Logo =Inventaire Général du Patrimoine Culturel - Retour à l'accueil

Fonderies

Dossier IA51001677 réalisé en 2009

Fiche

Voir

Aires d'études Champagne-Ardenne
Dénominations fonderie

La catégorie des fonderies (fonte, fer, acier, bronze, plomb, zinc ou cuivre) est représentée par 84 sites en Champagne-Ardenne : 4 dans l'Aube (soit 5%), 5 dans la Marne, soit (6%), 25 sites en Haute-Marne, (soit 30%), et 50 dans les Ardennes (soit 59%).

Cette activité est donc anecdotique dans l'Aube et la Marne et majeure dans les deux autres départements, au même titre que pour les usines de fabrication des métaux dont elles prennent souvent la suite. Comme elles, elles sont massivement présentes dans le nord des deux départements. Dans les Ardennes, cette explication vaut pour quelques foyers secondaires dans le Sedanais (Vrigne-aux-Bois, Vivier-au-Court, Haraucourt, Margut), sur le plateau de Rocroi (Rocroi, Bourg-Fidèle et Les Mazures) et également pour le secteur phare de la vallée de la Meuse entre Charleville-Mézières et Fumay (Laifour, Fumay, Revin, Deville, Monthermé, Nouzonville, Neufmanil et Charleville) où l'on retrouve l'essentiel des établissements. Mais la concentration importante dans cette région s'explique surtout par la présence du chemin de fer et du recalibrage de la Meuse qui ont permis un approvisionnement en matière première venant de Belgique, Luxembourg (fonte) et Lorraine (Houille). La place importante des Ardennes dans le corpus champardennais des fonderies reflète bien son hégémonie au niveau régional et de ce secteur d'activité dans ce département où il s'agit de la première activité de la branche métallurgique.

La fonte moulée (première fusion) a été pratiquée dès le 16e siècle dans la région. En témoigne une taque de cheminée au château de Rumigny datée de 1546 ou bien les 45 km de tuyaux commandés au Hurtault (Signy-l'Abbaye) en 1685 pour Versailles. Au cours de l'époque moderne, de nombreuses usines produisent des projectiles d'artillerie (Cirey-sur-Blaise en Haute-Marne, Hurtault à Signy-l'Abbaye, Linchamps, Haraucourt, Les Mazures) avec une accélération de la production à chaque conflit notamment entre 1790 et 1815 (Dommartin-le-Franc en Haute-Marne, Vendresse et Boutancourt dans les Ardennes).

Deux phénomènes vont favoriser la production de fonte moulée par seconde fusion. En premier lieu, l'apparition des cubilots (fours verticaux de fusion des métaux par la combustion de coke) dans la première moitié du 19e siècle (l'une des premières usines à l'intégrer est celle de Laval-Dieu à Monthermé) et leur diffusion au milieu du 19e siècle (de 30 dans les Ardennes en 1850 leur nombre passe à 70 en 1867 puis à 130 vers 1900). Mais également les crises qui secouent le milieu métallurgique entre 1848 et la période de la guerre de 1870 qui vont obliger certaines usines productrices de métal à se diversifier voire à se tourner vers la production de fonte de seconde fusion.

La première option semble avoir été retenue par la Haute-Marne qui, tout en continuant à produire de la fonte dans des hauts fourneaux modernisés, se dirige vers les produits finis comme le fil de fer, les essieux, les chaînes ou la fonte d'art. Ainsi la production de fonte moulée (en grande partie d'art) totalise 25 000 tonnes en 1869 en Haute-Marne ce qui représente le quart de la production de fonte du département.

La seconde option est adoptée dans le département des Ardennes où l'on abandonne beaucoup plus vite la production de fonte ou profit de sa transformation.

