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Filatures

Dossier IA51001691 réalisé en 2009

Fiche

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Aires d'études Champagne-Ardenne
Dénominations filature

85 sites recensés correspondent à des filatures. 38 sont situés dans le département des Ardennes (soit 45 %), 30 dans le département de la Marne (soit 35 %), et 14 dans le département de l'Aube (soit 16 %) et 3 seulement dans le département de la Haute-Marne (3,5 %).

Les sites ardennais sont majoritairement centrés sur un grand secteur nord-est autour de Sedan principalement (plus Mouzon et Carignan) ; secteur majoritaire auquel on doit ajouter Signy-l'Abbaye et Rethel-Neuflize. Ces derniers participent tout autant à la logique marnaise, où dominent Reims et sa périphérie (12 sites) ainsi que la vallée de la Suippe aux portes des Ardennes (14 sites), qui fut une rivière à filatures ; implantations auxquelles il faut ajouter Fismes et la vallée de la Vesle et Epernay. Dans l'Aube les filatures sont troyennes à 86 %. En Haute-Marne, elles sont peu nombreuses et plus étalées dans le département.

Dans le bassin sedanais le textile constitue l'activité historique depuis l'installation de la manufacture royale du Dijonval au milieu du 17e siècle.

Les filatures ont la plupart du temps été construites pour elles-mêmes, ne résultent pas d'aménagements de sites préexistants (55 sites, soit 65 %) et fréquemment sont restées des filatures jusqu'à leur désaffectation.

Parmi les cas de remploi de sites préexistants la situation la plus fréquente est celle des moulins ou moulins à foulons devenus filatures (21 cas). Parmi les autres exemples de remplois, on citera les quelques conversions de sites métallurgiques (une fenderie à Haraucourt, une tréfilerie à Fismes) ou de construction mécanique (Rethel, Troyes, Reims), ainsi que des cas particuliers à Rethel (ancienne usine de pâte à papier) et à Autrecourt-et-Pourron (ancienne usine d'armes et ancien château reconvertis).

Par ailleurs la filature parfois a été associée au tissage (20 cas), et cela essentiellement dans le département de la Marne (17 des 20 cas). L'activité de filature intègre aussi les murs d'usines textiles généralistes, comme c'est le cas dans les Ardennes à Floing (usine l'Espérance), à Rethel (usine Lainé), à Sedan (usine Montagnac notamment), et dans la Marne à Pontfaverger (usine de la Providence).

Ces différents centres de production champardennais cachent des types d'industries assez différents. En effet, si les sites ardennais et rémois (mais aussi haut-marnais), sauf exception, travaillent traditionnellement la laine et sont spécialisés dans le filage de la laine cardée, les sites aubois correspondent à des filatures de coton et sont souvent associés - parfois même physiquement, topographiquement - aux usines de bonneterie.

La région Champagne-Ardenne se caractérise par la précocité de certaines de ses filatures industrielles. Une usine textile est créée à Neuflize dans le courant du 18e siècle par le baron Vaucque-Leroy. Ensuivant, les premières filatures alternativement sont ardennaises et marnaises (avec une exception haut-marnaise) : au tout début du 19e siècle sont créées des filatures à Rubécourt-et-Lamécourt (51) et à Chaumont (52), en 1807 à Mouzon (08, par Poupart de Neuflize) et à Saint-Brice-Courcelles (51, par le baron Ponsardin), en 1809 à Angecourt (08, par Poupart de Neuflize), en 1810 à Bazancourt (51, par Jobert-Lucas et Ponsardin), en 1812 à Saint-Brice-Courcelles (51, par Lefèvre)... Ces filatures figurent parmi les toutes premières filatures industrielles (ou pré-industrielles), celle de Bazancourt en 1810 étant la première filature de laine peignée mécanique de France.

Il est vrai que Reims et son agglomération, déjà sous l'Ancien Régime, étaient réputées pour leurs laines peignées et leurs tissus légers ; essentiellement destinés au marché parisien.

