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Etablissement de vins de champagne Alfred de Montebello, puis Société Générale de Champagne, actuellement lieu de réception privé

Dossier IA51000378 inclus dans Généralités réalisé en 1988

Fiche

  •   Façade principale du château
    Façade principale du château
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  • Parties constituantes

    • logis
    • parc
    • glacière
    • mur de clôture
    • communs
    • jardin potager
    • orangerie
    • souterrain

Dossiers de synthèse

Précision dénomination établissement de vins de champagne
Appellations dit établissement vinicole Alfred de Montebello, puis Société Générale de Champagne
Parties constituantes non étudiées logis, parc, glacière, mur de clôture, communs, jardin potager, orangerie, souterrain
Dénominations établissement vinicole
Aire d'étude et canton Marne - Épernay 1
Hydrographies Marne la
Adresse Commune : Mareuil-sur-Ay
Adresse : 1, 3, 10 rue Carnot , 8 rue Corbier
Cadastre : 1980 E 595, 596

Alfred Lannes, comte de Montebello, acquiert en 1830 le château de Mareuil qui avait été construit pour Jean-Baptiste-Thomas de Domangeville, de 1771 à 1774, sur les plans de l'architecte parisien Jean-Michel Chevotet, puis de son gendre architecte, Jean-Baptiste Chaussard. Sur le domaine, comprenant, outre le château, des dépendances (communs et pigeonnier édifiés en 1777, date portée) et plus de 100 hectares de vignes, Alfred Lannes et son frère Gustave fondent la maison de champagne Alfred de Montebello en 1834 (date portée sur l'ancien pigeonnier). La maison bien que modeste prospère, si bien qu'à la fin du 19e siècle des aménagements importants sont apportés aux bâtiments. Vers 1896, le parc-jardin est redessiné par l'architecte-paysagiste rémois Edouard Redon. L'orangerie visible en face du château date de la seconde moitié du 19e siècle. A la suite de le Première Guerre mondiale et de la crise de 1930, la maison Montebello est déclarée en faillite en 1934. La société est vendue aux enchères ; René Chayoux, fils d'un négociant en vins d'Epernay, s'en porte acquéreur et modernise les installations ; il achètera également la maison Ayala (IA51000344) en 1937. La société Montebello devient alors Société Générale de Champagne ; René Chayoux en reste le PDG jusqu'à sa mort en 1969. Le domaine passe ensuite à Jean-Michel Ducellier, collaborateur de Chayoux, puis à son fils Alain, qui le revendra en 2002 à un homme d'affaires suisse, Jean-Jacques Frey. Ce dernier met fin à la marque Montebello, puis vend Ayala à Bollinger, mais conserve le château et le restaure entièrement pour en faire un lieu de rencontre et de réception réservé à ses activités.

Période(s) Principale : 3e quart 18e siècle
Principale : 4e quart 18e siècle
Principale : 2e quart 19e siècle
Principale : 2e moitié 19e siècle
Principale : 2e quart 20e siècle
Dates 1771, daté par source
1777, daté par source
1834, daté par source
Auteur(s) Auteur : Chevotet Jean-Michel, architecte, attribution par source
Auteur : Chaussard Jean-Baptiste, architecte, attribution par source
Auteur : Redon Edouard, paysagiste, attribution par source
Personnalité : Domangeville de Jean-Baptiste-Thomas,
Jean-Baptiste-Thomas Domangeville de
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commanditaire, attribution par source

Le château de plan rectangulaire (33 x 14 m) est composé d'un étage de soubassement, d'un rez-de-chaussée surélevé et d'un étage carré en partie centrale, d'un rez-de-chaussée surélevé et d'un étage de comble pour les ailes. Le corps principal de sept travées comporte un avant-corps central de trois travées, surmonté d'un fronton triangulaire orné des armes de la famille Lannes-Montebello. Il est prolongé par deux pavillons latéraux de deux travées, couverts d'un toit à la Mansart. La brique est utilisée dans les chaînages et pour les encadrements de baies. De vastes bâtiments dessinant un plan en U sont construits à l'ouest de la propriété. Le bâtiment nord des communs, à plan rectangulaire et à étage carré, est bâti en craie. Le cadran solaire qui l'orne, côté cour, est daté de 1777 et porte l'inscription latine ''nulla fluat cujus nonmeminisse velis''. L'aile sud (vendangeoir) est également en craie mais ne comporte pas d'étage. La tour cylindrique implantée au milieu de la cour (ancien pigeonnier transformé dès la fin du 19e siècle en tour d'accueil des clients avec bureaux et salle de dégustation) est élevée en craie ; les encadrements de baies sont en pierre calcaire. Cette tour porte l'inscription ''Maison fondée en 1834''. Elle comporte un étage de soubassement où se situe l'entrée des caves, un rez-de-chaussée surélevé desservi par un escalier à volée double, un étage et un dernier niveau de comble surmonté d'un belvédère. A l'arrière de cette tour, un bâtiment ferme la cour côté ouest. Le parc boisé descendant en pente douce vers la Marne dispose d'une glacière en meulière datant 18e siècle. En face du château se trouvent deux jardins potagers au sein desquels a été implantée une orangerie.

