    En 1829, le Préfet rejette cette nouvelle demande.

    En 1831, le maire a l'impression que le maître de forges a abandonné tout projet car il habite Bar-le-Duc. C'était mal le connaître, car celui-ci s'installe sur le Pré de l'Etang du Moulin sur une parcelle de trois hectares.

    Le 19 avril 1832, François Roussel change de projet, il renonce au bocard et désire construire à la place une petite forge sur l'Ornel.

    (1) Voir l'ouvrage : Une grande industrie haut-marnaise, la fabrication de la fonte et du fer de Pierre Béguinot.

    (2) Voir 2G 1105.

    (3) Délibérations municipales, 1822 (mairie de Chancenay).

    L'INSTALLATION DE LA FORGE

    Le 19 avril 1832, François Roussel demande au préfet l'autorisation de construire une petite forge sur l'Ornel.

    Sa demande soulève l'opposition du sieur Gaspard Flad, meunier propriétaire du moulin de Chancenay, celle du Maire de Saint-Dizier, celle du sieur Duchene, propriétaire du moulin de la Vacquerie à Bettancourt-la-Ferrée (4) :

    "Cette demande a pour but secret d'établir au même lieu (au Champ de la Forge), un bocard et un patouillet à l'avant du bassin pour le service de son haut-fourneau à Lombroy et celui de Pont-sur-Saulx à l'établissement duquel il a échoué en 1822 et dont il a fait la demande affichée le 19 avril 1832 qui lui a été refusée après enquête quoiqu'il en ait commencé les travaux illégalement... A quoi bon établir une usine à fer quand il est constant que les anciennes usines du département chôment souvent faute de combustible...''.

    Duchemin n'avait pas tout à fait tort puisqu'un document de 1860 signale qu'un bocard et un patouillet se trouvaient au bord de l'Ornel (5).

    Mais les propriétaires des moulins situés sur l'Ornel apportent des arguments plus fondés : "ils seront privés d'eau lorsque le marteau ne frappera pas et dans le cas contraire, ils recevront un volume important dont ils ne pourront utiliser qu'une faible part et qui passeront en pure perte sur le déversoir''.

    L'ingénieur en chef des mines leur rétorque (6) : "Si cette forge fonctionnait au charbon de bois ces arguments seraient justes, mais cette forge fonctionnera selon un nouveau procédé, la production sera beaucoup plus importante que celle d'une affinerie ordinaire au charbon de bois. Ce nouveau procédé exige, pour être rentable, un mouvement continuel du marteau et donc la consommation d'eau sera uniforme. Quand l'affluence du ruisseau d'Ornel sera inférieure au besoin des roues du marteau et des soufflets de la chaufferie, cette forge sera réduite au chômage donc ces craintes ne sont plus fondées...''.

    L'établissement d'une forge devait faire l'objet d'une autorisation délivrée par le gouvernement après une enquête publique portée à la connaissance des intéressés par voie d'affiche. Dans celle-ci Roussel précise son projet. L'affinerie comportera :

    - 1 forge d'affinage,

    - 1 marteau,

    - 2 roues hydrauliques.

    Cette usine fabriquera 100 tonnes de fer par an.

    Elle consommera :

    - 900 m3 de charbon de bois tirés des forêts possédées par lui dans les arrondissement de Bar-le-Duc, Verdun et Sainte-Menehould,

    - 150 tonnes de fonte

    - 150 tonnes de charbon.

    L'usine emploiera 4 forgerons, 2 gougeats (les aides) et 1 releveur de charbon. Elle utilisera "un grand nombre de bras maintenant oisifs dans les communes de Chancenay et Bettancourt'', bûcherons, maçons, charpentiers, menuisiers, pour l'édification et la maintenance des roues hydrauliques, des soufflets, des marteaux ; l'éloignement des minerais et des forêts nécessitera un charroi important que les paysans pourront effectuer.

    Une ordonnance royale du 1er février 1837 autorise Roussel à établir une usine à fer comportant un four à puddler, une chaufferie, un marteau et 2 roues hydrauliques. Il semble que cette forge n'ait pas fonctionné longtemps à Chancenay.

    (4) Cahier des délibérations de Chancenay.

    (5) Voir 269 M1 et CXXX Série S45, S588 aux Archives départementales.

    (6) F 14 4396 dossier 35 aux Archives nationales.

  • LACORDAIRE Yves. La sidérurgie à Chancenay, de l'installation du haut-fourneau jusqu'à la fin du XIXe siècle. Bulletin de Chancenay, septembre 1987

    LA CONSTRUCTION DU HAUT-FOURNEAU

    En 1836, une intense activité règne dans la région.