Les fonderies de fonte sont très majoritaires dans le corpus regroupé ; elles ont oeuvré dans des productions assez variées. Les Ardennes se sont nettement dirigées vers la production d'équipements domestiques et surtout les appareils de chauffage, réchauds et buanderies avec des grands noms comme Faure (1854 à Revin, Signy-le-Petit, Monthermé), Arthur Martin (1882 à Revin et 3000 employés en 1975, Les Mazures) mais aussi Corneau (1846 à Charleville) qui sera connu plus tard sous la marque Deville, Invicta et Faunus à Donchery, Pied-Selle à Fumay ; en Haute-Marne, l'usine de Dommartin-le-Franc a également produit des cuisinières dont les « Maillard ». Certaines productions ont également vu le jour dans ce secteur comme les fers à repasser (usine de la Nouvelle Fenderie à Vrigne-aux-Bois et Saint-Nicolas à Revin) ou la quincaillerie (Moreau à Charleville et Nouvion-sur-Meuse). Toujours dans le domaine de l'habitat, la maison Porcher installe son usine de sanitaire à Revin en 1886 et débute la production de baignoires en 1902 ; la reconstruction française consécutive à la Seconde Guerre mondiale fera prendre une expansion considérable au site puisque près de 4000 employés y travaillaient en 1963 et la marque occupait alors 25% du marché français des appareils sanitaires dans les années 1960.

L'une des grandes spécialités haut-marnaise était la fonte d'art et d'ornement qui se pratiqua à Osne-le-Val, Sommevoire, Brousseval et plus récemment Dommartin-le-Franc. On leur doit des milliers de vases, de fontaines, de statues de parcs, jardins et églises, les chevaux ailés du pont Alexandre III à Paris, les fontaines Wallace, les entrées du métro parisien de style Art-Nouveau par Guimard coulées en 1903 à Sommevoire. Les usines de Haute-Marne ont ainsi produit entre 1835 et 1930 l'essentiel des fontes décoratives qui ornent les villes de France et de grandes villes du monde comme les fontaines et vases de Rio de Janeiro.

Les taques de cheminée (Allichamps, Dommartin-le-Franc) ont également été réalisées et cela dès le 16e siècle, de même que des fontes funéraires et vinicoles (Dommartin-le-Franc).

Autre grand secteur représenté, celui de l'hydraulique : tuyauterie à l'usine du Hurtault à la fin du 17e siècle, aux usines d'Allichamps, Brousseval et Aubrives ; fontainerie/robinetterie à Joinville, chez Dumay à Saint-Dizier et à l'usine Grandry à Charleville.

Des activités plus minoritaires ont également été pratiquées. La production de pièces automobiles était pratiquée par cinq usines à Deville et l'usine Béroudiaux produit toujours des contrepoids d'engins de travaux publics à Revin. Des essieux de chemin de fer étaient réalisés à Haraucourt, par Moreau à Charleville, Robert à Saint-Dizier, des coussinets de voie par Boutmy à Margut, Dupont et Dreyfus à Apremont et l'usine d'Aubrives a fourni 160 colonnes en fonte supportant les viaducs du métro de Paris lors de sa construction. Guidart-Roynette développait des machines-outils à Vrigne-aux-Bois. A Vrigne-aux-Bois des fonderies produisaient de la quincaillerie pour le bâtiment (crémones, des poignées, des poulies, des fers à repasser) comme Moranvillé, Gollnisch-Jardinier, Jardinier-Massard.

D'autres métaux ont également été travaillés mais dans un moins grand nombre d'usines.En premier lieu le fer (essentiellement dans les Ardennes notamment à Vivier-au-Court), l'acier avec quelques aciéries à Marnaval, Vecqueville, Saint-Dizier (Hachette-et-Driout), Nouzonville (Thomé-Cromback), Charleville (Aciéries de Charleville et Gailly), Deville (Collignon sur deux sites).

Le cuivre a également été concerné et son introduction en France est due à Antoine-Laurent Jacquier de Rosée, capitaine d'industrie wallon né à Chalons-en-Champagne et propriétaire d'une cuivrerie à Anthée près de Dinant, qui implante en 1787 une usine de cuivre dans la vallée de la Houille à Landrichamps. Cette activité s'est développée dans cette micro-région qui a compté 6 usines mais également à Raucourt-et-Flaba et Vrigne-aux-Bois, Fontaine dans l'Aube, Joinville, Harréville-les-Chanteurs et Saint-Dizier (Hachette-et-Driout). Une seule usine semble avoir fondu le plomb et le zinc (Laroye à Reims), 4 l'aluminium (Roze à Gespunsart, Carignan, Moreau à Charleville et Fontaine dans l'Aube), 3 le bronze (Wisco à Givet, Lacroix à Deville et Strube et Chatel à Rethel).