Les créations de filatures se succèdent avec le même rythme et la même alternance marno-ardennaise jusqu'au milieu du 19e siècle : 1820 à Thelonne (08), 1822 à Haraucourt (08), 1823 à La Ferté-sur-Chiers (08, draperie), 1824 à Pouru-Saint-Remy (08) et Suippes (51), 1825 à Auménancourt (51), 1829 à Pontfaverger (51), 1829 à Chémery-sur-Bar (08, draperie), 1833 à Pont-Maugis et Rethel (08), 1834 à Reims (51), 1836 à Saint-Masmes (51), 1840 à Autrecourt-et-Pourron (08), 1841 à Warmeriville (51), 1843 à Isles-sur-Suippe (51, laine mérinos), avant 1845 à Saint-Menges (08) et avant 1846 à Givonne (08).

Cette époque correspond à la période de mécanisation progressive de la filature (qui s'accompagne de sa centralisation). Si la première filature mécanique date de 1810 (Bazancourt), la mécanisation ne se répandit qu'à partir de 1830 (et celle du tissage plus tard encore, surtout après 1855).

A partir du milieu du 19e siècle les sites se diversifient, notamment avec l'introduction de la place troyenne (créations de filatures vers 1850, 1855, 1860, 1865, 1870, 1872, 1875, 1880, et la dernière vers 1890) ; et de sites nouveaux : Signy-l'Abbaye (08), Epernay (51), Gudmont et Perrancey (52), Fismes (51), Boult-s-Suippe et Suippes (51). Cette période, entre 1850 et 1880, doit correspondre à une période faste de la filature, et en tout cas à une phase de diffusion de l'activité ; y compris en dehors de ses centres traditionnels.

L'époque comportant le plus grand nombre de créations de filatures correspond à ce moment. On comptabilise en effet au sein de notre corpus 31 créations au cours du 3e quart du 19e siècle contre une quinzaine lors des deux quarts de siècle précédents (1er quart et 2e quart du 19e siècle). Puis les créations s'essoufflent pendant les périodes suivantes : 8 pendant le 4e quart du 19e siècle, 7 pendant le 1er quart du 20e siècle.

A Reims et alentours on emploie alors 100000 ouvriers au travail de la laine. En 1860, Reims est la grande cité lainière de France.

Il n'existe plus guère de filatures en activité en région Champagne-Ardenne. Les premières fermetures - hors fermetures-faillites avant reprise ou reconversion comme par exemple à Neuflize où l'usine Poupart ferma ses portes une première fois en 1836 -, datent des années 1880 et de la fin du 19e siècle (6 cas) : Autrecourt (08) en 1883, Perrancey (52) en 1884, etc. Les fermetures de filatures continuent à un rythme constant jusque dans les années 1950 (7 pendant le 1er quart du 20e siècle, 9 pendant le 2e quart du 20e siècle), la plupart (3 sur 4) s 'accompagnant alors d'une reconversion industrielle du site.

Les fermetures s'accélèrent ensuite : 7 pendant les années 1950, 16 pendant les années 1960, 13 pendant les années 1970, 8 pendant les années 1980 ; une des dernières fermetures intervenant en 2000 à « La Soie artificielle » de Givet.

Les fermetures anciennes, de la fin du 19e siècle et du début du 20e siècle, touchent surtout des établissements de la Marne (Fismes, Auménancourt, Reims, Epernay, Bazancourt), et celles des années 1950 plutôt des établissements des Ardennes (Pont-Maugis, Pouru-Saint-Remy, Rethel, Rubécourt-et-Lamécourt). Par contre tous les départements sont concernés par celles des années suivantes (avec cependant deux pics de fermetures d'établissements marnais entre 1960 et 1962 et entre 1968 et 1977). A partir des années 1950, de plus, les cas de reconversions sont plus rares et le sont de plus en plus : 1 sur 4 pendant les années 1950, 1 sur 5 pendant les années 1960, un seul cas dans les années 1970 et dans les années 1980.

