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Basilique Saint-Jean-Baptiste

Dossier IA52079013 inclus dans Recensement du patrimoine mobilier du département de la Haute-Marne réalisé en 2007

Fiche

Dossiers de synthèse

Œuvres contenues

  • Statue : Ecce Homo
  • Ensemble du décor sculpté du portail Saint-Jean
  • Tableau : Portrait de Jean de Montmirel
  • Statue : saint Yves
  • Verrière (verrière allégorique) : Sacré-Coeur ; Sainte Foi ; Sainte Croix
  • Tableau : Reproches de saint Jean-Baptiste à Hérode Antipas
  • Tableau : Christ sauveur du monde, entre saint Ignace et saint François-Xavier
  • Groupe sculpté : Vierge de Pitié
  • Tableau : Salomé recevant la tête de saint Jean-Baptiste
  • Parement d'autel
  • Verrière (verrière hagiographique) : Sainte Barbe, saint Antoine, sainte Geneviève
  • Croix encadrée
  • Ensemble de la sculpture des parties hautes des bras du transept
  • Groupe sculpté : Vierge de Pitié
  • Statue : Vierge à l'Enfant
  • Verrière (verrière à personnages) : Christ et saint Pierre
  • Pseudo-retable
  • Statue : saint Fiacre
  • Verrière (verrière héraldique ; vitrail tableau) : Vue de Chaumont
  • Portail du bras sud et son vantail
  • Lambris de revêtement, luminaire d'applique d'église (chandeliers d'applique)
  • Verrière (verrière historiée) : Mort d'un saint Moine
  • Bustes-reliquaires de deux saintes
  • Tableau : Le festin d'Hérode ; Cadre
  • Ensemble de l'autel de la Sainte Famille
  • Chaire à prêcher
    Chaumont, rue Saint-Jean
  • Verrières (2) (verrière hagiographique) : saint Bernard, saint Louis, sainte Thérèse, sainte Agnès
  • Ensemble de l'autel de la Résurrection
  • Chemin de croix
  • Ensemble de deux bancs de chœur
  • Tableau : Décollation de saint Jean-Baptiste
  • Panneau peint : Controverse de sainte Catherine avec les docteurs d'Alexandrie
  • Statues (2) : Anges adorateurs
  • Aigle-lutrin
  • Haut relief : Arbre de Jessé
  • Statue, socle : saint Jean-Baptiste
  • Verrière (verrière à personnages) : Saint Bernard agenouillé devant la Vierge à l'Enfant
  • Crédences (2)
  • Statuette : Enfant Jésus
  • Bénitier
  • Confessionnal
  • Peinture monumentale : Christ Sauveur
  • Verrières (2) (verrière hagiographique) : Isaïe, Bon Pasteur, saint Pierre, Calvaire
  • Tableau : Ange Gardien
  • Verrières (2) (verrière hagiographique) : Evangélistes et leur Tétramorphe
  • Tableau, cadre : Notre-Dame des Ermites
  • Buffet d'orgue
  • Tribune d'orgue
  • Ensemble de l'autel de la chapelle de Notre-Dame-du-Bon-Secours
  • Portail du bras nord
  • Tableau : Mise au Tombeau
  • Autel de la Vierge
    Chaumont, rue Saint Jean
  • Ensemble de l'autel de la Nativité
  • Antependium
  • Verrières (2) (verrière à personnages) : Rédemption ; saint Jean-Baptiste
  • Verrière (verrière à personnages) : Immaculée Conception, Litanies de la Vierge
  • Verrière (verrière à personnages) : Sainte Famille, Fuite en Egypte
  • Tableau : Songe de saint Joseph
  • Ensemble de l'autel du Sacré-Coeur de Jésus
  • Banc d'oeuvre
  • Peinture monumentale : Martyre de saint Hippolyte
  • Statue : saint Fiacre
  • Présentation du mobilier de la basilique Saint-Jean-Baptiste de Chaumont
  • Tableau, cadre : Vierge à l'Enfant
  • Verrières (2) (verrière hagiographique) : saint Antoine, sainte Françoise, sainte Colette, saint François
  • Ensemble de l'autel de saint Antoine de Padoue
  • Sculpture : Christ en croix
  • Tableau : Portrait de Jean de Montmirel
  • Ensemble de l'autel des saints Pierre et Paul
  • Ensemble de l'autel de saint Sébastien
  • Tableau : Martyre du pape saint Luce
  • Vantaux (2), tympan
  • Confessionnal
  • Maître-autel
  • Tableau : Annonciation
  • Stalles
  • Ensemble de l'autel de saint Honoré
  • Verrière (verrière historiée) : Martyre de sainte Catherine
  • Tableaux (2) : le Christ, la Vierge
  • Clôture de choeur
  • Tableau, cadre : Sainte Famille
  • Verrières (3) (verrière à personnages) : saint Jean-Baptiste au Calvaire ; Baptême du Christ ; Décollation de saint Jean-Baptiste
  • Le Sépulcre
  • Ensemble des peintures monumentales de la chapelle du Rosaire
  • Tambour de porte
  • Statue : Notre-Dame de Bon-Secours
  • Ensemble de l'autel du Christ Sauveur

La basilique Saint-Jean-baptiste de Chaumont

Le viaduc ferroviaire de Chaumont est célèbre. Mais s’il mit la ville sur la voie de la modernité, c’est l’église Saint-Jean-Baptiste qui constitue le signe le plus remarquable et le plus vivant de son histoire. Elle s’élève dans la partie la plus ancienne de Chaumont, le quartier du château, dont subsiste le donjon. Celui-ci occupe la tête du promontoire où se trouve le berceau de la ville et d’où lui vient son nom (mont chauve), tandis que Saint-Jean-Baptiste est située plus en retrait, non loin de deux anciennes portes qui, détruites au XVIIIe siècle, mettaient la cité en contact aussi avec les faubourgs qui se bâtirent au XIIIe siècle.

HISTOIRE

La première église paroissiale dans une ville aux marges de la Champagne

L’église Saint-Jean-Baptiste apparaît dans les archives à la fin du XIIe siècle, quand un certain Thiérry est désigné comme son curé dans un document daté de 1198 émis par l’abbé de Molesmes (Côte-d’Or) dont dépendait initialement la paroisse. C’est alors l’unique église paroissiale de la ville à une époque qui marque un tournant dans l’histoire de Chaumont. En effet Milon,son seigneur, était parti en croisade en 1187 et avait désigné le comte de Champagne comme le gestionnaire temporaire de la ville. Milon revint en 1192 mais, dix ans plus tard, il se croisait à nouveau et mourut en chemin. Cette fois, Chaumont fut intégré au comté de Champagne, union que consacra définitivement en 1228 l’octroi d’une charte d’affranchissement. Les habitants y gagnèrent davantage de liberté et virent leur identité affirmée face à Langres, ville proche où résidait leur évêque. La rivalité avec Langres devait marquer toute l’histoire ultérieure de Chaumont et s’exprimer même, comme nous le verrons, dans les différentes phases de la construction de l’église Saint-Jean-Baptiste.

En ce début du XIIIe siècle, l’église connut très certainement un premier chantier dont subsiste la nef et presque toute la façade occidentale. On ne conserve aucune trace écrite de ces travaux, mais bien

des éléments stylistiques confirment cette date, c’est ce que montrera l’analyse architecturale. En outre, construire – ou plus vraisemblablement reconstruire – l’église paroissiale constituait sans aucun doute un témoignage éclatant de la conscience que les Chaumontais avaient acquise de leur importance et des libertés obtenues du comte de Champagne. Preuve supplémentaire de l’importance que prenait la paroisse : au début du XIVe siècle, au curé furent adjoints plusieurs chapelains qui étaient élus par la population.

Le Grand Pardon et la reconstruction du chœur et du transept

Au milieu de la seconde moitié du XVe siècle, l’histoire de Chaumont et de son église connut une rapide célébrité. Cette fois, les faits sont parfaitement documentés. Le principal protagoniste de cette affaire fut Jean de Montmirel. Il était né à Chaumont où son père était épicier. Devenu chanoine à Langres et après des études de droit canon, il entra au service du pape Sixte IV avec le titre de référendaire (officier de la chancellerie pontificale) et d’évêque de Vaison. Devenu l’un de ses familiers, il obtint du pape deux faveurs exceptionnelles pour l’église de sa ville natale. Une première bulle promulguée le 18 décembre 1474 y installa un collège de dix chanoines – toujours élus – entourant le curé-doyen, et comprenant un trésorier et un chantre. Saint-Jean-Baptiste se trouvait élevée au rang de collégiale. Le 8 février 1475, une seconde bulle accordait des indulgences plénières à tout fidèle qui visiterait la collégiale lors de la fête de saint Jean-Baptiste chaque fois que celle-ci tombait un dimanche. Ces indulgences obtinrent un large publicité quand Louis XI, le 23 avril 1476, permit d’en faire la publication dans tout le royaume. C’est ainsi que furent instituées les cérémonies connues depuis sous le nom de Grand Pardon de Chaumont. Cette fête, qui existe encore aujourd’hui, rencontra tout de suite un immense succès. Les foules s’y précipitaient, attirées aussi bien par les avantages spirituels que par les spectacles profanes – voire triviaux – qui accompagnaient la grande procession et qu’on appelait « diableries ». Celles-ci furent souvent interdites avant de disparaître au XVIIIe siècle. En tout cas, les indulgences du Grand Pardon firent rapidement la fortune de la collégiale. Bientôt ses revenus atteignirent 10000 livres par an, ce qui équivalait à ceux d’un évêque ou d’un chapitre cathédral. Dans ces conditions, à peine quarante ans plus tard, les chanoines avaient les moyens de reconstruire avec un faste exceptionnel les parties orientales de leur église. Le chantier, qui concerna le transept et le chœur avec ses chapelles et son déambulatoire, se déroula de 1517 à 1543, comme l’indique l’inscription apposée sur le pilier oriental du bras sud du transept. Un épais dossier d’archives permet de bien connaître le déroulement de ce chantier, ainsi que ses protagonistes . Ce vaste projet visait d’abord à agrandir l’église. Pendant l’été 1517, des maisons furent acquises pour être démolies. Le chantier démarra promptement puisque dès janvier 1518, Etienne Fagotin, le marguillier de Saint-Jean-Baptiste, rétribuait les maçons Jean Barote et Jean Sauvaige pour la construction des huit gros piliers qui séparent les chapelles du chœur. Les pierres provenaient de carrières situées à Chamarandes, Choignes et de celle, plus éloignée, de Brethenay. En 1531, le gros œuvre était terminé : les chapelles et le déambulatoire avaient reçu leur couverture et le vaisseau central sa toiture couronnée d’une croix de fer. L’érection des voûtes fut plus lente. Ce n’est que le 25 août 1539 que Simon et Claude Cussin et Jean Brioble furent payés pour la taille de « 288 pieds d’ogives et 17 clefs » de voûtes. On fit alors venir de la « tuffe » - une pierre légère –de Luzy-Foulain (à présent Luzy-sur-Marne) pour remplir les voûtains. De bout en bout, la direction du chantier fut assurée vraisemblablement par François Boulet qui n’est pas encore qualifié du titre d’architecte – le mot n’étant pas alors usité – mais comme le « maître de l’œuvre » de Saint-Jean-Baptiste. Son salaire – cinq sous par jour – était tout à fait convenable et était identique à celui que percevait un autre maître d’œuvre, Robert Grappin, à Gisors dans le Vexin.

