Logo =Inventaire Général du Patrimoine Culturel - Retour à l'accueil

Établissements vinicoles

Dossier IA51001687 réalisé en 2009

Fiche

Voir

Aires d'études Champagne-Ardenne
Dénominations établissement vinicole

Les sites présentés ici correspondent à tous les établissements vinicoles (maisons de champagne), actuels ou passés mais qui conservaient des souvenirs matériels de leur activité encore dans les années 1990 ; ainsi qu'une coopérative vinicole (Bar-sur-Seine), une distillerie de marc de champagne (Goyard à Ay) et une cité ouvrière (de Moët et Chandon à Ay). 65 sites ont été recensés.

Ils se caractérisent par une extrême concentration : tous sont dans la Marne (excepté la coopérative auboise), et répartis entre Reims et Epernay (soit dans un secteur de 30 km sur 20 km), plus les trois implantations de Châlons-en-Champagne, légèrement excentrées.

Ce phénomène de centralisation est à ce point extrême que trois communes seulement rassemblent 90 % du corpus étudié : Reims (31 sites), Epernay (15 sites) et Ay (10 sites).

Cette concentration s'explique en toute logique par la proximité des vignes, réparties pour l'essentiel historiquement entre la Montagne et la Petite Montagne regardant Reims et, du côté sparnacien, dans la vallée de la Marne alentours et dans la Côte-des-Blancs au sud d'Epernay. Mais elle s'explique aussi pas la proximité de réseaux importants de communication : grandes voies terrestres anciennes (routes royales entre Paris et Epernay et Paris et Reims), chemin de fer (ligne Paris-Strasbourg passant par Epernay dès 1839, avec embranchement vers Reims dès 1854), et voies navigables (canalisation de la Marne à partir d'Epernay dès 1837, et ouverture du canal de l'Aisne à la Marne passant par Reims en 1848).

Ce n'est qu'au début du 18e siècle que les Champenois on appris à faire mousser artificiellement leur vin.

Les premières maisons de champagne apparaissent vers 1730 : Ruinart à Reims, Chanoine Frères à Epernay, Fourneaux à Reims (qui deviendra Taittinger après 1870) ; puis vers le milieu du 18e siècle : Claude Moët en 1743 et Henri Abelé en 1757, tous deux à Epernay.

Pendant la seconde moitié du 18e siècle, et jusqu'en 1810 environ, les premières maisons sont surtout rémoises : Delamotte est créée en 1760 (deviendra Lanson en 1837), Clicquot en 1772 (deviendra Veuve Clicquot Ponsardin en 1805), Dubois Père et Fils en 1776 (devenue Louis Roederer en 1833), Piper-Heidsieck en 1785 ; la même année est créée une maison sparnacienne, Heidsieck & Co Monopole.

Les créations s'échelonnent ensuite régulièrement au cours du 19e siècle, un peu plus cependant pendant le 2e quart du 19e siècle et autour du milieu de ce siècle. Epernay n'émergera réellement comme une capitale du champagne qu'après les années 1830. Si les premières implantations, au 18e siècle, ont pu profiter de la position de la ville sur la route royale de Paris à Strasbourg, restaurée sous Louis XV (qui passe par l'actuelle avenue du Champagne), l'arrivée du chemin de fer (ligne Paris-Strasbourg) en 1849 permettra au négoce de prendre une tout autre dimension.

Les témoins matériels du 18e siècle sont rares : certaines parties de l'actuel établissement Perrier-Jouët à Epernay (26-28 avenue de Champagne) datent des années 1775 (période d'occupation du site par la maison Lochet-Duchainet) ; et l'on évoquera le château Montebello,

construit par un notable à partir de 1771-1777, qui accueillera la maison de champagne Montebello en 1834. Les traces des installations de la première moitié du 19e siècle restent tout aussi peu fréquentes.

Les premiers témoins conservés notables datent en fait du Second Empire (1852-1870) ou des années qui suivirent. On les trouve essentiellement sur les bords de la Marne, à Ay (Maisons Ayala, Deutz et Geldermann, Duminy et Cie, Tambourt) et à Epernay (Perrier-Jouët, Piper Heidsieck, Boizel, Mercier, Pol Roger, Gratien-Meyer). Cette période vit la construction du premier château du champagne, le château Perrier-Jouët à Epernay, édifié en 1854. Les maisons rémoises érigées pendant cette période le furent surtout à partir de 1870 (Saint-Marceau, Goulet, Lepitre, Krug, Fourneaux) et souvent ont été

détruites pendant la Première Guerre mondiale (Lanson) ; on signalera l'exceptionnel site Pommery, dont les bâtiments fut érigés dans les années 1870-1878.

