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Brasseries et malteries

Dossier IA51001686 réalisé en 2009

Fiche

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Aires d'études Champagne-Ardenne
Dénominations brasserie

La catégorie des brasseries, représentée par 31 sites recensés en Champagne-Ardenne, regroupe les brasseries en elles-mêmes (26 sites) et les malteries (usines où l'on prépare le malt - céréale germée cuite, en générale de l'orge - en vue de la fabrication de la bière) ; certains sites accueillent les deux étapes de fabrication (2 sites).

Les Ardennes sont le département comportant le plus de brasseries et malteries recensées (14 sites, soit 45 % du corpus), devant le département de la Marne (9 sites, soit 29 %) et celui de la Haute-Marne (6 sites, soit 19 %). Le département de l'Aube n'est concerné que par des malteries (2 sites).

Les malteries se trouvent au nord et à l'ouest du département de l'Aube (La Chapelle-Saint-Luc, Nogent-sur-Seine : groupe Soufflet) et au nord du département de la Haute-Marne (Saint-Dizier). Le maltage a pourtant été une spécialité de Reims et de son agglomération (Malteurop), mais il ne subsiste plus de témoignage des anciennes implantations.

Dans les Ardennes, le brassage de la bière est une activité du nord du département. Dans la Marne et l'Aube c'est une activité essentiellement urbaine (Reims, Châlons-en-Champagne, Epernay, périphérie de Troyes) et liée aux grandes plaines céréalières de la Champagne crayeuse. Dans tous les cas de figure, les implantations industrielles ont également été déterminées par les grands bassins de peuplement de la région, qui constituent le débouché principal de cette industrie de rayonnement essentiellement local.

Globalement, il ne subsiste qu'assez peu de témoignages de l'activité de brasserie, qui a été très développée en région Champagne-Ardenne puisqu'on y connaît 347 brasseries et 24 malteries en activité entre 1890 et aujourd'hui ; et le département des Ardennes a été le 4e département brassicole français au début du 20e siècle (on y dénombrait alors 200 brasseries ; structures essentiellement artisanales).

Le grand développement de la brasserie industrielle en Champagne-Ardenne vient de la grande crise viticole du 19e siècle (phylloxéra) qui atteint les vignes françaises dès les années 1860 et attaque les vignes de Champagne à partir de 1894. D'autre part, la Champagne-Ardenne devient progressivement, avec la mise en culture de ses grandes plaines crayeuses, un grand producteur d'orge, situé aux portes de Paris, et est bien desservie par les canaux et le chemin de fer (ligne Paris-Strasbourg).

La plupart des brasseries industrielles de la région n'alimentaient que le marché local ; notamment les grandes brasseries rémoises (Sicambres, 1880 ; Veith, 1890, XXe siècle, 1900), ou celles de Troyes et de sa périphérie ou de Joinville.

Peu d'établissements ont rayonné au-delà des frontières régionales. On peut citer La Comète à Châlons-en-Champagne et La Grande Brasserie Ardennaise (GBA) à Sedan.La Première Guerre mondiale introduit une évolution des habitudes de consommation : le vin est préféré à la bière. De plus de nombreuses brasseries ont été touchées physiquement par le conflit ; celles de l'agglomération de Reims notamment ne s'en relèveront pas. Les brasseries champardennaises ont aussi souffert courant 20e siècle de la concurrence des grandes brasseries lorraines. La crise de 1929 puis la Seconde Guerre mondiale contribuent à la fermeture des petites unités, au bénéfice des grandes brasseries industrielles qui elles se développent (GBA, La Comète). Mais ces grandes brasseries finiront elles-aussi par fermer : Saint-Dizier (Fort-Carré) en 1951, Veith à Reims en 1955, la GBA en 1979, la Comète en 1986.

Aujourd'hui l'activité de malterie connaît un certain dynamisme dans la région avec le groupe Soufflet dans l'Aube (Nogent-sur-Seine, Arcis-sur-Aube, Polisot) et le groupe Malteurop dans la Marne (Reims, Pringy, Vitry-le-François). Et la réouverture de brasseries et micro-brasseries a permis au secteur de retrouver une belle activité, notamment dans les Ardennes (Charleville-Mézières, Sedan, Launois-sur-Vence, etc.), mais aussi dans la Marne (Sommepy-Tahure), en Haute-Marne (Vauclair, Montier-en-Der, etc.).