Au total, vingt-six ans avaient été nécessaires pour mener à bien la construction du nouveau chœur et du nouveau transept. La comparaison avec d’autres chantiers contemporains révèle combien celui de Chaumont fut rapidement conduit À Gisors, il fallut en effet 50 ans (1497-1548) pour ériger la nouvelle nef de Saint-Gervais-Saint-Protais. Plus proche, le chœur de Saint-Jean-du-Marché à Troyes fut entrepris en 1519 mais terminé seulement en 1566. Les chanoines de Saint-Jean-Baptiste et les Chaumontais pouvaient être légitimement fiers que leur ambition fut si promptement satisfaite sans rien céder sur la qualité de l’œuvre. Enfin le 17 novembre 1546, Philibert de Beaujeu, évêque de Bethléem, consacra le nouvel édifice avec l’accord de l’évêque de Langres.

Modifications et restauration

Par la suite l’aspect de Saint-Jean-Baptiste ne changea guère, du moins dans ses grandes lignes. Chaque siècle y laissa sa trace en fonction de ses préoccupations spécifiques. Au XVIIIe siècle, l’application des

dispositions liturgiques du concile de Trente incita les chanoines à modifier le chœur pour le mettre « à la romaine » : en 1706, le jubé fut détruit et remplacé par une grille pour permettre aux fidèles de suivre les offices ; en 1764, pour donner davantage de clarté, les remplages des fenêtres hautes du chœur et du transept (à l’exception de celles des deux pignons) furent détruits. La Révolution fit disparaître l’essentiel de la statuaire extérieure. Le XIXe siècle qui méprisait le gothique flamboyant délaissa le chœur et le transept. Sa préférence allait au gothique du XIIIe siècle. La Commission des monuments historiques, qui classa l’église en 1862, décida donc de restaurer la nef et l’architecte Emile. Boeswillwald en fut chargé. La restauration fut assez lourde et toucha aussi la sculpture décorative. De 1849 à 1863, Boeswillwald reconstruisit les piles et les voutes de la nef, les arcs-boutants et leurs culées. Un premier devis ne prévoyait qu’une reprise partielle, mais les désordres découverts au cours du chantier et mis sur le dos des constructeurs du XIIIe siècle amenèrent de proche en proche à une reconstruction à peu près totale de la nef. Pour la couverture, Boeswillwald remplaça par des dalles de pierre les toitures en tuiles des bas-côtés et du déambulatoire, prétextant que cela serait d’un entretien plus facile. L’ensemble coûta 104 909 francs. Quant au transept et au chœur du XVIe siècle, ils n’ont jamais été restaurés. Il serait temps d’y songer. L’ensemble des toitures furent, quant à elles, restaurées dans les années 1990.

L’ARCHITECTURE

Les extérieurs

La façade occidentale de Saint-Jean-Baptiste, érigée au XIIIe siècle, n’offre rien de remarquable sinon son austérité. Sa composition tripartite et encadrée par deux tours est traditionnelle. Les percements restent étonnamment rares et modestes. L’ornementation y est réduite à de simples jeux de moulures et des réseaux pour les baies et le portail. La tourelle d’escalier accolée à la tour sud est un ajout du XVIe siècle, qui vient obturer les baies situées de ce côté. Tout se passe comme si l’accès à l’église par le côté sud s’était rapidement imposé. Le portail occidental présente des ébrasements et des voussures au décor limité aux chapiteaux à crochets, tandis que le tympan en pierre est aujourd’hui remplacé par une imposte en menuiserie représentant le tétramorphe (sculpture du XIXe siècle), surmontant des vantaux du XVIIe.

Le portail Saint-Jean : un accès magnifié

Le portail Saint-Jean appartient par son style au XIVe siècle. On n’a pas manqué de le rapprocher d’un acte de la chancellerie pontificale d’Avignon accordant en 1342 des indulgences à toux ceux qui soutiendraient les réparations faites à l’église. En tout cas, ce portail a été aménagé en même temps que les chapelles latérales ouvertes entre les culées des arcs-boutants de la nef, quand le mur fut reporté à l’aplomb extérieur de celles-ci. Le cimetière, situé de ce côté de l’église, fut désaffecté, ce quipermit de dégager un parvis. Contrastant radicalement avec la simplicité du portail occidental, le portail Saint-Jean s’impose par sa conception et son ornementationbrillantes. C’est en fait un porche de trois travées construit dans œuvre, inspiré sans doute de modèles bourguignons, comme Notre-Dame de Dijon, ce queconfirme le réseau serré d’arcatures feintes au-dessus des gâbles. Le tympan du portail raconte l’histoire de saint Jean-Baptiste mais il a été en bonne partierefait dans les années 1840 par le sculpteur chaumontais Ragot, après avoir été mutilé sous la Révolution. On reconnait les parties refaites à la couleur plus claire de la pierre et au costume des personnages, qui semble plutôt appartenir à la Renaissance, signe de la méconnaissance par le sculpteur du XIXe siècledes conventions vestimentaires de la sculpture du XIVe.Du programme sculptéoriginel, ne subsiste que la statue mutilée de la Vierge à l’Enfant du trumeau.En revanche le décor architectural est d’une qualité exceptionnelle. Les principaux signes de celle-ci sont les trilobes ajourés suspendus à l’arcprincipal qui surmonte le porche ou encore la véritable dentelle de pierre que montrent les arcs latéraux autour des quadrilobes de leur tympan. Des arcs similaires sont disposés sous le porche de chaque côté du portail mais détachés du mur de façon à souligner leur beauté. Tout cela manifeste une grande maîtrise dans la conception et virtuosité dans l’exécution du décor sculpté. Les portes en bois ont été refaites dans les années 1840, mais en reprenant le dessin des portes en place, sans doute du XVe siècle, mais jugées en trop mauvais état pour être conservées.

Le transept et le chevet Renaissance

Le chœur et le transept élevés entre 1518 et 1544 se détachent de la nef par la haute masse de leur toiture en ardoise. La proximité des maisons empêche cependant de prendre la mesure du volume du chœur. Il n’est possible de prendre du recul que depuis la rue du Four, dans l’axe du bras nord du transept, rue et à laquelle on accède par la ruelle contournant le chevet. Une double volée d’arcs-boutants ceinture le chœur, se terminant par des culées avec le renfort de piles intermédiaires, piles intermédiaires et culées surmontées de pinacles, tout comme le mur du chœur, où ils interrompent la balustrade à claire-voie de la base du toit. Tout cet ensemble, reconstruit par Boeswillwald dans les années 1850, reste dans la tradition gothique, tandis que les deux portails des bras du transept marquent le passage du gothique flamboyant (au sud) à la Renaissance (au nord). Dans leurs ébrasements latéraux, les rameaux de vigne peuplés d’oiseaux et de personnages se dégagent du mur à l’arrière-plan, tandis que les niches, aujourd’hui orphelines de leurs statues, des contreforts que les encadrent sont surmontés de dais finement ouvragés. Le contraste entre ces deux portails culptés quasi simultanément est remarquable. Les vantaux en bois de la porte sud ont été refaits en même temps et dans le même style que ceux de la porte principale.

Les intérieurs : la nef du 13e siècle

Par ses dimensions, la nef de Saint-Jean-Baptiste est tout à fait conforme à l’image d’une église paroissiale d’une ville moyenne au XIIIe siècle : 28m de longueur et seulement 18m de hauteur. En revanche, sans que la cause en soit connue, les bas-côtés sont remarquablement larges (6m), presque autant que le vaisseau central (6,60m). Sous son aspect actuel, cette nef est pour l’essentiel l’œuvre de l’architecte Boeswillwald dans les années 1850, mais il semble avoir repris fidèlement les dispositions pré-existantes à son intervention. Les bas-côtés sont restés plus authentiques.

Un modèle : La cathédrale de Sens

Deux données fondamentales, toujours associées, définissent le parti architectural de la nef : les voûtes sexpartites et l’alternance des supports forts et faibles. En ce début du XIIIe siècle, quand la nef est érigée, ces deux paramètres apparaissent archaïsants, car la simplicité de la voûte quadripartite s’impose partout, de Chartres à Reims et à Troyes. Pour que les bâtisseurs de Chaumont soient convaincus de leur qualité, il fallut donc qu’ils fassent appel à des modèles prestigieux. En l’occurrence il s’agit très certainement de la cathédrale de Sens, commencée vers 1140 et considérée aujourd’hui comme la première cathédrale gothique. Cette hypothèse est étayée par une disposition plastique très précise perceptible dans les deux édifices : l’alternance des supports est clairement soulignée au second niveau du vaisseau central où le pilier adossé et composé de trois colonnes des points forts s’oppose nettement aux points faibles présents sous la forme soit d’un mince faisceau de trois colonnettes soit d’une colonnette unique. En revanche au premier niveau, l’alternance des supports est bien moins sensible : là où Sens proposait d’étonnantes colonnes jumelées, à Chaumont on a érigé des piles composées assez similaires finalement à celles des supports forts, sauf entre les deux dernières travées où le point faible prend l’aspect plus simple d’une colonne, mais seulement du côté du vaisseau central. Il faut donc constater qu’en allant de la dernière à la première travée, le modèle de Sens perd une partie de sa force plastique. On peut en déduire qu’à Chaumont, le chantier s’est déroulé d’est en ouest, assez lentement, et qu’à la fin de l’érection de la nef, le système de l’alternance des supports et des voûtes sexpartites était largement dépassé. Cet achèvement doit se situer dans les années 1240, au cours desquelles s’installe l’architecture rayonnante, qui assure le triomphe de la pile composée. En outre, d’autres modèles plus récents et plus proches que Sens ont sans doute eu leur part dans le projet initial. Ainsi les tailloirs carrés, les chapiteaux ornés de crochets et le profil des grandes arcades ressemblent fortement à ceux du chœur de la cathédrale de Troyes commencé en 1208.

Une élévation dépouillée

A la différence du rythme compliqué des supports, l’élévation du vaisseau central est très simple : deux niveaux seulement, avec un grand mur nu entre les grandes arcades et les fenêtres hautes, ce qui confirme le statut modeste de l’église de Chaumont au XIIIe siècle. Celle-ci ne peut rivaliser avec les cathédrales qui proposent alors des élévations plus élaborées à trois (Sens, Chartres, Reims, Troyes…) ou à quatre niveaux (Laon, Paris…). Cependant dans la première travée, au niveau de la tribune de l’orgue, apparaissent de simples baies ménagées sous les fenêtres hautes et ouvrant sur les combles au-dessus des bas-côtés : c’est sans doute un autre signe de l’évolution des formes au cours du chantier. Les fenêtres hautes n’apporteraient qu’une lumière modeste si certaines n’avaient été élargies ultérieurement ; elles se réduisent à une baie étroite sans remplage, comme dans le premier gothique jusque dans les années 1200-1210.

Un gros cordon horizontal et fortement mouluré sépare nettement les deux niveaux de l’élévation et rompt même l’élan vertical des supports. Ce dispositif n’existait pas à Sens ni dans les cathédrales gothiques suivantes comme Paris et Noyon. Sa première occurrence est à Reims, cathédrale commencée en 1211. C’est sans doute là que les bâtisseurs de Chaumont ont pris le modèlede ce cordon.

Les raisons des bâtisseurs

Sens, Troyes, Reims… les cathédrales de ces villes sont donc vraisemblablement les références que les bâtisseurs de Saint-Jean-Baptiste de Chaumont – alors simple église paroissiale –avaient à l’esprit pour établir leur projet et le modifier en cours de chantier. On ne peut que s’étonner de l’absence de référence à la cathédrale dont dépendait la paroisse de Chaumont : celle de Langres. Son chantier s’achevait justement au moment où était entrepris Saint-Jean-Baptiste mais elle avait été commencée à peu près en même temps que celle de Sens. Pourquoi alors les Chaumontais ont-ils préféré Sens à Langres ? Sans doute d’abord parce que l’architecture de la cathédrale de Langres, bâtie en s’inspirant de la grande abbatiale romane de Cluny, appartenait à une esthétique démodée. Peut-être aussi faut-il voir dans les choix formels et les modèles de la nef de Saint-Jean-Baptiste une des premières manifestations de la rivalité de Chaumont avec Langres. Les responsables du chantier ne voulaient faire ni référence ni déférence à Langres et à sa cathédrale. Choisir Sens comme modèle initial était une façon d’affirmer leur autonomie face au pouvoir de Langres et de son évêque. C’était aussi montrer l’orientation de Chaumont vers la Champagne et sa capitale Troyes, dont le diocèse faisait partie de l’archevêché de Sens.