Murs calcaire
brique
meulière
enduit
pierre de taille
Toit ardoise, tuile plate
Étages étage de soubassement, rez-de-chaussée surélevé, 1 étage carré, étage de comble
Couvrements charpente en bois apparente
Couvertures toit à longs pans
toit conique
toit à longs pans brisés
croupe
Escaliers escalier de distribution extérieur, escalier droit, en maçonnerie
escalier intérieur, escalier tournant, en maçonnerie
Typologies baie rectangulaire, arc segmentaire, arc plein cintre, oculus
États conservations bon état, restauré
Statut de la propriété propriété privée
Protections inscrit MH, 2003/11/05
Précisions sur la protection

Le corps de logis 18e siècle en totalité, le parc avec ses aménagements y compris les souterrains et la glacière, la clôture avec sa grille, les façades et les toitures des deux grands bâtiments des communs et des deux pavillons d'entrée vers la cour du château, la tour d'accueil des clients en totalité, ainsi que les deux potagers avec leur enceinte et leur orangerie (cad. F 1823 - château et communs, 1822 - premier potager, 526 - deuxième potager) : inscription par arrêté du 5 novembre 2003.

Annexes

  • Mareuil-sur-Ay. In SEYDOUX Philippe. Châteaux et manoirs de Champagne. [S.l.] : Editions de la Morande, 1993, p. 49 :

    En 1359, les rémois conduits par Gaucher de Châtillon prirent d´assaut le château de Mareuil et en passèrent la garnison anglaise au fil de l´épée. De ce premier édifice, abattu en 1617 sur ordre de Louis XIII, rien ne subsiste.

    En 1761, à l´occasion de son mariage avec Marie-Pauline de Rochemonteix, Jean-Baptiste Thomas de Dommangeville, maréchal de camp, reçut la terre de Mareuil, achetée dix ans plus tôt par son père, le marquis de Pange, trésorier principal des troupes du Roi à Metz. L´architecte Chevotet, qui entreprit vers 1770 la construction du château actuel, mourut en décembre 1772. Son gendre, Jean-Baptiste Chaussard, fit achever les travaux, retardés par la disparition des maîtres d´ouvrages. M. de Dommangeville mourut à Mareuil pendant l´été 1774, son épouse cinq mois plus tard. En 1776, Chaussard fit régler, avec les dernières factures, celle du peintre Genui, auteur d´ouvrages par les faicts au château de Mareuil en 1771. Le fils de M. de Dommangeville invita souvent son ami André Chénier qui fit la connaissance d´Aimée de Coigny, venue de Mareuil-en-Brie.

    Acquis en 1788 par le duc d´Orléans - le futur Philippe-Egalité - le domaine revint en 1792 au neveu du constructeur, Jacques Thomas de Pange, qui le revendit en 1805 au comte d´Hunolstein et se fixa en Lorraine. Le second duc de Montebello, qui acheta le château en 1830, était le fils aîné du maréchal Lannes et le petit-fils du comte de Guéheneuc. Ministre des Affaires étrangères et de la Marine, il s´associa à ses frères pour fonder la maison de champagne Montebello, toujours propriétaire du domaine.

    Situé près de l´église, au coeur du village, le château de Mareuil se présente comme un hôtel particulier du côté de la rue qui le sépare de son jardin potager. Au sud, en revanche, il domine un agréable parc boisé tracé sur la pente descendant vers le canal de la Marne. C´est un édifice aux lignes simples - inspiré, dit-on, du château lorrain de Pange - plus conforme au goût du milieu du siècle qu´aux tendances néoclassiques des années 1770. Il doit son allure de ramassée à la largeur de son avant-corps, à l´importance de son comble à la Mansart, et à la présence des courtes ailes qui prolongent le corps principal. Sur les façades en moellons enduits, chaînes et cordons de briques apportent une note colorée, palliant la quasi-absence de pierre de taille.