Aujourd'hui, le secteur a perdu un grand nombre d'emplois et de nombreuses usines ont fermé (Osne-le-Val en 1986, Dommartin-le-Franc en 1993, presque toutes les fonderies de Deville se sont arrêtées dans les années 1990 de même que celle de Joinville, fermeture de la fonderie l'Union à Renwez en 2002, de Grandry à Charleville-Mézières en 2003, des aciéries Thomé-Cromback en 2007) avec une accélération ces dernières années depuis la crise de 2008 (fermeture de deux emblèmes revinois : Porcher en 2011 et Arthur-Martin-Electrolux en 2012). De ce fait, nombreuses sont les usines fermées et désaffectées (Thomé-Cromback à Nouzonville) ou rasées (L'Union à Renwez, Lacroix à Deville) ; dans le meilleur des cas elles ont été reprises pour d'autres activités ou destinations ; certaines par exemple servent d'entrepôts (Devie à Bourg-Fdièle ou Gustin à Monthermé).

Pourtant certaines usines se sont modernisées et sont à la pointe de la technologie (Hachette-et-Driout à Saint-Dizier avec 500 employés ou Ferry-Capitain à Vecqueville avec 440 employés). Elles sont encore une quinzaine à fonctionner dans les Ardennes et une dizaine en Haute-Marne. Du mobilier urbain et d'ornement (bancs, candélabres, kiosques, fontaines) est toujours produit à Sommevoire, de la quincaillerie à Nouvion-sur-Meuse. Des fonderies perdurent dans dans la fabrication de pièces à forte technicité (fonte à graphite sphéroïdal, ferrique et perlitique) comme à Wassy (pièce de moteurs et de transmission), des pièces de Broyeurs (Magotteaux à Aubrives), des cylindres de laminoirs (Glaire), des tuyaux (Bayard et Brousseval), des plaques d'égouts (Fonderies de Saint-Dizier ou Brousseval qui fait partie des plus grosses fonderies françaises indépendantes), des systèmes de chauffage au bois (Invicta à Vivier-au-Court) ou bien des pièces en petite ou moyenne série à la demande (Vignon à Haraucourt, Saint-Nicolas à Nouzonville, Fonte-Ardennaise à Haybes ou Vivier-au-Court, L'Avenir à Rocroi). La vaste usine KME de Fromelennes est toujours le leader français pour le domaine du cuivre.

Période(s) Principale : 19e siècle
Principale : 20e siècle

De nombreuses fonderies sont situées sur des cours d'eau car elles ont réutilisé des usines mues par la force hydraulique, ou bien leur emplacement (la fonderie Nonnon-Mahain de Deville s'est installée sur le site de forges remontant au 16e siècle). A partir du milieu du 19e siècle, les fonderies ont pu s'affranchir de la force hydraulique qui actionnaient les souffleries grâce à l'énergie thermique de chaudières et ont dès lors pu s'implanter dans des endroits plus commodes, notamment à proximité de voies de communication (les deux fonderies Collignon à Deville datant de 1889 et 1910 sont construites le long de la Meuse et à proximité immédiate des voies de chemin de fer).

La morphologie des fonderies est très hétérogène et dépend aussi bien de la géographie du lieu, que de l'histoire du site (usine créée ex-nihilo ou usine préexistante) et de ses transformations successives dues aux réorientations de la production. L'usine Vignon à Haraucourt, toujours en activité, prend ainsi la suite de forges établies en 1515.Pour les Ardennes, la surface des plus grandes fonderies tels que Deville à Charleville, Porcher, Faure et Arthur-Martin à Revin se comptait en hectares. La puissance financière de ces géants leur permettait de suivre les solutions technologique lors de reconstruction et il subsiste en général de par ce fait peu de bâtiments d'origine sur ces sites. Dans ces grands sites, les bâtiments de la fonderie proprement dite peuvent être relativement hauts afin de pouvoir déplacer les pièces et moules au moyen de pont roulant (Porcher ou Arthur Martin) tandis que le montage correspondait plus schéma traditionnel d'autres usines, c'est-à-dire constitués de longs bâtiments parallèles peu élevés.