Les intérieurs : le chœur et le transept du 16e siècle

On ne connaît pas l’emprise exacte des parties orientales de l’église Saint-Jean-Baptiste du XIIIe siècle, mais il est certain que le premier souci des bâtisseurs des nouveaux transept et chœur du XVIe siècle était d’agrandir leur église. C’est ce que disent les pièces d’archives signalant l’achat de maisons voisines destinées à la destruction « pourcroistre et augmenter ladite église ». Le résultat est aussi probant à la lecture du plan qui montre que la surface de l’église se trouva doublée grâce au projet grandiose du XVIe siècle. Cependant les bâtisseurs ont veillé à maintenir une continuité certaine avec la vieille nef en gardant les mêmes proportions : même type basilical avec bas-côtés, hauteur et largeur identiques. Même le transept est non saillant et ses façades s’alignent sur les murs extérieurs des chapelles de la nef. Il faut souligner ce souci de cohérence entre les parties nouvelle et ancienne de l’église, alors que nombre d’églises de cette époque, dans la même situation, affichent au contraire une rupture radicale, comme à Saint-Jean-au-Marché à Troyes ou à Saint-Etienne de Beauvais.

Un plan traditionnel

La composition de l’espace, quant à elle, s’avère tout à fait conforme à l’archétype de la grande église tel qu’il s’impose depuis le XIIesiècle : transept et chœur bien séparés, déambulatoire sur lequel s’ouvrent neuf chapelles dont cinq rayonnantes autour du rond-point du chœur,le tout ceint par un mur continu sans rentrant. Ces dispositions paraissent très traditionnelles si on les confronte aux géométries inventives de l’espace dont font preuve bien des églises contemporaines. Par exemple, le chœur de Saint-Jean-du-Marché à Troyes a un chevet tout plat et ses chapelles semblent occuper tout le terrain disponible sans souci de la symétrie ; ou bien, plus proche, le chœur de Saint-Etienne de Bar-sur-Seine, bâti entre 1505 et1557, présente une couronne de chapelles mais interrompue au niveau du chevet plat où n’apparaît qu’une seule chapelle axiale hexagonale ; ou encore, à la même période et tout aussi proche, à Brienne-le-Château, trois grandes chapelles constituent le chevet de l’église et par leurs voûtes elles intègrent les travées voisines du déambulatoire. Comment expliquer le plan tout à fait traditionnel de Chaumont ? Les bâtisseurs ont sans doute eu la volonté de renforcer la légitimité du Grand Pardon, qui avait alors à peine cinquante ans,en donnant à l’église où il se déroulait la disposition des grandes églises de pèlerinage anciennes. À moins que n’apparaisse ici le choix d’un modèle parisien. En effet, les églises flamboyantes parisiennes restent fidèles au modèle de Notre-Dame et présentent une organisation de l’espace traditionnelle avec des chapelles entourant régulièrement le chœur, intégrées en outre dans un grand plan englobant, comme à Chaumont.

Une étonnante élévation avec triforium

L’élévation, en revanche, avec ses trois niveaux, ne peut être parisienne. Dans les églises paroissiales de la capitale, comme d’ailleurs dans la plupart des régions, les maîtres du XVIe siècle ont préféré l’élévation à deux niveaux laissant toute liberté de percer d’immenses fenêtres juste au-dessus des grandes arcades. L’avantage de cette formule est d’offrir une luminosité abondante, mais la contrainte est de monter des toitures plates ou à deux pans au-dessus des bas-côtés. A Chaumont, la présence du triforium permet d’installer, à l’extérieur, une toiture en appentis pour couvrir le déambulatoire et les bas-côtés du chœur. Boeswillwald la remplaça dans les années 1850 par l’actuelle couverture en terrasse. Comment expliquer cette situation ? Peut-être l’inspiration est-elle venue de la Normandie, seule province où le triforium aveugle s’est maintenu étrangement jusqu’au XVIe siècle, comme à Saint-Maclou de Rouen ou à Caudebec-en-Caux. Ou bien, seconde hypothèse, les bâtisseurs ont souhaité, comme pour le plan, se fier à la tradition : dresser dans Saint-Jean-Baptiste une élévation à trois niveaux avec triforium aveugle, comme dans les grandes cathédrales du XIIIe siècle, c’était promouvoir, par l’architecture, le nouveau statut de collégiale et de grande église de pèlerinage que lui avait octroyé Jean de Montmirel. Toujours est-il que cette église présente le paradoxe que sa nef ne possède pas de triforium alors qu’on en attendait un mais que son chœur en possède un alors que cela était passé de mode.

Une ornementation riche et virtuose

Une autre façon d’augmenter le prestige de Saint-Jean-Baptiste fut de faire grand usage des formes décoratives les plus luxueuses. Au premier abord, cette richesse n’est pas tapageuse et reste parfaitement cadrée dans les grandes lignes nettes de la construction. Mais ponctuellement, ces formes peuvent atteindre une exubérance exceptionnelle. La moins perceptible est certainement celle des piliers : ceux-ci ont des fûts ondulés, selon un usage champenois de l’époque,. Autre lieu de l’investissement décoratif : les voûtes. Celle de l’abside du chœur reste relativement habituelle, mais elle présente déjà une clef pendante. La suivante, celle de la travée droite du chœur, présente un réseau de nervures beaucoup plus savant, constitué de liernes et de tiercerons, d’où pendent des festons et des clés effilées. Enfin à la voûte de la croisée du transept, le souci ornemental se fait virtuose : structurée comme la précédente, cette voûte est enrichie de nervures complémentaires curvilignes et de neuf clefs pendantes monumentales, celle du centre étant entourée par quatre autres, réunies par un cercle de fer qui leur assure solidité et en même temps amplifie les effets décoratifs. Les baies enfin bénéficient d’un traitement décoratif tout à fait original. Les remplages des fenêtres hautes ont disparu au XVIIIe siècle (ceux de l’abside sont des restitutions du XIXe siècle), mais les baies du triforium, qu’un fort garde-corps réunit présentent un décor différent selon leur emplacement. Dans le chœur, ce sont d’étroites lancettes ornées de délicats réseaux flamboyants toujours changeants. Dans le transept, champ libre semble avoir été laissé aux sculpteurs et à leur imagination. Les baies aussi étroites mais plus courtes prennent à leur sommet la forme d’un curieux arc trilobé aplati. Dans le transept nord, le garde-corps du triforium est ajouré et orné de motifs flamboyants ou Renaissance d’une grande finesse. Mais cette prouesse ornementale atteint son sommet avec les balcons intérieurs qui sont en fait d’étonnants segments en surplomb (au lieu de traverser les piliers) du passage qui court dans le triforium. À partir de ce niveau, un spectaculaire escalier à vis totalement percé d’arcatures permet d’accéder aux combles. Les garde-corps des balcons sont garnis de panneaux décoratifs ajourés d’une grande variété : rosaces, losanges, soufflets, polylobes… tirés du vocabulaire flamboyant. En revanche des motifs d’inspiration Renaissance – coquilles, denticules, feuilles d’acanthe, oves et rais de cœur… - ornent les moulures successives des culs de lampe qui supportent les balcons et la vis. On s’interrogera avec raison sur l’étrange mise en valeur de cet escalier d’angle à la fonction finalement subalterne et, pour cette raison, d’habitude caché. Il s’agit sans doute de l’introduction dans l’architecture religieuse d’un élément – l’escalier - qui connaît à la même période une immense faveur dans l’architecture civile, comme le montre la plupart des châteaux des XVe et XVIe siècles et comme le visiteur le repèrera dans nombre de maisons anciennes de Chaumont.

LE MOBILIER ET LE DÉCOR

« Aucune église dans le diocèse de Langres ne peut montrer autant de richesses que l’église Saint-Jean-Baptiste de Chaumont. Ces richesses échappèrent à la Révolution, qui contribua même à les accroître » affirmait Charles Rondot en 1880. Edifice à vocation conservatoire par excellence, la basilique Saint-Jean-Baptiste de Chaumont entretient avec son mobilier un rapport complexe où interfèrent destructions et disparitions, déplacements et donations, créations et restaurations. Principale et longtemps seule église d’une ville devenue chef-lieu du département, Saint-Jean-Baptiste est un lieu complexe où ont cohabité et parfois se sont confrontés le chapitre collégial, les confréries, les particuliers, nobles et bourgeois, qui disposaient d’une chapelle privative et funéraire, les croyants et pèlerins, un édifice où se déroulent offices et cérémonies religieuses qui font vivre cet espace. En somme, cet édifice reflète l’histoire d’une communauté urbaine, ses mentalités et ses croyances.

La nef

On ignore à peu près tout de ses dispositions anciennes, si ce n’est qu’à certains piliers étaient adossés des autels. Dans le contexte de rénovation liturgique qui suivit le concile de Trente, les gestionnaires de la paroisse commandèrent un nouveau mobilier répondant à la fois aux préceptes conciliaires et aux exigences d’un goût nouveau. La rénovation débuta par la nef. Il s’agissait pour le clergé de libérer l’espace afin d’associer plus étroitement les fidèles aux offices et aux prêches. Jean-Baptiste Bouchardon (1667-1742, moins connu que son fils Edme), artiste arrivé du Velay peu avant 1690 et rapidement intégré à la vie locale, emporta les différents marchés. Le banc d’œuvre, où siégeaient les membres de la fabrique paroissiale, fut réalisé vers 1700 par son atelier, plus précisément par Daniel Hansman (1682 – ?),d’origine nordique, auquel sont attribuées traditionnellement les parties ornementales. Il est en forme de baldaquin supporté par des colonnes cannelées,et le panneau qui en occupe le fond représente un baptême du Christ au relief vigoureux. La place de l’éloquence sacrée dans la liturgie catholique amena la fabrique à se préoccuper également de la chaire. Une délibération de la Chambre de Ville du 17 mai 1701 approuvant le marché indique que cette chaire coûta 1400 livres. Daniel Hansman aurait de nouveau participé à sa réalisation. Les reliefs, puissamment modelés, contrastent avec la finesse des parties ornementales où se mêlent putti, guirlandes et vases issus du répertoire décoratif civil.

Les chapitres mettaient un point d’honneur à entretenir et embellir régulièrement leur orgue, la musique accompagnant les prières fixées par les heures canoniales. L’attention que lui accordèrent les chanoines de Chaumont en témoigne. L’actuel buffet d’orgue date pour l’essentiel du 18e siècle, et doit être mis en rapport avec un dessin de 1766 conservé aux archives départementales, dont il diffère cependant par un certain nombre de détails. L’instrument fut refait au même moment. Il comportait un jeu du huit pieds en montre et un positif de quatre pieds. Hors d’usage, il fut reconstruit par le facteur d’orgues Aristide Cavaillé-Coll en 1872, date inscrite sur le buffet. Ces travaux furent sans doute la conséquence de la reconstruction en pierre, par Boeswillwald quelques années plus tôt, de la tribune désormais portée par un arc segmentaire qui permettait également de conforter les piliers voisins de la nef.