    Au rez-de-chaussée, les appartements des maîtres de maison occupent les ailes, de part et d´autre des salons. Ceux de l´étage sont desservis par un long vestibule. La salle à manger latérale a été aménagée en 1896, à l´occasion de la visite du Tsar. Outre un mobilier de salon ayant appartenu à Louis-Philippe, le château conserve de nombreux souvenirs de Napoléon 1er et de ses maréchaux.

  • Le temps des Montbello

    Après plusieurs propriétaires successifs qui n´ont pas marqué leur époque, le domaine de Mareuil-sur-Ay, château, dépendances et vignes, fut acquis par les fils du Maréchal Lannes en 1830. Celui-ci n´y mit jamais les pieds, malheureusement pour nous et pour lui, puisqu´il est mort à Essling en 1809 pendant la bataille d´Allemagne au cours de la cinquième coalition.

    Jean Lannes était né à Lectoure en 1769. Il s´engagea très vite dans l´armée et il était déjà Chef de Brigade à 23 ans. Il se couvrit de gloire en Italie sous les ordres du Général Bonaparte, puis il remporte une brillante victoire contre l´Autriche en Italie, celle de Montebello dont Napoléon lui donne le nom comme Maréchal d´Empire. Vainqueur à Ulm, Austerlitz, Iéna, Dantzig, un boulet perdu lui enlève les deux jambes, blessure dont il meure une semaine plus tard à l´âge de 40 ans.

    Le Maréchal Lannes laissait une fille et quatre fils dont l´aîné, Napoléon Auguste, devient Duc à la mort de son père. Après de brillantes études à l´Ecole Polytechnique, il fit carrière dans la diplomatie. On le retrouve quelques années plus tard Ministre des Affaires Etrangères puis Ministre de la Marine. Il fut même Député de la Marne, Sénateur et Pair de France. C´est lui qui signa l´acte d´achat du château de Mareuil-sur-Ay en 1830, comme dit plus haut.

    Le nouveau Duc était très occupé par ses ambassades à l´étranger et il chargea son frère, le Marquis Alfred, de s´occuper du domaine. Celui-ci comportait le château, une importante superficie de terres de cultures et plus de 100 hectares de vignes situés à Mareuil-sur-Ay dans les plus belles contrées de ce site viticole. Alfred s´associa lui-même à son frère Gustave et ensemble ils fondèrent la marque de champagne ''Alfred de Montebello''.

    La prospérité de cette jeune maison s´affirma rapidement, d´une part parce qu´elle était bien gérée, d´autre part parce qu´elle profitait de la notoriété du Duc de Montebello. D´ailleurs, le Duc ayant été ambassadeur à Saint-Pétersbourg, la marque s´introduisit rapidement dans la Russie des Tzars et fut certainement une des toutes premières commercialisées là-bas.

    La Maison Montebello avait également son regard tourné vers la Chine, mais par le fait d´un concours de circonstances aussi heureux qu´imprévu. Le journal Le Figaro, dont nous possédons l´exemplaire original, raconte qu´en 1889 il y avait un port à construire en Chine : Port Arthur. Les anglais chargés du travail y renoncèrent et des constructeurs allemands pressentis par les autorités chinoises firent de même. C´est alors que le Vice-Roi et Premier Ministre Li Hung Chang eut l´idée de s´adresser aux ingénieurs français ; on lui signala un jeune ingénieur des Ponts et Chaussées, Mr René Griffon, qui se trouvait être le fils du Directeur de Champagne Montebello à Mareuil-sur-Ay. René Griffon en fut très fier et accomplit remarquablement la mission qui lui avait été confiée.

    Invité par la France en 1896, Li Hung Chang promis à la Comtesse de Montebello qu´il avait rencontrée à Moscou de venir voir le père de René Griffon à Mareuil-sur-Ay. Ce qui fut fait et la visite clôturée par un grand dîner au Château où le champagne Montebello coula à flots.

    De retour en Chine, le Vice-Roi ne put malheureusement pas raconter sa réception à René Griffon car l´ingénieur était mort entre temps presque subitement (nous possédons une photo originale du Vice-Roi assis sur un banc au pied du château de Mareuil, entouré de quelques personnes de sa suite, de Comte de Montebello et du père de René Griffon).

    En 1880, 41 membres éminents du commerce anglais des vins avaient organisé à Londres une dégustation de 21 marques de champagne. C´est Montebello qui fut classé le premier. Lors du fameux banquet des Tuileries en 1889, où 22.000 maires de France étaient invités, le seul champagne figurant au menu était une fois encore Montebello.

