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Grand séminaire Sainte-Croix

Dossier IA51060428 réalisé en 2011

Fiche

Historique

A la fin du XIXe siècle, les bâtiments de l’ancien couvent de la congrégation Notre-Dame, occupés depuis 1829 par le grand séminaire, étaient devenus vétustes, malsains et trop étroits. Aussi, Mgr Latty, évêque de Châlons, décida de faire construire un nouvel établissement sur un terrain plus vaste. En 1895, il demanda à l’architecte Paul George, inspecteur des travaux du diocèse de Châlons et auteur en 1890-1891 de l’institution Saint-Etienne, d’établir un projet sur un terrain situé à l’emplacement de l’actuel lycée Charles Péguy, acquis par l’évêché en 1829 et qui servait de terrain de jeux aux élèves du petit séminaire de Saint-Memmie, les jours de sortie. George remit ses plans le 26 octobre et l’affaire resta sans suite immédiate.

Dans sa lettre pastorale du 6 janvier 1897, Mgr Latty annonça officiellement sa décision de construire un nouveau grand séminaire et lança une souscription pour le financer, comptant beaucoup sur la générosité des familles riches. Avait-il alors déjà eu la promesse du don très important que fit ensuite Louise Van Bomberghen-Sabbe (200 000 F) ? Celle-ci et son défunt époux, Victor Auban-Moët, étaient très impliqués dans la réalisation de grandes œuvres charitables catholiques à Epernay. Ils avaient en particulier totalement assuré le coût de construction du nouvel hôpital et de sa luxueuse chapelle. Principale donatrice du grand séminaire, madame Auban-Moët fut la seule à bénéficier d’une inscription commémorative dans la chapelle. Dans l’autre branche de la société Moët et Chandon, Raoul et Jean Chandon de Briailles, qui finançaient entièrement la construction de la nouvelle église paroissiale Saint-Pierre-Saint-Paul d’Epernay avec l’argent légué par leur père Paul († 1895) à cet effet, firent également des dons très importants. De plus la souscription fut un succès général.

En mars 1897, l’évêque convoqua George afin qu’il retravaille son projet de 1895. En mai Mgr Latty acheta une série de terrains mitoyens à celui déjà en possession de l’évêché et demanda à l’architecte d’y placer les bâtiments. Le 3 juillet, George remit ses plans inspirés, selon ses propos, du grand séminaire de Dijon, construit par Lisch en 1875. Le lendemain Mgr Latty se rendit à Epernay pour bénir la nouvelle église et confia pour avis à l’architecte de cet édifice, Edouard Deperthes, les plans de George. Là encore, on peut penser que l’idée de soumettre les plans à Deperthes lui avait été soufflée par madame Auban-Moët, qui avait fait appel à cet architecte pour la chapelle de l’hôpital d’Epernay, et aux Chandon. Deperthes devait sa renommée à la reconstruction de l’hôtel de ville de Paris (1873-1882), en collaboration avec Théodore Ballu. Il était également très impliqué dans le milieu catholique, ayant élevé, entre autres, la basilique de Sainte-Anne-d’Auray en Bretagne (1866-1872) et le monument d’Urbain II à Châtillon-sur-Marne (1876). Deperthes répondit à la demande de l’évêque le 28 juillet en ces termes : « Après un premier examen, me trouvant devant une esquisse qui à mon avis manque absolument de valeur, j’ai hésité et me suis demandé si je ne ferais pas mieux de m’abstenir d’en faire la critique ? ». Le 2 août, George fut convoqué à une réunion où Deperthes lui exposa son opinion. Le lendemain, Deperthes acceptait de prendre en charge le projet et obtenait de George d’être l’architecte d’exécution. Le 29 août, les dispositions principales du nouveau projet étaient arrêtées et le 1er octobre, l’architecte donnait les plans, les élévations et le cahier des charges afin que l’entrepreneur, le châlonnais Gérasime Bellois, puisse commencer à travailler.

Des mises au point de détail furent apportées par la suite au projet, dont la principale fut, en octobre, le report de la galerie, ouverte au rez-de-chaussée du bâtiment principal, de la façade ouest à la façade est, c’est-à-dire à son emplacement actuel. Dans une lettre du 6 novembre l’architecte annonce l’envoi des plans détaillés de tous les étages pour la semaine suivante et le devis estimatif pour dans un mois.

Dès le mois de juillet précédant (devis par George daté du 14 juin), un mur de clôture avait été construit pour protéger le futur chantier qui ouvrit probablement en novembre, aussitôt après l’envoi des plans définitifs. On commença par le bâtiment principal dont les fondations étaient en cours en janvier 1898. Le cintrage des voûtes des caves était commencé en février et le 3 mai Mgr Latty procédait à la pose de première pierre.