Les reconversions sont assez diverses. On notera cependant plusieurs cas de transformations en usines métallurgiques ou de construction mécanique, et surtout, notamment dans le département de l'Aube, des exemples d'activités combinées puis de conversions en bonneterie.

Aujourd'hui, ces sites connaissent des situations tout aussi variées. Une quinzaine sont désaffectés et 17 détruits ; notamment dans les secteurs urbains où la pression immobilière est plus forte, et surtout à Reims, ville qui a moins su que d'autres de la région (Troyes par exemple) conserver des traces de son passé industriel (et notamment de son industrie textile). Plusieurs de ces souvent grands volumes rendus disponibles ont été rachetés par des communes, notamment dans les Ardennes, pour y installer des bureaux et/ou des espaces réservés aux entreprises (pépinières). Et plus d'1 site sur 4 accueille de l'habitat privé. 18 d'entre eux enfin (soit 1 sur 5) sont toujours occupés, au moins partiellement, par une activité industrielle, dans des domaines variés : construction mécanique, métallurgie, matières plastiques, emballage...

Période(s) Principale : 19e siècle
Principale : 20e siècle

Une grande majorité des sites (93 %) avaient conservés leurs ateliers de fabrication encore dans les années 1980 et 1990 ; ils sont moins nombreux aujourd'hui du fait des destructions, mais le cas cependant reste très majoritaire. Les anciens bureaux sont présents sur près d'1 site sur 2 et encore 23 (soit 27 %) possèdent encore leurs cheminées d'usine.

Les sites sont encore aujourd'hui associés à du logement d'entreprise dans plus d'1 cas sur 2 (54 %) : à du logement patronal en majorité (surtout dans les Ardennes mais aussi dans la Marne), souvent conservé (présent sur 42 % des sites) car plus aisément reconvertible en habitation et présentant une belle qualité de construction (par exemple sur les sites Oudin Frères à Bétheniville et La Chappe/Sarlino à Reims) ; mais aussi à du logement ouvrier dans plus d'1 cas sur 5 (18 sites ; Ardennes et Marne) et avec un nombre important de cités ouvrières associées (14 sites, surtout dans la Marne sur les bords de la rivières Suippe).

Enfin, on citera les 3 exemples de sites comportant une chapelle : dans les Ardennes à Givet (La Soie artificielle), et dans la Marne à Saint-Masmes (usine du Pont de La Romagne) et Warmeriville (ancien site Harmel) ; témoins du catholicisme social dans le milieu du textile dans la région.

La plupart des sites conservent des témoins matériels du 19e siècle (88 %) : tous les sites de la Haute-Marne, et presque tous les sites de la Marne (27 sur 30), de l'Aube (13 sur 14) et 2 sites ardennais sur 3. Au sein de ce siècle, c'est la seconde moitié qui est la mieux représentée (touche 1 site sur 3), notamment dans l'Aube (86 % des sites), dans la Marne (67 % de sites) et dans les Ardennes (58 % des sites). La première moitié du siècle concernant tout de même près d'1 site sur 3 (30,6 %) : surtout des sites marnais et haut-marnais.

Pour être moins présent le 20e siècle n'en concerne pas moins tout de même 69 % des sites, la plupart conservant du bâti datant surtout du 1er quart du 20e siècle ou de l'immédiat après Première Guerre mondiale. Presque tous les sites marnais sont concernés par cette période (87 %), et environ 2 sites sur 3 dans les Ardennes et 2 sur 5 dans l'Aube.

Les sites conservant les vestiges les plus anciens se trouvent regroupés sur la commune ardennaise d'Autrecourt-et-Pourron (filatures Pasquier et Cathereau-Bonaumont) du fait de la présence, pour la première d'un manoir du milieu du 17e siècle, et pour la seconde d'une fabrique d'armes avec une maison patronale datée 1787. Toujours dans les Ardennes, à Haraucourt la filature a réutilisé les bâtiments d'une fenderie de la fin du 18e siècle.