    Autre date importante, 1896, année de la visite du Tsar Nicolas II en France. Là encore les relations des Montebello en Russie expliquent que le Tsar et la Tsarine aient accepté une invitation à dîner au château de Mareuil-sur-Ay le 23 mai 1896. Détail pittoresque, c´est pour ce dîner que les Montebello firent construire la salle à manger actuelle qui a été parfaitement intégrée dans le corps du château existant. Nous avons le menu de cette soirée et même une photographie du Tsar et de son épouse. On devine le retentissement qu´eut cette réception dans la presse et la notoriété supplémentaire dont bénéficia le Champagne Montebello.

    Malheureusement, tout a une fin, y compris la célébrité et la prospérité. La grande guerre de 1914 avait été une épreuve, mais la crise de 1930 fut fatale au dirigeant de la Maison Montebello, le Comte Stanislas, fils d´Alfred fondateur de la marque.

    L´affaire ayant été déclarée en faillite l´ensemble des actifs de la société (château, meubles, vaisselle, immeubles d´exploitation, vignoble, etc.) furent vendus aux enchères à la barre du Tribunal Civil de Reims. C´est René Chayoux, fils d´un négociant en vins d´Epernay, qui s´en rendit acquéreur à la surprise de tout le négoce des vins de champagne venu assister à la vente sans avoir les moyens d´enchérir. Il faut ajouter que René Chayoux n´avait pas non plus l´argent nécessaire pour régler son acquisition et qu´un banquier de Reims lui avança la quasi-totalité des fonds.

    Cet achat effectué en pleine crise économique et à la surprise de tout le commerce des vins de champagne marquait le début d´une grande carrière pour René Chayoux. Celui-ci acquit quelques années plus tard la majorité des actions de la société Ayala, devint propriétaire du magnifique château La Lagune dans le bordelais et présida aux destinées de la Profession du Négoce des Vins de Champagne pendant 17 ans.

  • La construction du château et ses premières années d´existence marquent la fin de la monarchie

    Mareuil-sur-Ay a possédé pendant longtemps un château fort bâti sur une île au milieu de la Marne et dont la position stratégique était importante puisqu´elle commandait à la fois la route de terre et la rivière. Les Anglais s´en étaient emparés au 14e siècle mais ils furent eux-mêmes décimés par les Rémois qui passèrent tous les occupants au fil de l´épée. Le château résista encore pendant deux siècles à toutes les guerres qui déroulèrent dans la région et il fut démoli sous le règne de Louis XIII.

    Il faut attendre plus d´un siècle pour qu´un nouveau château soit édifié, non pas à l´emplacement de l´ancien mais, tout près de l´église du village. C´est Thomas de Dommangeville, deuxième fils de Marquis de Pange et originaire du château du même nom dans le pays messin, qui le fit construire. Nouveau seigneur de Mareuil, grâce à une donation de sa famille il avait épousé une riche et puissante héritière d´une famille d´Auvergne, Mlle Marie Pauline de Rochemonteix de la Roche Vernassal, et c´est pour lui donner une demeure digne de son rang qu´il entreprit la construction du château qu´on connaît aujourd´hui.

    Cette construction fut terminée en 1765, donc sous le règne de Louis XV. M. de Dommangeville souhaitait que son château lui rappelle celui qu´il habitait avec ses parents à Pange en Moselle, d´où les parements de briques rouges de style XIII qu´on peut remarquer à Mareuil et qui semblent un peu anachroniques par rapport au style Louis XV.

    La cour des services, où les pressoirs actuels ont pris la place des anciennes écuries, comporte une tour ronde d´un style parfaitement pur et qui fait l´admiration de tous les visiteurs. Il semble même qu´on ait commencé la construction du château par cette tour, laquelle était peut-être à l´époque un immense pigeonnier. Les Montebello en ont fait des bureaux pour leur marque de champagne mais on a tout lieu de penser qu´ils n´en sont pas les constructeurs. Par contre, les pupitres de teck massif assemblés en rond dans la pièce du rez-de-chaussée qui ont été certainement commandés par les Montebello sont remarquables et on peut les considérer aujourd´hui comme des pièces de collection.

Références documentaires

Documents d'archives
  • AD Marne : 1294W 23. Cadastre de Mareuil-sur-Ay (1827). Matrices cadastrales des propriétés bâties et non bâties.

    Archives départementales de la Marne, Châlons-en-Champagne : 1294W 23
Bibliographie
  • Champagne Montebello. Epernay. 32 pages.

  • BLIN, Maurice (dir.), CLAUSE, Georges, GLATRE, Eric (rédac.). Le champagne, trois siècles d'histoire. Paris : Stock, 1997. 205 p.

    p. 97
Périodiques
  • Le Monde Illustré, 25 septembre 1920.