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Ancienne église abbatiale Notre-Dame, actuellement église paroissiale Notre-Dame

Dossier IA08001471 réalisé en 2012

Fiche

Genre de bénédictins
Vocables Notre-Dame
Destinations église paroissiale
Dénominations église
Aire d'étude et canton Ardennes - Carignan
Adresse Commune : Mouzon
Adresse : place de l' Abbatiale
Cadastre : 1987 AN 893

Dans la seconde moitié du 9e siècle, des moniales bénédictines habitaient le monastère de Mouzon et Hincmar, archevêque de Reims, fit transporter dans leur église, vers 880, les reliques de saint Victor trouvées sur place. En 882, l'abbaye fut incendiée par les normands et l'église aurait été reconstruite en 902 par l'archevêque Hervé. En 970, les chanoines installés par Hervé, en 889, furent remplacés par des bénédictins de Thin-le-Moutier par l'archevêque Adalbéron. Dès 999, l'abbé Boson agrandit le chevet et Jean, abbé entre 1026 et 1031, fit exhausser les murs entre le chœur et les tours. Son successeur, Raoul (mort en 1048 ou 1059) fit exécuter le portail occidental. Mouzon étant alors la seconde ville du diocèse de Reims, qui était par ailleurs fort étendu, l'archevêque Guillaume-aux-Blanches-Mains songea à ériger l'abbatiale en cathédrale. C'est peut-être à cause de ce projet que la reconstruction d'un nouvel édifice débuta vers 1195. Mais, selon Fulgence, un grand incendie détruisit, en 1212, Mouzon et son abbaye. Une reconstruction s'ensuivit marquée notamment par une pierre placée près du portail du bras sud du transept qui porte la date de 1231. L'examen des maçonneries montre que le chœur et les murs orientaux du transept datent d'avant l'incendie car les supports postérieurs du transept, à différents endroits à l'intérieur et à l'extérieur du chœur portent des traces de rubéfaction. En revanche, les parties occidentales (juqu'au 1er étage du massif) en sont totalement dépourvues et datent par conséquent du second chantier entamé vers 1212 et se termina vers le milieu du 13e siècle. Abbé en 1423 Jean Oudin de Verpel devenu conseiller de Charles VII, acheva la tour sud. Vers 1440, l'abbé Vautier ou Gaucher Viricle fit construite les deux niveaux supérieurs de la tour nord et l'abbé Vautier Pilly, en 1464, les deux voûtes du bras nord du transept. En 1485, Pierre Hanel éleva une chapelle hors-oeuvre (Notre-Dame-de-l'Epine) et les deux contreforts de la 5e travée du flanc nord. En 1504, l'abbé Jean Daguerre fit d'importantes réparations aux voûtes et, après 1512, l'abbé Jean Gilmer fit refaire celles du chœur, édifier la flèche de la croisée qui dépassait l'élévation des tours du massif et réaliser les trois baies hautes de l'abside en 1515. C'est également à cet abbé qu'il faudrait attribuer la reconstruction des parties supérieures des contreforts du flanc sud de la nef (les armoiries buchées présentes au 5e pouvaient être les siennes). En 1521, Mouzon eut à subir un siège qui n'épargna pas l'abbatiale que Jean Gilmer s'efforça de réparer mais il mourut en 1531 et fut inhumé devant l'autel de la chapelle Sainte-Croix qu'il avait fondée à l'entrée du chœur (sa tombe dut disparaître en 1724 et la chapelle en 1794 par décision du conseil municipal en même temps que la chapelle Saint-Jean-Baptiste qui lui faisait pendant). Le siège de la ville en 1650 ébranla les voûtes de la nef et les murs cédèrent en 1651. Celui de 1653 mené par Turenne fit tomber la flèche de croisée de l'abbé Gilmer et des bombes ouvrirent une énorme brèche du côté sud de la nef. Les restaurations furent entreprises par l'abbé Claude de Joyeuse et dès le printemps 1661 on posa les premières pierres des piliers ruinés et deux ans après les travaux étaient terminés (le millésime 1661 est porté sur le tympan de la tribune sud à hauteur de la 3e travée). En 1790, le monastère fut supprimé et l'abbatiale devint l'église paroissiale de Mouzon en 1801 car l'église Saint-Martin était en très mauvais état. En 1807, la foudre perça la toiture en divers endroits et l'eau qui s'infiltra ébranla les murs : en 1827, une importante lézarde s'ouvrit à la tour nord ce qui nécessita d'urgentes réparations sous la conduite de l'architecte Delerue (c'est à cette occasion que furent détruites les voussures du portail occidental visibles sur un dessin de 1853). Enfin, en 1855 la commission des Monuments Historiques chargea l'architecte Emile Boeswillwald d'un examen complet de l'édifice qui était alors dans un état préoccupant. Cet élève de Labrouste et disciple de Viollet-le-Duc supervisa les restaurations qui débutèrent le 27 juin 1867, se terminèrent en 1890 et coûtèrent 600000 francs-or. A l'instar d'un autre édifice qu'il restaura dans la région, Vignory, Boeswillwald procéda à la reconstruction complète de certaines parties et à la suppression d'autres qu'il ne jugea pas en harmonie avec le reste de l'édifice. La distinction des parties anciennes et des parties restaurées ou reconstruites est assez simple à définir car dans le premier cas on utilisa le calcaire blanc de Yoncq (de surcroît badigeonné à l'intérieur) alors que le calcaire jaune de Bulson fut mis en œuvre au 19e siècle. Au chapitre des reconstructions, Boeswillwald fit reconstruire presque entièrement les voûtes, le triforium, les fenêtres hautes de la nef (exceptées les parties restaurées au 17e siècle sur le flanc sud) et les arcs boutant correspondant car les murs étaient écartés et l'architecte ne voulut probablement pas prendre le risque de reposer une toiture neuve sur ceux-ci ; il faut cependant noter qu'un maximum de matériau d'origine ont été replacés. Le massif occidental fut repris en grande partie notamment par la restauration des tours et de leur flèche. Au revers de la façade, les deux travées du vaisseau central ont été en grande partie reconstruites depuis le pied (les colonnes sont à tambour) et Boeswillwald fit établir une tribune d'orgue pour accueillir l'orgue qui était auparavant situé sur une tribune dans le transept. En ce qui concerne ce dernier, les parties supérieures des murs pignon (ainsi que la rose du bras nord) furent reconstruites. Le chœur semble avoir été moins touché à l'intérieur mais ses voûtes ont été refaites. Enfin, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur on peut remarquer de nombreuses incrustations de pierres de taille de Bulson dans les murs, les colonnes appareillées, les piliers et des réfections totales de colonnes et chapiteaux dans les galeries et le triforium du chœur et du transept. Au chapitre des suppressions et modifications, il faut relater la destruction de la chapelle Notre-Dame-de-l'Epine sur le flanc nord de la nef et le remplacement par quatre fenêtres surmontées d´une rose d'une grande baie à remplage flamboyant sur le mur pignon de la façade occidentale (visible sur un dessin de 1853). Par ailleurs, trois verrières du début du 16e siècle qui garnissaient les baies hautes du chœur ont été démontées en 1879 et mises en caisse pour être envoyées en restauration mais elles n'ont pas été retrouvées en 1889.