Ainsi, les hauts bâtiments de la fonderie construite par Arthur-Martin en 1929 comportent un pont-roulant et présentent une succession régulière d'un module type en brique avec toits à longs pans à charpente apparente à l'arrière d'imposants bureaux qui accueillaient également l'imprimerie interne de la firme. La dernière construction subsistante de l'usine Faure, l'émaillerie (1934), a été réalisée entièrement en béton armé, avec voûte Caquot. Le bâtiment de montage des appareils de chauffage de l'usine Deville a été édifié en béton armé sur cinq niveaux en 1930 et les bureaux présentent une large façade très aérée de style Art Déco. L'usine Thomé-Cromback à Nouzonville possède quant à elle une remarquable grande halle en béton armé construite en 1930 par l'architecte Chansoux d'après des plans ramenés de Philadelphie (USA).

Outre l'aspect fonctionnel/rationnel de ces bâtiments, leur aspect extérieur participait aussi à la représentation de la firme et les catalogues des produits mettent toujours en avant ces constructions dans des vues quelque peu idéalisées.

Dernière née du secteur, la fonderie d'acier des Aciéries de Charleville (1948) présente des bâtiments plus communs en rez-de-chaussée et à étage en pan de béton armé et remplissage de brique creuse. Son implantation assez éloignée des artères principales a peut-être contribué à ce choix d'une esthétique moins démonstrative.

Ces grandes usines participaient également au développement des lieux où elles étaient implantées avec la construction de vastes cités ouvrières telle que la Cité jardin Faure à Revin édifiée en 1930 et sa chapelle en 1936.

Les bâtiments des usines de petite ou moyenne taille sont beaucoup moins démonstratifs et il ne semble pas y avoir de plan rationnel. Dans ces unités de production, dont les moyens étaient nécessairement plus limités pour le renouvellement du bâti, on retrouve encore le noyau originel au milieu des ajouts successifs : pour l'usine Lacroix à Deville par exemple, les bâtiments primitifs datant de 1912 sont en moellon de schiste avec charpente en bois, l´extension des années 1930 correspond à des ateliers avec murs en pan de fer, remplissage de brique creuse, soubassement est en parpaing de béton et charpente métallique, et le dernier agrandissement de 1970 est en béton armé et essentage de tôle.

Sont également souvent présents dans cette catégorie d'usines, des bureaux très simples, une petite conciergerie, des logements ouvriers à proximité (Cité du Calvaire à Deville pour l'usine Gustin). Le logement patronal, lui aussi de taille raisonnable peut être intégré à l'usine (Collignon à Deville) ou être situé à proximité. Dans certains cas, il est plus grandiose et éloigné (Cury à Deville).

Pour certaines usines un plan d'ensemble rationnel est établi dès l'origine ; ainsi l'usine Gustin à Deville construite en 1853 est établie autour d'une cour carrée où sont implantés les logements ouvriers et de grands bureaux côté rue et les ateliers de production sur les autres faces.

En Haute-Marne, on retrouve les différentes catégories de taille présentent dans les Ardennes. En revanche, pour les plus grandes usines (Marnaval, Bayard, Wassy, Vecqueville, Saint-Dizier) on ne remarque pas de bâtiment trop ostentatoire.Les mêmes remarques morphologiques et chronologiques peuvent également être appliquées pour des usines de taille inférieure.A Marnaval, la vaste usine était au coeur de la vie des ouvriers car l'entreprise avait fait bâtir de grandes cités ouvrières, une vaste église en 1894 avec des briques de laitier de l'usine, une école, un hôtel de voyageurs. A Osne-le-Val, l'usine implantée dans une vallée à l'écart du village comportait une cité ouvrière assez singulière formant une véritable rue bordée par deux rangées de logements sur deux niveaux. On retrouvait également une école et une chapelle réservées aux travailleurs de l'usine.

Décompte des œuvres bâti INSEE 1500
repérées 250
étudiées 84