    Chancenay est le point de passage des voituriers qui amènent le minerai de fer à Bettancourt-la-Ferrée, à Pont-sur-Saulx, Jeand'Heurs et Robert-Espagne, où se trouvent les forges.

    Les trois grands chemins vicinaux sont détériorés : ''les bois de charpente sont conduits au port de Saint-Dizier ; les bois de chauffage circulent ainsi que les charbons aux usines à fer. Ces bois proviennent des forêts royales de Chancenay et de celle de Troisfontaines-l'Abbaye. Le transport de ces matériaux se joint à ceux qui passent journellement sur les chemins de la commune pour alimenter deux fourneaux propres à écouler la fonte appartenant à Monsieur Roussel, maître de forges à Saint-Dizier" (1).

    Cette situation incite les autorités municipales à demander une indemnisation pour les dégâts causés : c'est ainsi que le maître de forges entretiendra, à ses frais, par moitié, le chemin de Chancenay à Lambroy.

    Le 25 mai 1835, Roussel demande l'autorisation d'installer un troisième haut-fourneau près de l'Ornel. Il était naturel d'alimenter directement la forge qu'il était en train d'installer. Il se dit propriétaire des forêts de Lambroy : le minerai sera concassé et lavé dans son bocard de Lambroy.

    Il existe des gites de minerai de fer assez abondantes pour alimenter pendant, non seulement des siècles les hauts-fourneaux existant dans la localité, mais encore ceux qui pourraient y être établis par la suite... (2).

    Possède-t-il des mines de fer à Bettancourt ? Aucun document ne le précise. Toujours est-il qu'il existe depuis des temps très anciens des mines de fer à Bettancourt.

    En 1819, un rapport des mines (3) signale des exploitations à une profondeur de trois mètres et toujours à ciel ouvert. Le Sous-Préfet écrit à ses supérieurs : "Dans l'intérêt des générations futures, il convient d'aviser à des moyens de rendre plus régulier l'exploitation, de veiller à ce que les ouvertures soient remplies et les terrains nivelés par les exploitants au fur et à mesure de l'exploitation...".

    C'est semble-t-il à partir de la seconde moitié du XIXe siècle que l'exploitation s'intensifie.

    Le 18 septembre 1857, Saupiqué, propriétaire et maire de Bettancourt, demande l'autorisation d'extraire du fer de 6 parcelles qu'il possède sur le territoire de la commune.

    Le 16 octobre 1857, la mairie demande l'autorisation de vendre une étendue de 9 ares ; "le minerai se trouve dans le jardin de l'instituteur, il peut être dirigé vers les hauts-fourneaux du voisinage...". Cette fois encore, des résistances importantes se font jour contre le projet du maître de forges puisque c'est seulement en 1841 que le haut-fourneau sera construit.

    Les réticences viennent surtout des agents forestiers qui sont effrayés par l'énorme quantité de bois nécessaire pour alimenter les hauts-fourneaux. A cette époque, les usines sidérurgiques sont volontiers accusées d'être des gouffres dévorants : "le besoin de charbon de bois d'une usine moyenne représente la coupe annuelle de 30 hectares de forêts soit 600 hectares consommés sur un espace de 20 ans...'' (4).

    "Les agents forestiers persévèrent à soutenir ce qu'ils ont avancé tant de fois dans leurs précédents avis, à savoir, qu'attendu la cherté et la rareté toujours croissantes des bois, on risque de compromettre l'existence des usines existantes et porter un grand préjudice aux habitants des communes environnantes en leur faisant payer très cher le bois de chauffage...''.

    Par contre, l'ingénieur des mines qui étudie le dossier, n'est pas de cet avis : ''il estime que ce projet comporte de grandes économies dans la consommation du combustible qui résultent des améliorations introduites dans la fabrication sidérurgique...''. Il compte même que les produits du sol forestier excéderont prochainement les besoins des usines.

    D'autre part, l'ingénieur des mines voit l'aspect économique : ''il y a urgence de favoriser la création de nouvelles usines à l'effet de procurer un écoulement à des produits qui deviendraient alors sans emploi...".

    Quant au directeur général de l'administration des forêts, il se déclare favorable au projet car il préservera la liberté de l'industrie ; il y a avantage à favoriser la concurrence sous le rapport de la vente des bois et concernant les objets d'industrie qui, en définitive, sont payés moins chers par le consommateur. Enfin se trouve assurée l'existence des ouvriers...".

    Finalement, tout le monde semble d'accord pour la création du haut-fourneau.

    Comment expliquer alors ces retards successifs depuis le dépôt du dossier en 1835 ?

    Le dossier est bloqué 21 mois par les ingénieurs des mines ; lourdeur administrative ? Certes, mais une erreur de l'ingénieur de l'arrondissement qui a omis une enquête administrative ; il y a eu aussi une erreur du maître de forges qui a modifié entretemps les lieux sans le signaler. Le bief de la forge a été transformé en étang.