Le chœur

Les dispositions liturgiques antérieures au 18e siècle ne sont pas bien connues et aucune description précise n’a pour le moment été trouvée. Seul subsiste une partie du retable du maître-autel conservé au musée d’art et d’histoire de Chaumont. Formé de deux blocs, il évoque successivement cinq épisodes de la vie de saint Jean-Baptiste : Annonce à saint Zacharie, Naissance de saint Jean-Baptiste, Baptême du Christ, Prédication de saint Jean-Baptiste, Décollation de saint Jean-Baptiste. Taillés vers 1525-1530 dans du calcaire et à l’origine polychromés, les hauts-reliefs auraient davantage souffert de l’iconoclasme huguenot que du vandalisme révolutionnaire puisque cet autel a été déposé au début du 18e siècle lors de la transformation du chœur liturgique. Sa réalisation serait contemporaine de la construction d’un nouveau chœur durant la première moitié du 16e siècle. Les reliefs de ce qui pourrait avoir été une grande prédelle semblent issus d’un atelier troyen œuvrant dans la région.

Après le réaménagement de la nef dans les années 1700, les débats concernèrent le réaménagement du chœur. La destruction du jubé pour permettre aux fidèles de mieux suivre le service divin apparut inéluctable, de même que la disposition du chœur « à la Romaine, ainsy que les esglises nouvellesdu Royaume l’ont ainsy disposés ». Le mobilier liturgique fut exécuté par Bouchardon vers 1710. Il en existe un plan daté du 22 juillet 1709 et signé par l’artiste et par Edme Puissant, lieutenant du maire de Chaumont. L’autel de Bouchardon est de nos jours transféré dans la chapelle d’axe, dite du rosaire voir plus loin). Le maître-autel actuel, en marbre aux formes assez simples, fut commandé et payé en 1780 par Etienne Martin de Froideau, chanoine de Chaumontde 1742 à 1781. Un Agneau mystique en marbre blanc en orne le devant. Les bancs de chœur qui encadrent le maître autel semblent contemporains de l’intervention de Bouchardon. Ils portaient un décor – partiellement bûché àla révolution - lié aux charges de leurs occupants : le corps de ville etles officiers du bailliage. Les crédences qui épousent la forme des piliers duchœur ont été conçues plus tardivement, comme en témoigne leur décor de style rocaille taillé dans la masse. Placées non loin du maître-autel, elles permettaient au prêtre d’avoir les vases du culte à portée de main durant les offices. Le lambrissage des dix piliers aurait été réalisé en 1764 d’après l’érudit Pidoux de la Maduère. Cet habillage ou camouflage des colonnes gothiques était couramment pratiqué à cette époque. Suspendu au pilier à gauche de l’autel, l’ombellino (en forme de parasol) indique le statut de basilique octroyé à l’église en 1948.

Les stalles ornées d’un décor assez sobre sculpté dans la masse, datent elles aussi du réaménagement du chœur au début du 18e, et leur localisation à hauteur de la croisée du transept figure bien dans le projet de Jean-Baptiste Bouchardon. Les chanoines n’en furent d’ailleurs pas complètement satisfaits puisqu’ils se plaignirent d’y avoir froid durant l’hiver 1710, les obligeant à officier un temps dans la chapelle du Rosaire. Après la Révolution, le fond du chœur accueillit une paire d’anges

adorateurs provenant du maître-autel du couvent des Ursulines de la ville : ils encadrèrent un temps un Enfant Jésus couché dans la crèche, avant que l’espace qui les sépare ne soit occupé par un orgue de chœur fabriqué par la maison Jaquot et Didier (1891). Ceinturant le nouvel espace liturgique, élargi à la croisée du transept mais qui suit sans doute en grande partie l’ancien tracé du jubé, la clôture de chœur, en fer forgé peint et doré a pu être exécutée vers le milieu du 1er quart du 18e siècle par un serrurier de la ville sur un dessin de Jean-Baptiste Bouchardon, hypothèse non encore étayée par les sources. De même le Christ en croix, surmontant l’entrée occidentale – disposition que l’on retrouve en plus simple dans les églises rurales de la région - , a pu être exécuté par ce sculpteur, qui reçut en 1693 la commande d’une œuvre de même sujet. Un chemin de croix, daté de 1857, orne le soubassement de la clôture. Edité par L. Oudry d’après un modèle conçu par le sculpteur marnais Jean-Baptiste Germain (1841 – 1910), il utilise une technique (la tôle, sans doute de cuivre, repoussée) répandue en orfèvrerie religieuse mais exceptionnelle pour un chemin de croix au 19e siècle.

Les verrières du chœur et du transept constituent les dernières créations dans le décor intérieur de l’église. Les trois verrières du chœur émanent de l’atelier de Jacques Gruber (1870-1936), cofondateur de l’Ecole de Nancy à la tête de l’un des ateliers les plus renommés de la capitale dans les années vingt. D’un graphisme accusé et de riches coloris (tendances de son style après 1920), ces verrières lient des épisodes de la vie du Christ à la figure de ses précurseurs. Plus expressionnistes, les verrières du transept, de Roger-Calixte Poupart (1911–1977), inaugurées le 10 février 1952, montrent des figures monumentales de l’Ancien et du Nouveau Testament, précurseurs et rédempteurs, intercesseurs et vertus théologales dialoguant dans une communion spirituelle intense qui s’exprime dans les gestes et les regards, suivant en cela la philosophie thomiste des Ateliers d’Art Sacré cherchant à concilier réalisme et spiritualité.

Le bas-côté sud

Les chapelles ceinturant l’église conservent un certain nombre de tableaux et de sculptures de qualité, soit conçus pour elle, soit apportés là par les accidents de l’histoire. Sous l’Ancien Régime, la plupart étaient détenues par des confréries, qui les enrichirent de dons au fil du temps. Mais la Révolution fit valser ou disparaitre une bonne part de ce mobilier des confréries. La plupart des tableaux et statues qui survécurent ou furent apportés des couvents supprimés (les pièces d’orfèvrerie ayant été tout simplement fondues) ont été intégrés au cours du 19e siècle dans des programmes de ré-aménagement dont les éléments en menuiserie (autels, retable, lambris) étaient eux-mêmes souvent des remplois. Ces campagnes de décoration comprirent aussi des créations de vitraux (limitées pour l’essentiel à des figures isolées, en médaillons ou en pied) et à une peinture des murs et des voûtes qui, obscurcies avec le temps, victimes du salpêtre ou d’infiltrations, présentent aujourd’hui un aspect bien terne.

A proximité de l’entrée sont conservés deux souvenirs de Jean de Montmirel, qui fut à l’origine du pèlerinage du Grand Pardon et de la prospérité qui en découla pour l’église Saint-Jean-Baptiste. La dalle funéraire dressée sous la tribune qui accueillait autrefois la librairie du chapitre est en fait une copie de celle conservée à Rome en l’église Santa Maria del Popolo. Un tableau représentant Jean de Montmirel de profil est accroché non loin de là (une variante en est conservée dans la sacristie), accompagné de l’inscription suivante : « Jean de Montmirel natif de Chaumont évêque de Vaison à la considération duquel Sixte IV érigea cette église en collégiale et accorda le grand Pardon de la Saint Jean l’an 1475. ». Ce portrait ne date sans doute que du17e siècle, voire du siècle suivant, en s’inspirant d’une gravure ou d’une médaille plus anciens.

Exécuté vers 1630, le tableau du Festin d’Hérode, aujourd’hui accroché dans la 1ère travée du collatéral sud, occupait primitivement le fond du chœur. Il fut commandé par Jean Garnier, médecin du duc Charles IV de Lorraine et son auteur, resté anonyme, était sans doute lui aussi lorrain. C’est par son testament, rédigé peu avant sa mort le 30 octobre 1643, que Garnier légua le tableau à l’église, prouvant ainsi son attachement à sa ville natale et au saint patron de sa collégiale. Salomé y présente le chef ensanglanté de saint Jean Baptiste à sa mère Hérodiade, dont l’époux, le roi Hérode Antipas est accoudé à sa droite. Le thème des convives rassemblés autour d’une table qu’éclaire une bougie était très prisé en Lorraine, véhiculé par des peintres vénitiens tel que Carlo Saraceni (1579-1620). L’atmosphère du tableau évoque, sur un mode mineur, les œuvres contemporaines du Nancéen Jean Le Clerc (1587-v. 1632).

Conformément aux vœux du défunt, le tableau reçut, avant son accrochage dans le chœur, un somptueux cadre portant les armoiries des donateurs : Jean Garnier et Catherine Kuttinger, son épouse, veuve de l’artiste lorrain Jacques Callot. Ce cadre, traditionnellement attribué à Daniel Hansman, possède une monumentalité adaptée à son emplacement initial dans l’édifice qui suppléait sans doute aux proportions relativement modestes du retable de Bouchardon. Thème mis à l’honneur par Le Bernin, la gloire qui surmonte le cadre était l’élément habituel du décor des chœurs d’église. Elle participait de la scénographie liturgique mise en œuvre depuis le 17e siècle, propre à impressionner le croyant et à rendre plus tangible la majesté divine. Ici, l’Agneau mystique sculpté au centre fait écho au sacrifice de saint Jean-Baptiste représenté sur le tableau.

Au-dessus du tambour de la porte d’entrée, un tableau attribué à un certain Bénigne Lallier (1689-1763), connu surtout pour sa collaboration avec Jean-Baptiste Bouchardon plus que pour ses œuvres en majorité disparues ou d’une attribution incertaine montre un épisode précédant de peu le sujet que l’on vient de décrire : saint-Jean-Baptiste adressant des reproches à Hérode Antipas.

A sa droite, le tableau représentant le Christ sauveur du monde entre saint Ignace et saint François-Xavier (2e moitié 17e siècle) occupait, avant la Révolution, le panneau central du retable du maître-autel de la chapelle du collège des Jésuites de Chaumont. L’apparition du Christ portant sa croix à Ignace de Loyola se réfère à un épisode de la vie du fondateur de la Compagnie de Jésus, lorsqu’il eut la révélation de sa mission sur la route qui le menait de Venise à Rome.

Adossé au pilier faisant face à l’entrée, la statue en pierre polychrome de saint Jean-Baptiste pourrait être celle réalisée en 1668 pour le chœur de l’église par le sculpteur Nicolas Monginot, en même temps qu’un Christ en croix et un Saint Jean l’Evangéliste.

Chapelle Saint-Joseph

Cette chapelle fut le siège de la confrérie des ouvriers en bâtiment (maçons et charpentiers). La statue placée dans la niche du retable est une œuvre de série. La statue de sainte Barbe, œuvre en bois polychrome du 17e siècle, provient peut-être de la chapelle qui lui était consacrée, au rez-de-chaussée de la tour sud de la façade. Hector Guiot (1825 – 1903), professeur de dessin au lycée de Chaumont, peignit en 1869 sur le mur de droite la peinture de l’Agonie de saint Joseph, manifestement influencée par les œuvres contemporaines de Jules Claude Ziegler (1804-1856). La verrière représente saint Bernard, autre patron de la chapelle, en prière devant la Vierge Marie.

Chapelle Saint-Honoré

Le retable de cette chapelle est constitué d’éléments disparates datant d’époques différentes : autel du 17e siècle au décor de fleurs épanouies en relief imitant assez grossièrement les effets des cuirs de Cordoue, sur lequel trône un buste-reliquaire en bois de saint Honoré, évêque d’Amiens au 6e siècle, enfin une prédelle architecturée dont les panneaux en relief figurent la Trinité et saint Michel terrassant le dragon. Le tableau représentant l’Immaculée Conception est une œuvre de la fin du 18e siècle ou du début du suivant.