Globalement, on trouve des bâtiments des 3e quart du 19e siècle, 4e quart du 19e siècle et 1er quart du 20e siècle (qui s'arrête ici en 1914-1915, butte sur le premier conflit mondial et ses suites immédiates) respectivement dans 30 % des sites recensés. Mais la période du Second Empire concerne surtout les sites sparnaciens et ceux d'Ay, et les années 1870-1880 jusqu'aux années 1900, surtout les sites rémois. Le déséquilibre est plus fort encore pendant le 2e quart du 20e siècle (2 sites sur 5 ont du bâti datant de cette époque), période qui ne connaît presque que des reconstructions dues aux effets de la Première Guerre mondiale et qui en toute logique intéresse surtout les sites rémois (20 sites sur 26).

L'activité vinicole, surtout comparée aux autres domaines industriels de la région, se caractérise par

une très grande pérennité. En effet, 61 % abritent toujours une maison de champagne (mais plus de la moitié ont changé de raison sociale, et la plupart plusieurs fois de suite), et 72 % une activité liée au monde du champagne (certains sites n'accueillent plus que les bureaux de maisons de champagne, ou sont partiellement occupés par des entreprises d'autres domaines). Cette pérennité de l'activité cache donc une assez grande variété au niveau des

mutations, des transferts des sites et marques entre sociétés.

11 sites ont été détruits ou partiellement détruits (presque tous à Reims, un à Ay) et 15 sont désaffectés ou partiellement désaffectés. 7 sites accueillent aujourd'hui des habitations (presque tous à Reims). L'ancien site rémois du champagne Charles Heidsieck a été converti en école privée. On signalera enfin la municipalisation de certains ensembles bâtis : la mairie d'Epernay occupe l'ancien château Moët et Chandon, la municipalité d'Ay a un projet de musée pour les bâtiments Pommery, et tout récemment (2015) la municipalité rémoise a converti le cellier Mumm/Jacquart en centre culturel.

Les noms des architectes, entrepreneurs et maîtres d'oeuvre des bâtiments (ou partie) sont connus pour plus de 2 sites sur 5, ce qui est exceptionnel dans le domaine de l'industrie. Quelques noms reviennent avec une certaine fréquence. Edouard Thiérot érigea vers 1870 les bâtiments Krug à Reims et des agrandissements de la maison Ayala à Ay, puis dans les années 1880 le site Roederer à Reims. Le nom le plus fréquemment cité est celui d'un grand architecte rémois, Alphonse Gosset, qui donna les plans des bâtiments rémois des maisons Saint- Marceaux (actuellement Abelé) en 1870, Heidsieck (actuellement Henriot) en 1880, Kunkelmann et Cie (actuellement Piper-Heidsieck) vers 1885, et vers 1900 des établissements Mumm et Irroy (actuellement Taittinger). A Epernay il érigea l'orangerie et les dépendances du site Moët et Chandon. Mais son plus grand chef-d'oeuvre reste la réalisation, au début de sa carrière en association avec l'architecte C. Gozier, des établissements Pommery à Reims, entre 1870 et 1878.

Le cellier Mumm/Jacquart à Reims a été construit en 1898 sous la direction d'un autre architecte important de Reims, Ernest Kalas.

Période(s) Principale : 19e siècle
Principale : 20e siècle

Au niveau de l'organisation interne, les trois-quarts des sites possèdent un réseau de cave sur place, et 90 % une solution de stockage quelle quelle soit (cave ou cellier ou chai). Dans plus de la moitié des cas cuvage, bureaux et magasins leurs sont associés ; activités diverses en général organisées autour d'une cour. Dans un tiers des cas le site intègre le logement patronal (ou château ou hôtel particulier), qui profite d'un parc dans 8 cas de figure, et exceptionnellement d'orangeries (établissements Montebello à Mareuil-sur-Ay et Moët et Chandon à Epernay). Les logements ouvriers sur place ou aux abords cependant sont rares puisque seulement deux cités ouvrières sont signalées (de Castellane et Moët et Chandon, à Epernay) et un seul ensemble de logements ouvriers (Veuve Clicquot Ponsardin à Sillery). Il est clair que le côté fonctionnel et la fonction ostentatoire ont été privilégiés (et souvent associés) pour ces sites qui servent à la fois de lieux de vente et d'expédition et de vitrine pour les marques qu'elles représentent.

L'organisation spatiale diffère suivant les maisons. Certains sites agrègent les bâtiments de production, l'accueil et les bureaux (de Venoge, de Castellane, Bollinger) alors qu'en d'autres endroits les tâches administratives et la production sont clairement séparées (Boizel, Ayala). Le bâtiment industriel Moët&Chandon à Epernay est le seul à s'organiser autour d'une cour intérieure entièrement fermée. Il est aussi le seul, avec le cuvage Pol Roger, à se mettre nettement en retrait de l'avenue de Champagne. Leur date de construction, après la Première Guerre mondiale (1929 et 1930), marque donc un moment de rupture avec la tradition antérieure.