    ''Il est fâcheux qu'après une attente de plus de quatre ans la solution à une affaire remarquable par la simplicité de ses éléments soit de nouveau retardée, le rapporteur, bien que déplorant lui-même cette étrange fatalité ne saurait toutefois y remédier, car tant que des règlements circulaires n'ont pas été abrogés, ils doivent continuer d'avoir leur effet et nul ne peut sans un prétexte quelconque les enfreindre...''.

    28 février 1840 : enfin arrive l'ordonnance du roi qui autorise la construction du haut-fourneau en vis-à-vis de la forge que l'ordonnance de 1837 a déjà autorisée.

    LES DIFFERENTS MAITRES DE FORGES DE CHANCENAY de 1839 à 1865

    C'est peut être le découragement qui a éloigné Roussel de Chancenay.

    Toujours est-il qu'une nouvelle famille de propriétaires s'installe dès l'ouverture de l'usine ; c'est la famille Jobard.

    Elle est d'abord associée à Louis Isidor Simon qui paie une patente depuis septembre 1839. Le haut-fourneau produit alors de le fonte moulée (pour une valeur de 90 500 F en 1841).

    A ce moment, le haut-fourneau fonctionne avec un mélange de charbon de bois et de coke ; 2 soufflets avec charnières en bois fonctionnent grâce à la machine hydraulique qui fait huit chevaux. Le haut-fourneau ne possède alors ni bocard, ni patouillet mais un cubilot qui permet le moulage de la fonte en seconde fusion. Son fondeur, Joseph Quinet, habite alors sur place.

    L'affaire ne semble pas rentable car la société fait faillite vers 1844 et "tombe même en ruine".

    A une date inconnue, elle reprend avec un autre maître de forges, Louis Guillaume Félix Dormoy, qui s'installe avec ses quatre enfants et qui modernise l'installation en 1855, en introduisant une machine à vapeur de huit chevaux, ce qui double la puissance et permet à l'usine de fonctionner même par temps de sécheresse.

    18 ouvriers travaillent en 1856. Un nouvel associé arrive l'année suivante : Geny et sa compagnie. Les fondeurs installés sur place s'appellent : Joseph Mahieu et Lambert Colas. 14 personnes vivent au fourneau en l856.

    A la veille de sa nouvelle mise en chômage, le 13 juin 1859, 6 ouvriers seulement travaillent ; la société est alors dissoute. Il y avait alors 69 hauts-fourneaux dans l'arrondissement de Wassy dont dépendait Chancenay.

    L'année suivante, le propriétaire fait appel à Etienne Simon (5) qui modernise le haut-fourneau (procédé à la Vilkinson). C'est sans doute l'apogée : l'établissement a alors une valeur estimée à 1 800 F (valeur au même moment du fourneau du Clos-Mortier : 17 900 F). Símon paie une patente de 287 F (2 457 F au Clos-Mortier).

    22 hommes, 1 femme et 6 enfants de moins de 16 ans sont employés à fabriquer de la fonte moulée.

    Leurs salaires :

    - 2 F par jour pour les hommes,

    - 1,5 F par jour pour les femmes,

    - 1 F pour les enfants.

    Un bocard et un patouíllet permettent de traiter directement le minerai qui vient sans doute des mines de Bettancourt-la-Ferrée.

    La production de fonte moulée s'élève vers cette époque à 2 500 tonnes ; elle est exportée vers Paris et les départements de la Meuse et de la Marne.

    La demande de produits métallurgiques, par l'extension du machinisme et l'apparition des chemins de fer, s'accroît dans cette seconde moitié du XIXe siècle.

    Un autre facteur favorise, mais de façon artificielle, l'industrie métallurgique nationale : des droits de douane élevés dont étaient frappés les fers étrangers à leur entrée en France.

    A partir de 1860, le déclin s'amorce inexorablement. Le gouvernement impérial supprime ces droits de douane malgré les avis défavorables des maîtres de forges. Il en résulte un envahissement du marché, ce qui provoque l'extinction des hauts-fourneaux les moins rentables, ce qui dut être le cas pour celui de Chancenay qui s'arrête de fonctionner vers 1865.

    Quant à la forge qui utilisait une technique mixte dite forge champenoise, elle n'a pas dû avoir une longue activité. Son rendement restait médiocre. Ce système ne permettait pas de faire face à la concurrence des forges anglaises plus avancées techniquement.

    En 1864, Jobard, toujours propriétaire du fourneau, transforme les lieux en une tréfilerie qui produit 10 bobines de fil cette année-là.