Chapelle Sainte-Thérèse

En 1520 la confrérie des bouchers, placée sous le patronage de saint Jean l’Evangéliste, s’établit dans cette chapelle, où plusieurs bourgeois se firent inhumer. Le tableau de L’ange gardien, est une copie, de la seconde moitié du 17e siècle, de l’œuvre de Pierre de Cortone (1596 – 1666) réalisée en 1656 pour le pape Alexandre VII. Elle provient du prieuré de Saint-Luce fondé à Chaumont en 1662 par Jean de La Borne.

Chapelle de saint Pierre et saint Paul

Cette chapelle contient un retable architecturé en marbre et calcaire, vraisemblablement du 17e siècle mais remanié au 19e. Ses niches sont ornées des statues en bois et en pierre polychromés. Contre le pilier séparant la chapelle du bas-côté, la statue en pierre de saint Fiacre sous un baldaquin rappelle que la chapelle abritait avant la Révolution la confrérie de ce nom.

Bras sud du transept

Le Christ de Douleurs adossé au pilier à l’entrée du déambulatoire est une œuvre du 16e siècle en pierre polychrome. Ce type d’imago pietatis, répandu surtout à partir de 1500, notamment en Champagne, révèle une humanisation, sous l’influence des ordres mendiants, du thème de la mort du Christ. Il est en revanche peu fréquent que soit conservée en aussi bon état qu’ici la représentation peinte des instruments de la Passion, datée de 1557 et dégagée en 1961 du badigeon qui la recouvrait. Les priants représentés aux pieds du Christ auraient fait don de l’emplacement de leur échoppe pour permettre l’érection de la chapelle du transept. C’est ce même couple qui se serait représenté en bas à droite du Martyre de saint Hippolyte, sans doute le saint patron du donateur dont on ignore le nom. Cette peinture monumentale, datée de 1549, occupe le mur sud du transept.

En 1574 s’établit dans la chapelle sud du transept la confrérie de Sainte Anne sous laquelle s’était placée la corporation des menuisiers, des ébénistes et des tourneurs. Le retable du 17e siècle qui lui est consacré forme pendant avec celui du bras nord – tous deux présentent des colonnes torses -, mais celui du bras sud, est antérieur et de meilleure facture. L’autel, avec ses formes galbées, est postérieur d’un siècle. Le tableau consacré à Sainte Anne occupant le centre du retable est daté de 1781 et signé du peintre chaumontais Jean Dalle (1750 – 1820). En dépit de la méfiance de l’autorité romaine, cette figure de sainte Anne éduquant la Vierge et le culte qui y est attaché sont restés très vivaces sous l’Ancien Régime.

En 1804, après la fermeture de l’église Saint-Michel, la seconde paroisse de la ville, le tableau du maître-autel, attribué à Jean Tassel (v.1608-1667) représentant l’Annonciation, fut transféré dans l’église Saint-Jean-Baptiste. La présence des armoiries de Gérard-Marie Berthelier, seigneur de Lesperières, conseiller du Roi et receveur des tailles et octrois de la ville de Chaumont au milieu du 17e siècle, laisse supposer qu’il en fut le commanditaire.

On ignore en revanche la provenance du tableau contemporain de la Sainte Famille en marche, œuvre d’un artiste de second ordre. Ce thème se développe après le concile de Trente, surtout au 17e siècle, sous l’influence de saint François de Sales : l’Enfant est représenté âgé de cinq ou six ans entre ses parents avec lesquels il forme la Trinité en terre, Dieu le père et l’Esprit Saint étant également présents dans le haut du tableau.

Le déambulatoire

Chapelle de la Nativité

Le retable en calcaire et marbre date du 17e siècle, et l’autel du 19e. Le tableau de la Nativité qui en occupe le centre fut parfois attribué à Blaise Martin, peintre obscur qui travailla à Chaumont dans le 2e tiers du 17e siècle, il semble plus pertinent de le rapprocher de l’œuvre de Claude Déruet ((Nancy, 1588-id., 1662), et plus particulièrement des tableaux de dévotion de Vierge à l’Enfant que son atelier produisit en grand nombre : on y retrouve la forme ovale du visage, les petites lèvres charnues, la fossette au menton, etc. qui plaident en faveur d’une attribution à ce maître ou à son atelier. Le choix de Claude Déruet par les Carmélites de Chaumont pour réaliser seize scènes de l’Apocalypse en lieu et place de Jean Le Clerc (contrat du 25 novembre 1633) pourrait justifier la présence à la collégiale d’une œuvre de sa main ou de son entourage.

Le confessionnal placé dans l’angle droit de la chapelle a la particularité d’avoir au plafond de la loge du prêtre une représentation peinte et datée (1737) de saint Laurent vêtu de sa dalmatique et tenant le gril, instrument de son supplice. Surmontant le confessionnal, la statue de saint-Michel terrassant le dragon en tilleul polychromé et doré, porte sur le socle la date 1686. Attribuable à un atelier du nord de l’Italie, elle provient peut-être de l’ancienne église paroissiale Saint-Michel, à moins qu’elle n’ait orné la chapelle de la confrérie du même nom dans l’église Saint-Jean. Volée en 2001, cette statue fut retrouvée cinq ans plus tard et replacée à un pilier du déambulatoire.

Chapelle Notre-Dame du Bon-Secours

L’autel de cette chapelle fut édifié au milieu du 19e siècle par le sculpteur Victor Georges Ragot (1833-1917). Le tableau placé au retable, Dieu le Père adoré par les sept anges est attribué à Alfred Giroux (1776-1848) ) à la tête d’un atelier de copie de tableaux d’églises. Il se réfère à un passage de l’Apocalypse : les anges en adoration se tiennent devant Dieu aux pieds duquel se trouve l’Agneau sur le livre scellé de sept sceaux. Ils portent divers attributs qui indiquent leur statut et évoquent leurs missions.

De part et d’autre de l’autel, deux statues de saint François d’Assise et de sainte Claire (17e siècle) proviennent de la chapelle du couvent des Capucins, fondé à Chaumont par le R. P. Honoré en 1598, dont elles ornaient le maître-autel. La statue de la Vierge à l’Enfant (18e siècle ?) est toujours enveloppée d’un manteau. Aussi seules les têtes sont sculptées, le reste du corps n’étant qu’une armature de tôle sur une âme de bois. Sur le mur de droite, le tableau représentant la Descente de croix est une copie du Titien (Paris, musée du Louvre )

Chapelle du Sacré-Cœur

Cette chapelle, érigée en 1532 par le chanoine Malingre, a d’abord été le lieu d’inhumation de sa famille et des familles alliées (de Grand, Gousset, Perret, Guyot). A la suite des apparitions de Marguerite-Marie Alacocque à Paray-le-Monial en 1673, elle fut consacrée au Sacré-Cœur. Le tableau anonyme placé au centre du retable porte la date 1698. De chaque côté de l’autel, les statues de Sainte Ursule et de Saint Augustin proviennent, tout comme les anges adorateurs mentionnés dans le chœur, du maître-autel réalisé en 1712 par Jean-Baptiste Bouchardon pour le couvent des Ursulines de Chaumont et transportés à Saint-Jean Baptiste après 1837.

Sur le mur opposé à l’autel, le confessionnal, beau travail de menuiserie, fit sans doute partie d’une commande de plusieurs confessionnaux passée en 1691. La porte de la loge du prêtre, que surmonte une inscription (Hic amor sanat sauctos, « ici la charité guérit les blessés »), présente un décor ajouré, tandis que le reste du meuble porte un décor en relief sculpté dans la masse.

Chapelle du rosaire

La chapelle d’axe est consacrée au rosaire, dont la confrérie attestée en 1633, était sous la conduite spirituelle des frères prêcheurs (dominicains) de Langres. Administrée conjointement par le doyen du chapitre, le lieutenant général du bailliage et le procureur du roi, elle veillait au placement des orphelins chez les artisans de la ville. Avant l’installation de cette confrérie, cette chapelle avait été le siège de la corporation des maîtres tailleurs, dont les armoiries figurent dans les peintures monumentales qui occupent les deux murs latéraux. Ces représentations complexes, à l’iconographie foisonnante, malheureusement obscurcie par le temps et le manque d’entretien, de la Vierge du Rosaire et de l’Apocalypse sont respectivement datées de 1577 et de 1581.

Les maîtres tailleurs, auteurs de cette commande, revendiquaient le patronage de la Vierge, et ils ne pouvaient ignorer le parallèle établi par les théologiens entre la Vierge et la Femme de l’Apocalypse, qui sont l’une et l’autre l’instrument de Dieu. La réalisation de ces deux peintures s’effectua en pleines guerres de religion, et témoigne du climat d’effervescence dans lequel étaient plongés la bourgeoisie et le peuple chaumontais, qui, en fidèles catholiques, confièrent leurs angoisses à la Vierge Marie. Le retable de cette chapelle est celui réalisé en 1709 par Jean-Baptiste Bouchardon pour le maître-autel. A son emplacement actuel, le retable a été posé sur un autel plus ancien (17e siècle). La Vierge à l’Enfant, médiatrice par excellence, occupe la place centrale, tandis que les figures du saint patron de la collégiale et de saint Edme occupent les côtés du portique. Pa rapport aux retables habituels, où le décor d’architecture est plaqué sur un fond, la composition architecturale de Bouchardon est véritablement en trois dimensions, son équilibre venant du jeu entre la ligne ascendante des colonnes et les fortes horizontales du socle et de l’entablement. Dans des réalisations ultérieures de Bouchardon (Andelot, Vignory), ce type de retable évolua vers le baldaquin.

La verrière de la baie d’axe, représentant des scènes de la vie de la Vierge, a été réalisée par le maître-verrier bisontin Joseph Beyer actif dans le troisième quart du 19e siècle tandis que Laurent-Louis Maréchal (1801-1887), dit Maréchal de Metz, est l’auteur des verrières des baies latérales, comme du reste de celles des chapelles voisines de Saint-Nicolas et du Sacré-Cœur ; engagé dans le socialisme chrétien , il fonda en 1837 un atelier à Metz qui, associé Louis-Charles-Marie Champigneulle, produisit des verrières à l’échelle industrielle.

Chapelle Saint-Nicolas

Le haut-relief qui occupe le mur nord de la chapelle Saint-Nicolas, réalisé vers 1530, est une des œuvres majeures de la basilique. Il représente un thème fort développé en Champagne à la Renaissance, à travers le vitrail, tandis qu’en sculpture, on le rencontrait plutôt au Moyen-Âge aux voussures des portails : Jessé, la tête appuyée sur une main, se voit révéler en songe sa glorieuse descendance puisqu’il est le père de David, roi d’Israël, et l’ancêtre de la Vierge Marie. Bien que l’ensemble ait souffert du temps (la figure de la Vierge fut refaite en 1861), les personnages de l’Arbre de Jessé surgissent en reliefs puissants de la matrice calcaire. Particulièrement saisissante est, en bas à gauche, la tête tranchée de Goliath formant comme un balancier au glaive qui vient de la trancher. Comme pour les verrières de même sujet, le modèle de la composition a dû être diffusé par la gravure.

L’autel secondaire néo-gothique, en calcaire peint polychrome, dédié à saint Antoine de Padoue, est contemporain du chantier de restauration de l’édifice du 3e quart du 19e siècle.