Période(s) Principale : 19e siècle
Principale : 20e siècle

Les malteries sont à dissocier des brasseries. Les premières ressemblent tout à fait à des silos, et n'ont pas généré de type architectural distinctif.

Les brasseries souvent reprennent le style et les matériaux des constructions locales, caractéristique qui explique leur reconversion parfois en habitations (ex. : Humes, Vignes-la-Côte). Leur seul point commun réside dans la présence d'un lanterneau, placé au-dessus des pièces de germination et de séchage, et d'un monte-sac. L'élévation accueillant le lanterneau constituant l'élément distinctif le plus marquant attaché à cette activité.

Les sites les plus importants et les malteries comportent parfois une cheminée d'usine.

Les plus grandes des brasseries proposent de vastes volumes largement ouverts sur l'extérieur (Joinville, Epernay, Fère-Champenoise) ; qui par la suite ont pu être reconvertis en usines, entrepôts, salles municipales...

Au 20e siècle la diversité continue de régner, tout en s'exprimant avec les techniques du temps (béton armé...).

Les brasseries fournissent certains des exemples de bâti industriel les plus anciens de la région, notamment dans les Ardennes, signe de l'ancienneté de l'activité. Ainsi la brasserie des Ardennes à Charleville-Mézières date de la 1ère moitié du 17e siècle, la malterie-brasserie Billuart de Fumay possède une partie datée 1605, et la brasserie Speckhahn de Signy-le-Petit de 1666. Des bâtiments du 18e siècle existent en Haute-Marne : à la brasserie de Rennepont et à la brasserie Fort-Carré (Miko) à Saint-Dizier. Mais l'essentiel du bâti recensé date du 19e siècle (24 sites) et du 20e siècle (17 sites).

A l'intérieur, les dispositions sont fonctionnelles, et répondent aux différentes étapes de fabrication : le maltage, lorsque présent (trempage, germination, touraillage, dégermage) ; la saccharification ; l'aromatisation ou houblonnage (ajout du houblon lors de la mise en ébullition du moût) ; la fermentation (basse ou haute) ; le conditionnement (mise en fût, bouteille, étiquetage) et le stockage.

La salle de brassage de la brasserie Mathieu de Gespunsart (08) présente encore la totalité de ses installations dont trois cuves en cuivre.

Aujourd'hui, les anciennes brasseries sont souvent reconverties en logements (12 sites avec maisons et 5 avec immeubles) ou sont devenues des entrepôts (6 sites), des usines d'autres domaines (deux usines métallurgiques et une usine d'emballage) ou bien des bureaux (3 sites), mais accueillent aussi des magasins (3 sites), des restaurants (3 sites), des supermarchés (2), un multiplexe (Fort-Carré-Miko)... 5 d'entre elles sont détruites, ou en mauvais état ou conservées à l'état de vestiges. Certaines malteries sont toujours en activité. L'établissement de La Chapelle-Saint-Luc (10) accueille un musée de la Malterie et un projet allant dans le même sens existe pour le site de la brasserie de Rennepont (52).

Décompte des œuvres bâti INSEE 1500
repérées 250
étudiées 31

Références documentaires

Bibliographie
  • VOLUER, Philippe. Le patrimoine de la bière en Champagne-Ardenne. In ASSOCIATION POUR LE PATRIMOINE INDUSTRIEL EN CHAMPAGNE-ARDENNE, DOREL-FERRE Gracia (dir.). Le patrimoine industriel de l'agro-alimentaire en Champagne-Ardenne et ailleurs : Actes du colloque de l'APIC (Reims, 7-8 novembre 1998). Reims : SCEREN-CRDP Champagne-Ardenne, 2000, nouvelle éd. 2004. (Patrimoine ressources), p. 109-116.

    p. 109-116
  • Atlas du patrimoine industriel de Champagne-Ardenne : les racines de la modernité. Reims : SCEREN-CRDP Champagne-Ardenne, 2005.

    p. 74-75
  • VOLUER, Philippe. La bière en Ardenne et en Champagne. Charleville-Mézières : Terres ardennaises, 1997. 239 p.

Périodiques
  • Bières et brasseries à Saint-Dizier. Folklore de Champagne, Février-mars 1986, n°97.