Au niveau constructif, les matériaux les plus utilisés sont la brique (trouvée en moyenne dans 3 sites sur 4) : presque tous les sites marnais sont concernés (90 %) et plus de 3 sites aubois sur 4 et 2 sites ardennais sur 3 ; et la pierre, trouvée en moyenne dans plus de 2 sites sur 3. La pierre de taille, signe de construction de qualité, a été trouvée dans 1 site sur 3, notamment dans la Marne et dans les Ardennes (37 % des sites dans les deux cas). Assez loin derrière ces matériaux principaux, 1 site sur 3 montre des constructions en pan de fer (sites ardennais et marnais surtout) ou en pan de bois (sites aubois surtout), et 1 sur 4 du bâti faisant intervenir le béton.

Les toits en shed sont présents sur plus d'1 site sur 2 ; les toits en terrasse surtout dans la Marne ; et les toits en pavillon, témoignage souvent de constructions plutôt monumentales, surtout dans les Ardennes où ils concernant 1 site sur 3, et dans la Marne (1 site sur 4).

Si l'énergie qui mouvait ces filatures a été majoritairement l'énergie thermique (pour 3 usines sur 4) et/ou électrique (pour 2 usines sur 3 ; produite sur place environ dans 1 cas sur 2), elle avait été initialement l'énergie hydraulique dans 1 cas sur 2 ; ce qui explique que les filatures furent nombreuses à remployer des sites de moulins (1 cas sur 4) ; et qu'elles se trouvent souvent en bordure d'un cours d'eau (près de 2 cas sur 3), notamment en Haute-Marne (100 % des sites) et dans les Ardennes (79 %), mais moins dans la Marne (50 %) et dans l'Aube (43 %).

Au niveau formel, les bâtiments en hauteur caractérisent les premiers âges de la filature concentrée (industrielle). Il est surtout possible de se faire une idée de ces dispositions initiales avec des exemples trouvés dans le département des Ardennes : dans les sites de Lalobbe, Mouzon, Angecourt, Givonne et Pouru-Saint-Remy (bâtiment disparu), Rethel (usine Lainé), La ferté-sur-Chiers et Chémery-sur-Bar. Dans le département de l'Aube on pourra mentionner le site Thévenot à Troyes (après 1870) et en Haute-Marne le site chaumontais de Buxereuille.

A la fin du 19e siècle, les filatures se développent en surface et non plus en hauteur, à l'exemple d'Hannogne-Saint-Martin (08) où la filature primitive est reconstruite après un incendie avec des bâtiments en rez-de-chaussée à sheds.

Dans le même temps, le tissage est de plus en plus intégré au sein d'usines textiles plus généralistes. Deux paramètres qui expliquent l'étalement en surface des sites à cette époque. Les bâtiments accueillant les filatures ne se distinguent plus guère alors des autres structures industrielles avec leurs formes étales en rez-de-chaussée et couverts de toits en shed.

Parmi les sites les plus monumentaux on pourra citer 4 sites ardennais : la fabrique Poursain à Chémery-sur-Bar (après 1829) et les filatures Paté/Poupart à Neuflize (après 1868), Lainé à Rethel (3e quart 19e siècle) et Parent-Clavière à Sedan (salle des machines de 1879) ; 2 sites marnais : l'ancienne filature de soie La Chappe, actuellement Sarlino, à Reims (vers 1900 et années 1920) et la filature Harmel à Warmeriville (après 1874 et années 1920 ; notamment pour son entrée monumentale) ; et 1 site haut-marnais, celui de Chaumont/Buxereuilles (19e siècle).

Aucune filature n'est protégée au titre des monuments historiques en Champagne-Ardenne.

Décompte des œuvres bâti INSEE 1500
repérées 250
étudiées 85