Chapelle de sainte Marguerite

C’est de cette chapelle que l’on accède à la sacristie, par une porte au décor de feuillages, contemporain de la reconstruction du chœur. On ignore la fonction primitive des deux niches situées à sa droite (lavabos d’autel ?) mais elles servent aujourd’hui d’armoires à reliquaires. En effet, à l’image de ce qui se pratiqua au même moment dans d’autres lieux de pèlerinage, cette chapelle fut aménagée dans la 2e moitié du 19e siècle pour abriter et présenter à la vénération toutes les reliques dont Saint-Jean-Baptiste avait hérité suite à la suppression et à la destruction révolutionnaires d’églises et de bâtiments conventuels de Chaumont et des environs (Capucins, Ursulines, Jésuites, prieuré Saint-Luce, abbaye du Val des Ecoliers). L’ensemble néo-gothique constitué de l’autel-exposition et de l’armoire-retable qui le surmonte fut réalisé en 1879 sur un projet du sculpteur Jean Ragot. Alors que les reliquaires en argent, dont un chef de saint-Jean-Baptiste, possédés par la collégiale, ont été fondus à la Révolution, ceux en bois doré présentés dans les vitrines, bien que paraissant pour la plupart des 17e et 18e siècles, ont sans doute échappé aux destructions du fait de leur faible valeur. Le reliquaire le plus imposant, situé sous l’autel contient, d’après les inscriptions, le corps presque entier d’une martyre romaine : sainte-Emérentienne.

Le tableau de la Vierge à l’Enfant inspiré de plusieurs œuvres de Raphaël résulte peut-être d’un don privé.

2e chapelle Saint-Joseph

La chapelle suivante, la seconde consacrée à saint Joseph, conserve une paire de tableaux ovales représentant le Christ, et la Vierge, mentionnés pour la 1ère fois en 1804 et provenant sans doute des saisies révolutionnaires. Ils sont parfois attribués, comme l’Annonciation du transept, à Jean Tassel et paraissent proches du courant de l’atticisme parisien. On remarquera encore l’antependium en tissu : le médaillon central, œuvre de broderie de la fin du 17e ou du 18e siècle, représente l’Enfant Jésus s’endormant sur la croix, thème affectionné par la Réforme catholique (le cadre en tapisserie est du 19e siècle).

La verrière de cette chapelle est l’œuvre de Louis-Germain Vincent-Larcher (1816 - ?), dont l’atelier était situé à Troyes, en collaboration de son fils. Elle représente Jésus enfant travaillant avec son père, thème iconographique fort prisé de la peinture religieuse de la 2e moitié du 19e siècle, et qui permettait de magnifier le travail manuel.

Le bras nord du transept

La chapelle établie dans le bras nord du transept était le siège de la confrérie de Saint Eloi, réglementée en 1574, et qui regroupait couteliers, chaudronniers, tonneliers, serruriers et maréchaux de la ville. De cet établissement de la confrérie de Saint Eloi subsiste le tambour de porte, daté de 1750, où les attributs de saint patron ont été sculptés dans un cartouche de l’entablement. Le retable, qui fait pendant à celui de sainte Anne au bras sud, contient aujourd’hui un tableau de la Résurrection. Il s’inspire d’une œuvre de même sujet conservé au Musée départemental de l’Oise à Beauvais et attribuée à Antoine Caron (vers 1521 – 1599), qui inspira de nombreuses variantes. Jouissant d’une grande renommée de son vivant, Antoine Caron était à la tête d’un atelier actif en Picardie.

Le groupe sculpté de la Vierge de Pitié aurait été placée en 1766 contre le pilier du bras nord du transept. Issue d’un atelier lorrain, cette œuvre du 16e siècle présente dans le traitement ondoyant de son voile des similitudes avec le Sépulcre de Pont-à-Mousson et dans celui de son visage avec le Sépulcre de Bulgnéville.

Le tableau de la Décollation de saint Jean-Baptiste qui occupe le mur nord est signé Vaubert. On a émis l’hypothèse que ce pourrait être un artiste ambulant attiré par la fête du Grand Pardon et qui se serait inspiré pour bâtir sa composition des echafaulx ou estrades dressés en différents endroits de la ville pour évoquer d’une manière vivante les moments clés de la vie du Précurseur, patron de la collégiale. Alors que le martyre proprement dit occupe le devant de la scène, les épisodes qui le précèdent ou le suivent se déroulent à l’arrière-plan ; de gauche à droite : la vie solitaire du Précurseur dans le désert, son emprisonnement sur la requête d’Hérodiade, la tête de Jean-Baptiste présentée à Hérode. Cette œuvre déconcerte et semble mêler des archétypes d’époques différentes. La figure du page portant le plat et regardant le spectateur renvoie au 2e quart du 17e siècle et tranche sur les autres protagonistes qui se réfèrent à une esthétique maniériste antérieure.

Le tableau Salomé recevant la tête de saint Jean-Baptiste, placé sur le mur ouest, d’une facture bien supérieure au précédent, doit sa présence à Mgr Villard, curé de Chaumont à la fin du 19e siècle qui en fit l’acquisition à Paris et le légua en 1900 au diocèse. Considéré comme une copie réalisée vers 1550 d’une œuvre perdue d’Andrea Solario (1468-1524), ce tableau serait l’œuvre d’un artiste proche du foyer artistique bellifontain.

Enfin la statue de Saint-Jean-Baptiste en bois polychrome a été donnée par la famille Jacquinot au musée municipal de Chaumont. Elle a subi quelques restitutions maladroites et rappelle, elle aussi, la statuaire lorraine de la fin du 15e et du début du 16e siècle.

Le bas-côté nord

Chapelle Saint-Etienne Saint-Laurent

Le remontage actuel des différents éléments de menuiserie date vraisemblablement de la donation de la statue de saint Fiacre par l’impératrice Eugénie en 1860, les deux statuettes du 18e siècle l’encadrant (saint Etienne et saint Laurent, cette dernière ayant été volée) rappelent le vocable primitif de la chapelle.

Le martyre de saint Luce pape, considéré comme une copie de la 1ère moitié du 17e siècle d’après un tableau de Pierre de Cortone, fut apporté sous la Révolution du prieuré Saint-Luce. L’auteur pourrait peut-être être un peintre florentin ou siennois installé à Rome dans la première moitié du 17e siècle.

Chapelle Sainte-Catherine

La seule œuvre notable de cette chapelle est le panneau peint en grisaille du 17e siècle représentant la controverse entre sainte-Catherine et les docteurs d’Alexandrie. La verrière de la 2e moitié du 19e siècle est consacrée au martyre de la sainte.

Chapelle Saint Sébastien

Dans le tableau d’autel Saint-Sébastien soigné par Irène (signé et daté de 1785), le peintre chaumontais Jean Dalle s’approprie le courant caravagesque lorrain à l’instar de son maître Joseph-Marie Vien, attiré au début de sa carrière par le naturalisme de l’école bolonaise, et de Jacques-Louis David, puisant à la même époque aux sources des maîtres du Seicento. Contre le mur ouest de la chapelle, statue en pierre polychrome de saint Jean l’Evangéliste (fin 14e – début 15e) provenant peut-être de confrérie des bouchers, établie dans une chapelle du bas-côté sud et qui s’était placée sous le patronage de ce saint.

La verrière de la chapelle Saint-Sébastien reprend un tableau de Léon Bénouville, exposé au salon de 1853 : Saint-François transporté mourant à Sainte-Marie des Anges bénit la ville d’Assise.

Chapelle Saint Yves

Saint Yves veille toujours sur l’autel de la chapelle des hommes de loi de la ville qui y avaient établi leur confrérie. Au 14e siècle, il « s’est rendu célèbre dans la science du droit civil et canonique et fait remarquer (…) surtout à Rennes et à Tréguier, par son dévouement à la cause des faibles et des opprimés. ». Mort en 1303, il fut canonisé en 1347. Réalisée autour de 1500, la statue en pierre du saint le représente avec l’habit des hommes de loi de cette époque. Autrefois complètement dorée à l’exclusion des chairs, elle serait issue d’un atelier local plutôt que troyen.

Le tableau de Notre-Dame des Ermites placé sur le mur opposé représente la statue de la « Vierge noire » exposée dans la Gnadenkapelle de l’église de l’abbaye d’Einsiedeln (Suisse alémanique) comme l’indiquent les phylactères tenus par les anges. Du Moyen-Age jusqu’à la fin de l’Ancien Régime, des pèlerins champenois, se rendirent nombreux dans la chapelle de ce monastère pour y vénérer la statue miraculeuse de la Vierge à l’Enfant. Elle était habillée de robes choisies en fonction de l’année liturgique. Le tableau résulte vraisemblablement d’un don des paroissiens à la fin du 18e siècle. Le panneau de verrière en grisaille représentant le donjon de Chaumont a été posé en 1901.

Chapelle Saint-Roch

Cette chapelle abritait sous l’Ancien Régime la confrérie des huissiers et sergents royaux. Consacrée alors au Christ Sauveur, celui-ci est représenté dans le tableau surmontant l’autel, œuvre anonyme de la fin du 18e ou du début du 19e siècle, sans doute de la même main que l’Immaculée Conception de la chapelle Saint-Honoré. En 1752, la confrérie commanda le tableau aujourd’hui placé en vis-à-vis, et représentant le Baptême du Christ, à Bénigne Lallier (1689-1762). Le thème initial du tableau du retable s’explique par la présence des fonts autrefois dans le bas-côté nord. Après le Concordat, la chapelle fut dédiée à saint Roch.

Le Sépulcre

Le sépulcre de Chaumont, une des plus belles réalisations de ce type de statuaire qui connut un grand succès en Champagne et en Lorraine aux 15e et 16e siècles, est la matérialisation d’une fondation dont le projet remonte à 1463. Geoffroy de Saint-Belin, bailli de Chaumont, conseiller et chambellan du roi Louis XI, qui en fut l’initiateur, ne put la concrétiser puisqu’il fut tué à la bataille de Montlhéry (16 juillet 1465). C’est donc son épouse, Marguerite de Baudricourt, fille de Robert de Baudricourt, capitaine de Vaucouleurs nommé bailli de Chaumont en 1442 en récompense de son aide à Jeanne d’Arc, qui entreprit, en 1471, la construction de la chapelle dont le sépulcre faisait partie. Elle décéda en 1501, et sa fille, Catherine de Saint-Belin, paracheva l’œuvre maternelle, d’où la présence dans la chapelle de ses armoiries et de celles de son époux Jean d’Amboise, chambellan du roi Louis XII.

La chapelle proprement dite s’étendait primitivement sur les deux premières travées du collatéral nord mais fut détruite à la Révolution. Elle communiquait avec le sépulcre, situé au rez-de-chaussée de la tour nord, par une porte basse toujours en place et surmontée d’un relief de la Sainte Face. Deux statues en pierre (disparues) de soldats en gardaient l’entrée, réservée à la famille des donateurs. Le pseudo-retable encadrant aujourd’hui la porte est un remontage post-révolutionnaire, à partir d’éléments provenant sans doute d’établissements religieux supprimés, commandé en 1803 par le maire Nicolas Graillet de Beine et le curé de la paroisse afin de combler le vide provoqué par la destruction de la chapelle des Baudricourt. Les deux statues en bois du Christ appuyé sur la croix et de la Vierge de douleur, sont des copies attribuées à Jean-Baptiste Bouchardon d’après celles sculptées par son fils Edme (1698-1762) pour l’église Saint-Sulpice à Paris. Elles proviendraient, tout comme le Christ en croix (17e siècle) placé au-dessus de l’entrée de la chapelle sépulcrale, de l’abbaye cistercienne de Longuay, (dans la vallée de l’Aube, à 25 km de Chaumont).

Pour le public, l’accès au Saint Sépulcre se faisait sous la tribune d’orgue. Le décor de gâbles, de pinacles, d’arcatures et de choux frisés qui surmontait la porte est conservé, seules ayant été martelées à la Révolutionles armoiries des fondateurs.