Période(s) Principale : 4e quart 12e siècle
Principale : 1ère moitié 13e siècle
Principale : milieu 15e siècle
Secondaire : 3e quart 17e siècle
Secondaire : 2e moitié 19e siècle
Dates 1231, porte la date
1661, porte la date
Auteur(s) Auteur : Boeswillwald Emile, architecte, attribution par source
Personnalité : Viricle Gautier, promoteur, attribution par source
Personnalité : Gilmer Jean, promoteur, attribution par source

L'église Notre-Dame est implantée au centre de la ville et est orientée au nord-est. Edifice à plan allongé. La massif occidental est constitué par deux tours de quatre niveaux : en rez-de-chaussée chaque vaisseau comporte un portail à ébrasement, voussures en arc brisé supportées par des colonnettes à chapiteau (le portail central présente un tympan figuré) ; le 1er étage est un niveau de baies de même que le second qui comporte une grande rose au centre ; le revers de la façade centrale est occupé par une tribune d'orgue découverte portée par deux arcades. La nef est à trois vaisseaux de sept travées voûtées d'ogives sexpartite ; en élévation elle comporte des arcades basses séparées par des colonnes appareillées ou à tambour, d'une tribune à baies géminées, d'une coursière et de fenêtres hautes (cette élévation se retrouve dans tout l'édifice). La nef comporte un portail latéral sous porche, du côté sud, à hauteur de la seconde travée et la tourelle polygonale hors-oeuvre à escalier en vis à la première travée. Le transept non saillant s'ouvre sur deux chapelles orientées : la nord est à trois travées et la sud seulement à deux car la troisième est occupée par un escalier en vis ; la chapelle nord comporte un logement de recluse adossé au mur nord de sa dernière travée. L'élévation des murs-pignons est à trois niveaux : arcades basses à portail, triplet avec une coursière béante à leur base, rose au sommet. Le choeur présente trois vaisseaux à travées droites puis une abside, couverte d'une voûte d'ogives à huit quartiers, ceinturée par un déambulatoire à cinq chapelles rayonnantes ; ces dernières se composent d'une travée droite, d'une abside à trois pans et sont couvertes de voûtes d'ogives à six quartiers. La tribune du choeur accueille deux chapelles à l'aplomb des chapelles orientées du transept. L'édifice est élevé en pierre de taille de grand appareil des carrières de Yoncq et de Bulson. L'ensemble des couvertures sont en ardoise. La nef et les bras du transept sont couverts de toits à longs pans, l'abside d'une croupe polygonale, le déambulatoire d'un toit en appentis, les chapelles rayonnantes de croupes polygonales en dalles calcaire, les tours de flèches polygonales.