Les modes constructifs font la part belle aux matériaux "nobles", et notamment à la pierre de taille qui entre dans la constitution des deux-tiers des sites ; et toutes pierres confondues des trois-quarts d'entre eux. On trouve de la brique dans la quasi-totalité des sites (97 %), employée notamment pour les bâtiments utilitaires, mais souvent aussi associée à la pierre dans un but décoratif, et qui permet des effets de style remarquables (maisons de Venoge, Perrier ou Montebello). Rares sont d'ailleurs les bâtiments entièrement élevés à partir d'un unique matériau comme la pierre de taille (château des Crayères) ou la brique (moitié de l'hôtel Perrier-Jouët se trouvant au 28 avenue de Champagne).

Par contre, les matériaux et disposition fréquentes ailleurs dans l'industrie le sont moins ici : le béton n'est présent que sur 9 sites, le pan de fer ou de bois sur 6 sites. Les bâtiments majoritairement sont bas. D'un étage tout au plus dans les trois-quarts des cas, et de 2 étages au maximum dans près de 90 % des cas.

Les toitures, là aussi, montrent des dispositions peu fréquentes dans l'architecture industrielle, mais plus courantes dans l'architecture civile de qualité, puisque l'on dénombre 11 ensembles montrant des toits en pavillon, et même des dômes (de Castellane à Epernay par exemple). Seule concession aux formes de toiture plus « industrielles », les toits terrasse ont été trouvés dans près de la moitié des sites.

Globalement, il n'y a pas de forme type pour la maison de champagne car les opérations qui y sont effectuées sont surtout la manipulation et le stockage, activités peu techniques qui se contentent de bâtiments assez sommaires ; par ailleurs, une partie essentielle échappe au domaine architectural : les caves.

Aussi les architectes qui érigèrent ces bâtiments ont-ils puisé leur inspiration à diverses sources. La maison Boizel à Epernay ressemble à une usine de petite métallurgie. La succession d'entrepôts de la maison Mercier à Epernay s'inspire de l'architecture des filatures. Et il y a beaucoup de ressemblances entre les grandes usines textiles rémoises du 19e siècle et certaines maisons de champagne de la même époque : décors en briques chez Heidsieck-Monopole (vers 1885) et pavillons de la maison Saint-Marceaux (vers 1870) qui ont le même aspect que les salles des machines des anciennes grandes filatures Holden ou Walbaum de Reims ... il est vrai que des architectes tels qu'Alphonse Gosset avaient à la fois présidé à la construction des unes et des autres (filature Wagner/Collet à Reims vers 1855). Certains grands ensembles également s'inspirent des gares. L'exemple le plus célèbre est la maison De Castellane à Epernay, érigée vers 1890 à côté de la gare ; et dont on a pu croire qu'elle avait eu le même architecte que la gare de Lyon à Paris.

Pour les bâtiments de production, les matériaux mis en oeuvre sont généralement plus modestes, moins onéreux, comme la brique et la pierre meulière (Pol Roger). Cependant, beaucoup d'entre eux dénotent une recherche décorative évidente (cuvages Boizel et Ayala) et emploient des éléments ornementaux tels que les métopes en céramique glaçurée, des tuiles multicolores et une tour parée de sculpture (de Castellane), ou bien des masques sculptés sous corniche (cuvage Pol Roger).

Bien que peu éclairés, le pressoir et la cuverie présentent souvent des portes aux larges proportions qui les identifient clairement ; si leur caractère utilitaire est indéniable, le traitement qui leur est réservé vise lui-aussi à impressionner (de Venoge et Pol Roger à Epernay, Bollinger à Ay).

Enfin, volonté d'ostentation oblige, plusieurs maisons se sont inspirées de l'architecture des châteaux. On précisera que l'architecture des « châteaux du champagne » échappe en grande partie à la présente étude, qui est consacrée avant toute chose aux structures de production. Le monde du champagne a dans un premier temps « hérité » de châteaux pré-existants incorporés à leurs propriétés : Ayala du château d'Ay, Montebello du château de Mareuil-sur-Ay).

Ces demeures de prestige sont à la fois des lieux de résidence et commerciaux, et revêtent une réelle fonction symbolique. La décoration y est parfois imposante (de Venoge à Epernay), et est souvent associée à des porches ornementés ou portails monumentaux et à des grilles monumentales ouvragées qui les ferment.