Un décor peint et sculpté revêtu d’une polychromie chatoyante sert d’écrin au Sépulcre et s’étend sur la totalité des parois et des voûtes. Les clés de voûte des deux croisées d’ogives représentant les allégories de la justice et de la clémence, surplombent cet espace exigu, comme elles présidaient au jugement des âmes rejetées dans les affres de l’Enfer ou offertes aux délices du Paradis. Figures tirées des dialogues sur la Passion du Christ et popularisées par le théâtre des Mystères, elles sont assises sur un trône, habillées d’un vêtement ample (la clémence) ou resserré (la justice) et encadrées d’une inscription injonctive. Face à la porte, sous la retombée médiane des arcs d’ogives, deux angelots portent l’écu aux armes des Baudricourt (palé d’or et de gueules de six pièces et un poisson de sable brochant au canton dextre), montrant ainsi le rôle fondamental joué par Marguerite dans l’aboutissement du dessein de feu son époux, tandis que les armes des Saint-Belin (d’azur à trois têtes de bélier d’argent accornées d’or) et des d’Amboise (paré d’or et de gueules de six pièces au dauphin de sable posé au franc-canton) apparaissent respectivement sous les retombées de droite et de gauche. Les armes des d’Amboise figurent à nouveau, sur le mur est, dans un écu entouré du collier de l’ordre de Saint-Michel dont était chevalier Jean d’Amboise. Sur le mur sud figure la représentation des cinq plaies du Christ en référence à la prière que récitaient les fidèles pour échapper à une mort soudaine. La croix portant le cœur transpercé d’une lance, les mains et les pieds percés de clous, la couronne d’épines et les verges, se détachent sur une tapisserie de brocart peinte en trompe-l’œil, comme l’est la guirlande de fruits au-dessus de l’entrée où est inscrite l’année de la fondation de la chapelle (1471). Dans la niche à fond plat, entre la porte d’accès sud et l’angle sud-ouest de la chapelle, aurait été autrefois exposée à la vénération des fidèles la relique du chef de saint Jean-Baptiste.

Le groupe sculpté, situé en contrebas du sol de l’église, occupe la quasi totalité de l’espace confiné, mise en scène qui accentue la présence des personnages et ajoute à l’émotion du spectateur. Taillées grandeur nature, les dix statues se pressent sur deux rangs autour du tombeau. Celui-ci est orné de quatre pilastres corinthiens et son couvercle relevé est placé de champ, disposition que l’on ne rencontre qu’à Chaumont. La place centrale donnée à Marie-Madeleine et non à la mère du Christ, singularité que l’on retrouve dans des Mises au tombeau lorraines, a une explication dévotionnelle, les fidèles venant devant ce sépulcre le jour du Grand Pardon faire acte de pénitence, à l’imitation de Marie-Madeleine. La Vierge, habituellement debout, défaille ici de douleur, prête à s’évanouir. Une certaine distance a été prise avec l’iconographie traditionnelle, les saintes femmes ne portant pas de vases à parfum, tandis que Nicodème et Joseph d’Arimathie ne sont pas représentés dans leur rôle de porteurs du corps, mais représentés au second plan. Un certain manque de liaison entre les figures et une impression d’entassement a fait supposer que des personnages ont été ajoutés après coup, obligeant à tronquer le cordon interne de l’enfeu encadrant la scène. L’interrogation majeure concerne les deux personnages, richement vêtus, encadrant le tombeau et embaumant le corps du Christ, qu’il n’est possible d’identifier à aucun des acteurs de la scène cités par les Ecritures. Si certains y ont vu à nouveau Nicodème et Joseph d’Arimathie, ne s’agirait-il pas peut-être des donateurs ?

Les vêtements précieux et les coiffures savantes concourent à magnifier les physionomies singulières aux traits individualisés. Les protagonistes du drame paraissent habités par des sentiments aussi divers que la tristesse, le repentir, le recueillement, ou la douleur, exprimés ici avec noblesse et exactitude. Le Christ, à l’anatomie précise et vigoureuse, montre un visage émacié sans excès « saisissant de vérité dans l’expression de la mort ». Des caractéristiques communes avec plusieurs sépulcres lorrains permettent d’en rapprocher celui de Chaumont, ce qui peut s’expliquer par les origines lorraines des Baudricourt. Outre la mise au tombeau de Neufchâteau, le Sépulcre de Bulgnéville constitue l’œuvre offrant le plus de points de comparaison. L’ensemble constitué par la statuaire et les peintures fut restauré en dernier lieu en 1969.

Vocables Saint-Jean-Baptiste
Dénominations basilique
Aire d'étude et canton Haute-Marne - Chaumont 1
Adresse Commune : Chaumont
Adresse : rue Saint Jean

La construction d'un premier édifice remonterait à la fin du 12e siècle, voire au début du siècle suivant, pour répondre aux besoins d'une population croissante que ne pouvait plus contenir la chapelle castrale. Elle intervient dans un contexte de prospérité que connaît la cité investie depuis peu par les comtes de Champagne. Certains auteurs datent plus précisément le début de son érection vers 1198, date à partir de laquelle la paroisse n'était plus administrée que par un curé séculier nommé par l'abbé de Molesmes. L'église primitive comprenait une nef et des bas-côtés, un massif occidental flanquée de deux tours dont l'édification aurait débuté par celle du nord. Dans le portraict de la ville publié par François de Belleforest en 1575 dans son ouvrage intitulé La Cosmographie universelle de tout le monde, seule la tour sud paraît plus aboutie. Un premier transept se serait situé à hauteur des chapelles Saint-Etienne-Saint-Laurent et Saint-Pierre. Au 14e siècle, après suppression du cimetière adjacent, le porche sud est aménagé. La nef est surélevée et reçoit un nouveau voûtement et la façade occidentale un nouveau pignon. A cette époque commence l'érection, qui se poursuivra au siècle suivant, des chapelles entre les culées d'arc-boutant des collatéraux. C'est en effet dès la fin du 15e siècle qu'eurent lieu les premières extensions à une époque où la ville acquiert de nouvelles prérogatives administratives et judiciaires. Sont construites la sacristie ou "revestiaire" (1456), la chapelle du Sépulcre dans l'angle nord-ouest (1471, fondation en 1456 par Geoffroy de Saint-Belin, bailli de Chaumont depuis 1442) et la chapelle Sainte-Barbe (1488, à l'instigation de l'ancien recteur de la fabrique Nicolas Drouot) adossée à la tour sud au premier étage de laquelle est installée la "librairie" du chapitre. Entre-temps, l'église avait été érigée en collégiale à l'instigation de Jean de Montmirel (mort à Rome en 1479 et inhumé dans l'église Santa Maria del Popolo) chapelain de l'église devenu référendaire du souverain pontife (bulle du 18 décembre 1474). Un doyen et douze chanoines - natifs de Chaumont et dotés de quatre semi-prébendes - desservaient désormais la paroisse. La bulle du 17 janvier 1475 réunit au chapitre collégial les cures de Darmanne, Condes et Bologne, les chapelles des églises Saint-Jean-Baptiste, Saint-Michel et Buxereuilles. Une troisième bulle place le chapitre sous la juridiction directe du Saint-Siège et non plus de l'Ordinaire. La collégiale avait également été dotée, par bulle du 8 février 1475, d'un privilège en concédant à perpétuité une indulgence plénière et perpétuelle à tous les fidèles pénitents qui la visiteraient le jour de la fête du saint patron, quand celle-ci tomberait un dimanche. L'édifice occupait une place centrale dans ce jubilé du Grand Pardon, dont la célébration se perpétue encore aujourd'hui. Dans la 1ère moitié du 16e siècle, l'édifice est considérablement agrandi consécutivement à la démolition de constructions diverses (maisons, "ouvroir" du cordonnier Picard, etc.) qui y étaient adossées : le choeur et les chapelles du déambulatoire ainsi que le transept transforment radicalement le plan de l'église. Les travaux, qui s'échelonnèrent d'une manière discontinue de 1517 à 1543, ont été dirigés par des maîtres maçons, François Boullet et Claude Vussin ; l'érection des piliers du transept par les maçons Jehan Barotte et Jehan Sauvage (Pidoux de la Maduère) aurait semble-t-il commencé avant 1517. Le voûtement du choeur et des sept chapelles absidiales est effectué en 1526-1527. Trois ans après, le chevet est consolidé par des arcs-boutants à double volée sur deux niveaux et la chapelle axiale reçoit sa couverture (1531). L'ensemble des charpentes auraient été posées par Guillaume de Gyé et Guillaume Collin (Pidoux de la Maduère ; la charpente actuelle date du 17e siècle). Une cloche neuve est montée au clocher (tour sud) en 1532. Le transept est achevé en 1539 y compris les clefs pendantes de la voûte qui seraient l'oeuvre de Claude et Simon Cussin et Jean Bérot (Pidoux de la Maduère). La nouvelle église fut consacrée par Phillebert de Beaujeu, évêque de Bethléem, le 17 novembre 1546. Une inscription peinte sur le pilier nord-est du bras sud du transept indique les dates des travaux d'agrandissement : L'AN mil Vc XVII FUT COMMENCE / A RESGRANDIR LEGLISE DE CEANS / ET FUT ACHEVEE EN LANNEE 1543. Les fenêtres du choeur sont agrandies en 1643, alors que dix ans auparavant d'autres avaient été percées dans la nef. Au milieu du 17e siècle, la tour nord est restaurée. En 1683 est décidée la suppression du pignon ouest qui est remplacé par un passage transversal couvert ménagé entre les deux tours. Au 18e siècle, l'édifice connaît divers aménagements intérieurs qui débutèrent par la nef (1700-1701) d'où trois autels de confréries furent relayés dans les chapelles des collatéraux et reprirent en 1706 par le remaniement du choeur pour lequel Jean-Baptiste Bouchardon livra trois projets (F 109, ADHM). Pour permettre son agrandissement, il fut décidé de détruire le jubé et de clôturer le nouveau choeur qui empiète sur la croisée du transept par des grilles en fer forgé. Les différends qui opposèrent la Chambre de Ville au chapitre donnèrent lieu à de nombreux débats. Le projet définitif date de 1708 et les travaux s'achevèrent en 1710. Dans ce contexte de mise au goût du jour, les parois sont recouvertes en 1725 (et un peu plus tard dans la chapelle axiale) d'un badigeon qui occulte les fresques. Le décor sculpté du triforium aurait été partiellement détruit au 18e siècle. Un nouvel escalier est érigé à la sacristie en 1764, date à laquelle sont aussi restaurés les arcs-boutants et est achevée la tour nord qui reçoit sa flèche en 1766. Durant la Révolution, l'édifice, qui a perdu son titre de collégiale, est fermé au culte (25 juin 1793 - 4 juin 1795) et affecté aux fêtes décadaires. Les objets (statues, tableaux) déposés au muséum de l'école centrale (actuel lycée Bouchardon) de Chaumont, y furent replacés sur décision communale du 19 décembre 1797. Les cloches sont menacées d'être fondues. Finalement seules celles du campanile (érigé à la fin du 14e siècle, détruit par un incendie en 1625 et restauré vers 1655) qui s'élevait à l'instersection du transept (ou peut-être sur le bras sud où une ouverture avait été pratiquée dans la voûte. Sur la gravure de 1575 se distinguent deux campaniles à ces mêmes endroits) le furent, le carillon lui-même en mauvais état étant lui aussi détruit par délibération du conseil municipal du 27 octobre 1793. Emile Boeswillwald intervint sur l'édifice de 1849 à 1867. Il se préoccupa essentiellement de résoudre les problèmes de couverture et d'infiltrations. Il mit au point un procédé de dallage de pierre en terrasse sur les voûtes des bas-côtés (1854-1863) de l'église alors couvertes en tuile (hormis le collatéral nord qui avait conservé sa couverture en lave). Pour permettre d'accéder aux terrasses, Boeswillwald créa des baies. Ce dispositif devait permettre de préserver le bâtiment des contraintes climatiques. Les arcs boutants et les culées furent également refaits (1849-1863). Les désordres intérieurs exigèrent la reprise des piles, y compris des chapiteaux (par Jean et Victor-Georges Ragot), et des voûtes de la nef (1849-1863). Les chapelles du déambulatoire reçurent entre 1875 et 1880 un nouveau décor peint et des clôtures élaborés, d'après les auteurs, dans l'esprit des aménagements de Viollet-le-Duc à la cathédrale Notre-Dame de Paris. Les chapelles des collatéraux bénéficièrent de semblables réfections plus tardivement jusqu'au début du 20e siècle. La collégiale fut érigée en basilique par bulle pontificale (Divina Exardente Fide) du 24 juin 1948. Elle fit l'objet d'une étude préalable en 1995 par Pierre-Antoine Gatier, ACMH, et plus récemment par son successeur Pierre Bortolussi en 2006.