Murs calcaire
pierre de taille
grand appareil
Toit ardoise, pierre en couverture
Plans plan allongé
Étages 3 vaisseaux
Couvrements voûte d'ogives
Élévations extérieures élévation ordonnancée
Couvertures toit à longs pans
flèche polygonale
appentis
croupe polygonale
Escaliers escalier hors-oeuvre : escalier en vis, en maçonnerie
escalier dans-oeuvre : escalier en vis, en maçonnerie
États conservations bon état, restauré, inégal suivant les parties
Techniques vitrail
peinture
sculpture
Représentations armoiries crochet
Précision représentations

La base de la tourelle du clocher comporte deux écus dont les armoiries ont été martelées ; la partie supérieure de la face ouest de la tour sud et le 5e contrefort du flanc sud de la nef en présentent également chacun un dans le même état. Chapiteaux à crochet dans tout l'édifice.

Edifice de la première moitié du 13e siècle assez exceptionnel par son ampleur et ses élévations. Figure au J.O. du 18 04 1914.

Statut de la propriété propriété de la commune
Intérêt de l'œuvre à signaler
Éléments remarquables choeur, nef, portail, clocher, déambulatoire
Protections classé MH, 1840
Précisions sur la protection

Eglise : classement par liste de 1840.

Références documentaires

Documents d'archives
  • Médiathèque du patrimoine -Cote 81/08-153-carton 44- Ardennes-Mouzon-Eglise. Manuscrits : Delerue, 1843 et 1846 Boeswillwald, 1855.

  • Archives départementales des Ardennes, AD, 4 T. 1921 : devis pour la réparation d´un contrefort du bras sud du transept, 2 985 f. 1922 : devis pour la réparation de couvertures et vitraux, 17 128 f. 1925 : devis pour la réparation de toitures, 42 745 f.

Bibliographie
  • JUSSY abbé. Notre-Dame de Mouzon. Sedan : Imprimerie Jules Laroche, 1880.

  • COLLIN, Hubert. Les églises anciennes des Ardennes. Editions de l´O.D.T. des Ardennes, 1969. 178 p.

    p. 91-102
  • Dictionnaire des églises de France. Volume 5 : Champagne, Flandre, Artois, Picardie. Paris : Robert Laffont, 1969. 144 p.

    p. 88-89
  • COLLECTIF Dictionnaire historique des communes des Ardennes - 5e livraison - Auflance, Boult-aux-Bois, Briquenay, Damouzy, Etrepigny, La Ferté-sous-Chiers, La Francheville, Gespunsart, Gruyères, Gué-d'Hossus, Landres-Saint-Georges, Margny, Sing--Montlibert, Toges. Revue historique ardennaise, n° 14, 1979, p. 133 et suiv.

    p. 133-288
  • MARBY, Jean-Pierre. Les édifices cultuels catholiques d´après l´enquête épiscopale de 1919. In [Exposition. Charleville-Mézières, Archives Départementales des Ardennes. 1994]. Les Ardennes durant la Grande Guerre (1914-1918) . Charleville-Mézières : SOPAIC, 1994, p. 275-290.

    pp. 275-290
  • PEROUSE DE MONTCLOS, Jean-Marie (dir.). Le guide du patrimoine de Champagne-Ardenne. Paris : 1995. 432 p.

    p. 238
Périodiques
  • COLLINET, P. Découverte archéologique dans l'église de Mouzon. Revue d´Ardenne et d´Argonne, décembre 1898, n°2.

  • FREZET, A. Inscriptions mouzonnaises. Revue historique ardennaise, 1900, tome VII.

    p. 54-149
  • JADART, Henri. Le vitrail de Puiseux et autres anciens vitraux des églises du département des Ardennes. Revue historique ardennaise, 1900, tome VII.

    pp. 316-317
  • JADART, Henri. Les édifices religieux du département des Ardennes. Revue historique ardennaise, 1906, tome XIII.

    p. 61-98
  • CASIER, Joseph. Monographie de l´église ND de Mouzon. Revue historique ardennaise, 1907, tome XIV.

    p. 105-129
  • MEYRAC, Albert. Mouzon... son église. L'automobilisme ardennais, avril 1936, n°16.

    p. 7-9
  • MANCEAU, Henri. Grandeurs et misères des vieilles pierres ardennaises : Notre-Dame de Mouzon. L'automobilisme ardennais, juillet-août 1953, n°91.

    p. 9-19
  • COLLIN, Hubert. Le mobilier monastique des Ardennes. Etudes ardennaises, 1968, n°52 pp. 19-32.

    p. 32
  • GRETERIN, Louis. Dispersion d´un patrimoine artistique et culturel : les monastères ardennais et la Révolution. Etudes ardennaises, 1968, n°52.

    p. 33-40
  • SOUCHAL, François. Remarques sur la construction de l´abbatiale Notre-Dame de Mouzon. Revue historique ardennaise, janvier-juin 1972, n°7.

    p. 89-102
  • MOTTE, Paul. L´abbatiale de Mouzon : un rêve de pierre. Terres ardennaises, hors-série, Route des Forêts, lacs et abbayes, mai 1996.