    Elle occupe deux ans plus tard 20 personnes, soit 4 ménages. Les trois tréfileurs s'appellent : Jean-Pierre Flusin, Alphonse Chanut et Nicoles Victor Poirot ; un mécanicien qui se nomme Gustave Félix Denizot.

    Cette tréfilerie avait causé quelques problèmes de pollution (évacuation des acides) avant sa fermeture définitive en 1873.

    Une enquête, lancée en 1877, signale : "Une trentaine de propriétaires demeurant à Chancenay déclarent que la tréfilerie située sur le territoire de cette commune est en chômage depuis environ quatre ans et qu'à l'époque où elle était exploitée, le propriétaire avait contracté l'habitude de faire évacuer les acides directement dans le ruisseau d'Ornel, qu'alors les chevaux et les bestiaux conduits à l'abreuvoir établi dans ce ruisseau, refusaient de boire, que par suite des plaintes formulées par les habitants, l'industriel avait creusé des bassins d'épuration ; mais que ces bassins ne produisaient pas l'effet qu'on en attendait, cela portait encore préjudice surtout en été où le cours d'eau est à peine couvert...''.

    La tréfilerie sera vendue en 1882. Jobard avait construit une fabrique de chaînes à proximité en 1856 ; elle sera vendue aussi avec la tréfilerie.

    Une pointerie, mue par des machines à vapeur, est signalée à cet endroit en 1882 (6). En 1896, un forgeron habite encore sur place : Joseph Gerdelat.

    D'après le curé Dommanget, l'ensemble des bâtiments de l'usine serait devenu inutilisable et vendu le 30 avril 1899 avec les 3 hectares de prés qui l'entouraient.

    RECAPITULATIF DU PERSONNEL DU ''FOURNEAU'' DE CHANCENAY

    - Les maîtres de forges successifs :

    François Roussel,

    Louis Guillaume Félix Dormoy,

    Louis Isidor Simon

    Etienne Simon.

    Quelques ouvriers :

    - Des fondeurs :

    François Baudesson né vers 1793,

    Joseph Quinet né vers 1806,

    Pierre Jules Vittenet né vers 1815,

    Claude Donot né vers 1806,

    Pierre Nicolas né vers 1818,

    Joseph Mathieu né vers 1833,

    Lambert Colas né vers 1810.

    - Un réchauffeur : Charles Gelly, fils de Louis Gelly, forgeron à Saint-Dizier.

    - Un chargeur de fourneau : Louis François né vers 1825.

    - Un mouleur : Auguste Rivière né vers 1823.

    - Des forgerons :

    Auguste Malglaire,

    Charles Prosper Arnout,

    François Eugène Lamotte,

    Joseph Gerdelat.

    (1) Cahier des délibérations de Chancenay - CXXX S45 Archives départementales.

    (2) F14 4398 Archives nationales.

    (3) CLX 52 Archives départementales.

    (4) Le fer dans la vie haut-marnaise de l'antiquité à nos jours, cité par Denis Woronoff.

    (5) 269 M1 Archives départementales.

    (6) Registre des délibérations de Chancenay.

    (7) N° 50 Bulletin paroissial 1947.

Références documentaires

Documents d'archives
  • AD Haute-Marne : 209 M9. Industrie. Statistique industrielle. 1825, 1828, 1834.

    Archives départementales de la Haute-Marne, Chamarande-Choignes : 209 M9
  • AD Haute-Marne : 209M 10. Statistique industrielle. Renseignements. Correspondance. 1839-1848.

    Archives départementales de la Haute-Marne, Chamarande-Choignes : 209M 10
  • AD Haute-Marne : 210M 2. Rapports sur la situation industrielle et commerciale du département. 1850-1870 [1880].

    Archives départementales de la Haute-Marne, Chamarande-Choignes : 210M 2
  • AD Haute-Marne : 3P 1305. Matrices cadastrales.

    Archives départementales de la Haute-Marne, Chamarande-Choignes : 3P 1305
  • AD Haute-Marne : 7P 1306. Matrices cadastrales.

    Archives départementales de la Haute-Marne, Chamarande-Choignes : 7P 1306
  • AD Haute-Marne : 130S 45. Chancenay. Moulins et usines.

    Archives départementales de la Haute-Marne, Chamarande-Choignes : 130S 45
  • AD Haute-Marne : 130S 46. Charmes-en-l'Angle [Chancenay]. Moulins et usines.

    Archives départementales de la Haute-Marne, Chamarande-Choignes : 130S 46
  • AN : F12 4711. Rapports des inspecteurs sur la loi de 1841. Ille-et-Vilaine à Mayenne. 1841-1866.

    Archives nationales : F12 4711
Bibliographie
  • BEGUINOT, Pierre. Une grande industrie haut-marnaise disparue : la production de la fonte et du fer. Chaumont, 1979. 293 [263] pages.

    p. 247