Période(s) Principale : 13e siècle
Principale : 1ère moitié 16e siècle
Secondaire : 14e siècle
Secondaire : 2e moitié 15e siècle
Secondaire : 17e siècle
Secondaire : 18e siècle
Secondaire : 19e siècle
Dates 1471, daté par travaux historiques, daté par source, porte la date
1489, daté par source
1517, daté par source
1708, daté par source
1766, daté par source
1849, daté par source
Auteur(s) Auteur : Boullet François, maître maçon, attribution par source
Auteur : Vussin Claude, maître maçon, attribution par source
Auteur : Boeswillwald Emile, architecte, attribution par source
Auteur : Bouchardon Jean-Baptiste, architecte, attribution par source
Personnalité : de Montmirel Jean, personnage célèbre, attribution par source
Personnalité : de Beaujeu Phillebert, personnage célèbre, attribution par source
Personnalité : de Saint-Belin Geoffroy, commanditaire, attribution par source

A l'intérieur, la nef, flanquée de collatéraux presqu'aussi larges que celle-ci, se prolonge par un choeur liturgique délimité par une clôture et doublé d'un déambulatoire sur lequel s'ouvrent sept chapelles rayonnantes. Celles-ci sont logées entre les culées d'arc-boutant, tout comme les chapelles latérales qui s'ouvrent sur les collatéraux. Depuis les agrandissements du 16e siècle, l'édifice, haut de plus de 15 mètres (sous voûte), atteint la longueur de 55 mètres (contre 40 initialement) par 26 de large. La nef s'étend sur quatre travées jumelées de plan carré couvertes de voûtes sexpartites sur croisée d'ogives dont les retombées s'appuient alternativement sur des piles fortes (revevant les retombées des arcs-doubleaux) et faibles selon un système de construction alors appliqué en Ile-de-France au 13e siècle et comparable, d'après certains auteurs, à la nef (plus tardive) de la cathédrale de Noyon. A Chaumont, les piliers à noyau circulaire cantonné de colonnes portent des chapiteaux ornés de feuillages (feuilles de chêne notamment) ou de crochets (visibles surtout en partie haute). L'élévation de la nef comprend deux niveaux : grandes arcardes (arcs en tiers-point) et baies hautes. Les collatéraux sont également voûtés d'ogives sur plan barlong à quatre quartiers. Le transept non saillant, qui s'étend sur deux travées (voûte octopartite et quadripartite), comporte sur sa croisée une voûte à liernes et tiercerons et à clefs pendantes, dont les nervures pénètrent directement dans de grosses piles rondes ondulées dépourvues de chapiteaux. Le choeur, dont la clôture englobe la croisée du transept, s'étend sur deux travées. Ses voûtes d'ogives (voûtement à six voûtes d'ogives à clefs pendantes avec retombée centrale à la deuxième travée) présentent également des clés pendantes. Le profil prismatique des arcs (transept, choeur, chapelles du déambulatoire, librairie) accentue la modénature des ogives. Dans cette partie plus tardive de l'édifice, un niveau supplémentaire vient s'insérer entre les grandes arcades et les baies hautes, le triforium, dont l'accès se fait par un escalier en vis depuis le bras sud du transept, ménage une coursière tout au long du transept et du choeur : garde-corps ajouré (le décor de réseaux et d'animaux fabuleux subsiste seulement côté nord), arcs aux formes variées (arcs en lancettes à réseau d'intrados quadrilobé dans le choeur, arcs chantournés dans le transept) et répertoire ornemental qui contribue à en souligner la modénature presque aérienne comme dans l'escalier en surplomb demi-hors-oeuvre à la cage ajourée, introduit dans l'architecture civile à la fin du 14e siècle, qui s'élance dans l'angle nord-est du transept jusqu'à la voûte (accès aux combles). A l'endroit des piliers, la coursière s'arrondit, portée par des culs-de-lampe. Le décor sculpté mieux conservé dans le bras nord du transept est quasiment inexistant dans le choeur. Dans la dernière travée de la nef se voit l'amorce d'une moulure, identique à celle du transept, et d'une ogive, qui témoigne peut-être d'un projet de reconstruction ou de mise au goût du jour de cette partie plus ancienne de l'édifice. La sacristie, édifiée sur le flanc nord, s'étend sur trois travées voûtées d'ogives ; certaines baies en ont été bouchées au rez-de-chaussée : deux au nord et une à l'est. Un escalier en vis sans jour mène à l'étage où la plus grande pièce servait aux réunions du chapitre et à des assemblées importantes (Pidoux de la Maduère). A l'extérieur, le massif occidental présente deux tours de 45 mètres de hauteur couvertes en ardoise de flèches octogonales à égout retroussé de plan carré. Des contreforts à larmiers en talus renforcent les tours jusqu'à mi-hauteur et des larmiers, avec ou sans modillons, en délimitent les niveaux. La corniche présente la particularité d'avoir des modillons taillés en écu. La tour sud est percée de trois baies (en grande partie murées), contre une à la tour septentrionale, en arc brisé souligné par une archivolte retournée. Les différences d'appareil laissent supposer que le dernier niveau de la tour nord et les deux derniers de la tour sud ont été repris ultérieurement. Le portail occidental en arc brisé présente des ébrasements à ressauts couverts d'une voussure appareillée en rouleaux à la naissance desquels figurent ornement végétal et têtes (l'une a été bûchée) ; les huit colonnettes engagées et baguées sont surmontées de chapiteaux à feuilles d'eau ou feuillagé. Une tourelle demi-hors-oeuvre montant de fond abrite un escalier en vis avec jour permettant d'accéder via l'ancienne chapelle Sainte-Barbe (désaffectée) à la librairie située au-dessus de la chapelle Saint-Blaise et au clocher sis dans la tour sud. Un ouvrage semblable se voit à droite du portail Saint-Eloi qui abrite l'escalier menant au triforium. La tribune et le buffet de l'orgue occultent en grande partie les baies occidentales sensées éclairer la nef. Les longs pans de celle-ci sont couverts en tuile plate, tout comme ceux du passage entre les deux tours, ceux du choeur et du transept l'étant en ardoise (pignons essentés, de bardeaux à l'ouest). Des dalles de pierre calcaire recouvrent les collatéraux et le déambulatoire. Les traces d'une légère surélévation de la nef (peut-être contemporaine de la réfection de la charpente) sont visibles (qualité de pierre différente, espace entre les modillons et le chéneau). Le chevet qui se termine par une abside polygonale est contrebuté par une double rangée d'arcs-boutants aux culées sommées de pinacles et pourvu d'un garde-corps ajouré au-dessus du chéneau. L'évacuation des eaux se fait par des gargouilles saillantes dont certaines ont la forme d'un animal fantastique. La pierre utilisée pour les parties résultant de l'agrandissement du 16e siècle proviendraient des carrières alentours de Chamarandes, Choignes, Brethenay, voire de plus loin (Ceffonds).

Murs calcaire
moyen appareil
petit appareil
pierre de taille
Toit tuile plate, pierre en couverture, ardoise
Plans plan allongé
Étages 3 vaisseaux
Couvrements voûte d'ogives
voûte de type complexe
Couvertures terrasse
toit à longs pans
flèche carrée
Escaliers escalier demi-hors-oeuvre, escalier en vis avec jour
escalier intérieur, escalier en vis, suspendu, cage ouverte
États conservations humidité, traces d'humidité, décollement des enduits, inégal suivant les parties, restauré
Techniques peinture
sculpture
vitrail
Représentations ornement végétal tête humaine denticule coquille ornement animal escargot animal fantastique feuille d'eau
Précision représentations

Monogramme du Christ sur la clef de voûte centrale de la chapelle axiale.

Figure sur la liste du 18 ; 04 ; 1914 (J.O.). Tourelle d'escalier du bras nord du transept ajourée dont le modèle est très rare dans la région. Le dessin de la voûte de la croisée du transept est remarquable.

Statut de la propriété propriété de la commune (?)
Intérêt de l'œuvre à signaler
Protections classé MH, 1862
Précisions sur la protection

Eglise Saint-Jean-Baptiste : classement par liste de 1862.

Références documentaires

Bibliographie
  • ECHT Rudolf. Emile Boeswillwald als Denkmalpfleger : Untersuchung zu Problemen und Methoden der französischen Dekmalpflege im 19. Jahrhundert, Bonn, 1984, 262 p.

  • JOLIBOIS Emile. Histoire de la ville de Chaumont (Haute-Marne), Chaumont, Ch. Cavaniol, 1856.

  • GODARD Léon. Histoire et tableau de l'église St-Jean-Baptiste de Chaumont", Chaumont, Ch. Cavaniol, 1848.

    p. 4-8, 160-163, 176
  • LAMONTRE-DELERUE Geneviève. La basilique Saint-Jean-Baptiste de Chaumont, guide, Langres, Dominique Guéniot éd., 1998.

  • METTRIER Charles. Saint-Jean-Baptiste de Chaumont, la paroisse, l'église, Chaumont, impr. Andriot-Moissonnier, 1911.

    p. 49-54
  • PEROUSE DE MONTCLOS Jean-Marie (dir.). Le guide du patrimoine de Champagne-Ardenne, Paris, Hachette Livre, coll. Hachette Pratiques : Tourisme, 1995.

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  • PIDOUX DE LA MADUERE. Le vieux Chaumont-en-Bassigny, Dijon, Bernigaud & Privat, 1933, t. I.

    p. 97-171
  • RONOT Henry. Les églises de Chaumont. Paris, Editions du Cerf, coll. Nefs et Clochers, 1949.

    p. 3-9
  • RONOT Henry. Jean-Baptiste Bouchardon architecte et sculpteur. Dijon, Editions Faton, 2002.

    p.112-119
  • VOGUE Elisabeth. A propos de trois restaurations d'Emile Boeswillwald. In [Exposition. Chaumont-Langres, Musées municipaux - archives départementales. 2002]. Sur les traces des troubadours, la Haute-Marne et son patrimoine au XIXe siècle, Paris : Somogy éditions d'art, Choignes : Archives de la Haute-Marne, 2002.

    p. 49-61
  • ROUSSEL Charles (abbé). Le diocèse de Langres. Histoire et statistique. Langres : Jules Dallet, 1875 (tome II).

    p.84-86
  • FRANCE. Inventaire général du patrimoine culturel. La basilique Saint-Jean-Baptiste de Chaumont. Réd. Pierre Sesmat, Hélène Billat ; photogr. Patrice Thomas. Châlons-en-Champagne : Région Champagne-Ardenne ; Lyon : Lieux Dits, 2009. 64 p. (Parcours du patrimoine ; 341).

    Service régional de l'inventaire de Champagne-Ardenne : IFG 7/341
Périodiques
  • RONOT Henry. L'aménagement de la nef et du choeur de l'ancienne collégiale Saint-Jean-Baptiste de Chaumont par Jean-Baptiste Bouchardon. Bulletin de la Société de l'Histoire de l'Art français, 1990, p.71-80.

    p. 71-80