Les châteaux du champagne montre des styles d'inspiration variés : style Louis XIII pour le château Perrier, style classique et néo-18e siècle pour l'hôtel Auban-Moët dû à l'architecte parisien Victor Le Noir, etc. Le domaine Pommery à Reims reste un modèle du genre avec ses bâtiments de production et de réception érigés par A. Gosset dans un style néo-tudor choisi pour correspondre à la clientèle principale d'origine anglaise de cette maison ; et qui s'associe d'une part un château dans le style classique, tout en pierre, érigé en 1902 pour sa directrice la marquise de Polignac, et d'autre part une vaste villa en 1904 (villa Cochet) créée dans le style art Art Nouveau pour son président, Henri Vasnier. Le décor d'origine peut être très recherché dans sa conception et laisser une grande place aux matériaux nobles : utilisation du marbre, présence de boiseries et de mosaïques au sol (hôtel Moët, hôtel Auban-Moët, château Perrier, pavillon d'accueil de Castellane). La villa Cochet à Reims a été conçue comme une véritable oeuvre d'art faisant appel à de nombreux corps de métiers d'art : taille de pierre, ferronnerie, mosaïque, vitrail, ébénisterie, menuiserie...

Quatre sites du champagne sont protégés au titre des monuments historiques. La première protection en date concerne les bâtiments de la société de Castellane (façades et toitures, cages d'escalier du pavillon d'entrée, salle des étiquettes et cheminée), qui ont été inscrits MH le 17 mai 1990.

Peu après, la façade du cellier Mumm à Reims a été inscrite MH le 3 novembre 1997. Les autres protections intéressent des bâtiments du monde du champagne qui ne correspondent pas à des sites de production et qui pour cette raison n'intègrent pas le corpus des édifices recensés. Le château Perrier (ancien musée d'Epernay) a été classé MH le 2 octobre 2013 (après avoir été inscrit en juin 2012). L'établissement - centre de recherche - dit « Fort Chabrol » à Epernay est inscrit depuis le 6 décembre 2012. Enfin, on signalera que le Parc Pommery (parc paysager), qui « fonctionne » avec le site Pommery à Reims est inscrit MH depuis le 6 septembre 2004.

Une procédure de protection UNESCO « Coteaux, Maisons et caves de Champagne » est engagée pour certains sites de Reims, Epernay, Ay, Mareuil-sur-Ay et Hautvillers.

Décompte des œuvres bâti INSEE 1500
repérées 250
étudiées 65

Références documentaires

Bibliographie
  • ASSOCIATION POUR LE PATRIMOINE INDUSTRIEL DE CHAMPAGNE-ARDENNE, DOREL-FERRE Gracia (dir.). Le patrimoine des caves et des celliers. Vins et alcools en Champagne-Ardenne et ailleurs : Actes du colloque international de l'APIC (Aÿ, 17-19 mai 2002). Reims : SCEREN-CRDP de Champagne-Ardenne, 2006. (Cahiers de l'APIC, n° 5 ; Patrimoine ressources). 176 p.

  • DUREPAIRE, Catherine, LEROY, Francis, LIMOGES, Sophie. Avenue de Champagne : architecture et société. Langres : D. Guéniot, 1999. (Coll. Patrimoine et innovations). 76 p.

  • BLIN, Maurice (dir.), CLAUSE, Georges, GLATRE, Eric (rédac.). Le champagne, trois siècles d'histoire. Paris : Stock, 1997. 205 p.

  • CASTERS Thierry. L’impact du champagne sur la ville d’Epernay. In ASSOCIATION POUR LE PATRIMOINE INDUSTRIEL EN CHAMPAGNE-ARDENNE, DOREL-FERRE Gracia (dir.). Le patrimoine industriel de l'agro-alimentaire en Champagne-Ardenne et ailleurs : Actes du colloque de l'APIC (Reims, 7-8 novembre 1998). Reims : SCEREN-CRDP Champagne-Ardenne, 2000, Nelle éd. 2004. (Patrimoine ressources). p. 33-45.

    p. 33-45
  • LEROY Francis. Les maisons de champagne à Epernay. In ASSOCIATION POUR LE PATRIMOINE INDUSTRIEL EN CHAMPAGNE-ARDENNE, DOREL-FERRE Gracia (dir.). Le patrimoine industriel de l'agro-alimentaire en Champagne-Ardenne et ailleurs : Actes du colloque de l'APIC (Reims, 7-8 novembre 1998). Reims : SCEREN-CRDP Champagne-Ardenne, 2000, Nelle éd. 2004. (Patrimoine ressources). p. 47-60.

    p. 47-60
  • Atlas du patrimoine industriel de Champagne-Ardenne : les racines de la modernité. Reims : SCEREN-CRDP Champagne-Ardenne, 2005.

    p. 80-89
Périodiques
  • BARBIER, Jean-Luc. La crise de l’économie viti-vinicole champenoise entre les deux guerres. Mémoires de la Société d’agriculture, commerce, sciences et arts du département de la Marne, 1991, t. 106, p. 343-358.

    p. 343-358