La santé de l’architecte se dégradait et le 31 mai, il annonçait l’envoi de son fils Jules, également architecte, pour surveiller le chantier, en priant l’évêque de lui faire bon accueil. Le 23 juin, il déclarait au même que son fils l’assistait désormais dans la mise au point des plans d’exécution et la conduite du chantier. Il mourut un mois plus tard, le 23 juillet.

Sous la conduite de Jules Deperthes, les travaux continuèrent d’avancer activement : le gros-œuvre de l’aile principale fut achevé dans l’année 1898 et la dernière ardoise de la couverture était posée le 24 décembre. Le corps de bâtiment de droite fut érigé dans la foulée, couvert en octobre 1899 tandis qu’on creusait les fondations du troisième, celui de la chapelle, qui fut achevé au printemps 1900. L’effort se porta alors sur l’aménagement de la chapelle à laquelle Mgr Latty désirait donnait un éclat tout particulier, refusant tout matériau qui ne serait pas noble : les colonnes en marbre supportant les voûtes sont livrées en juin 1900 par Coutrot, maître carrier à Neuilly-sur-Seine. La première partie de l’année 1901 fut consacrée à la mise en place du mobilier et le 8 septembre 1901, Mgr Latty pouvait bénir le séminaire, dédié à la sainte Croix, et la chapelle le lendemain. Cependant, les trois autels en marbre et granit ne furent livrés qu’au début de l’année suivante, de même que les trois statues en pierre ornant chacun d’eux. L’évêque y célébra la première messe le 25 février 1902, jour de la prise de possession des lieux par les séminaristes, et consacra le maître-autel le 3 mai.

Quelques aménagements extérieurs complétèrent l’ensemble, un Christ en croix dans la cour ouest (qui prit alors le nom de Cour du Calvaire), inauguré le 4 septembre, et une Vierge de l’Immaculée-Conception dans la cour est (Cour Notre-Dame), œuvres en marbre du sculpteur Paul Roussel, grand prix de Rome en 1895. Le 1er avril 1904, la dépense totale s’élevait à la somme considérable 1 190 278, 05 F sans compter les 15 000 F de l’orgue. Le quart de ces dépenses au moins fut assumé par les Auban-Moët et les Chandon.

A la suite de la promulgation de la loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat, le 18 décembre 1905, les séminaires et les palais épiscopaux furent confisqués. L’inventaire du grand séminaire de Châlons eut lieu le 9 mars 1906 et l’expulsion des séminaristes le 15 décembre. Par la suite, Mgr Latty, nommé en 1908 archevêque d’Avignon, eut la possibilité de revendiquer sa part sur la propriété du séminaire et de racheter l’ensemble pour un prix modeste, rachat confirmé par arrêté préfectoral du 10 novembre 1911. Les séminaristes regagnèrent les lieux le 19 mars 1912. L’évêque ayant été expulsé de son palais épiscopal, situé à l’emplacement de l’ancienne poste, rue Juliette-Récamier, il fut décidé en 1912 de transformer la partie orientale de l’aile de la chapelle en palais épiscopal, où put s’installer dans le courant de 1913 le nouvel évêque Mgr Tissier. Un mur fut édifié dans la cour orientale pour séparer le jardin de l’évêque du reste du séminaire.

Le petit séminaire, situé sur le site de l’ancienne abbaye de Saint-Memmie, ayant été également confisqué à la suite de la Séparation de l’Eglise et de l’Etat, Mgr Tissier prit la décision d’en construire un nouveau sur un terrain qui dépendait du grand séminaire, dénommé le « jardin Tisset », pour lequel George avait dessiné son premier projet de grand séminaire. Le terrain, encore sous séquestre, fut racheté aux Domaines et des plans et devis dressés par l’architecte châlonnais Maurice Maybel pour 400 000 F. La pose de la première eut lieu le 1er août 1914, mais les travaux furent aussitôt interrompus par la déclaration de guerre. Ils reprirent après le conflit et l’évêque bénit l’édifice le 10 octobre 1924, à l’occasion de la première rentrée, et la chapelle le 30 juin de l’année suivante. L’augmentation considérable du coût des travaux après la guerre conduisit à une dépense totale de 2 202 724,25 F.

A la fin des années 1950, pour faire face à la baisse des vocations, les grands séminaires s’unirent. Ce fut d’abord celui de Langres qui fusionna en 1957 avec l’établissement de Châlons, puis l’ensemble fut rattaché à Reims en 1965. Le petit séminaire, réorganisé sous le nom de « Foyer des jeunes », était transféré en 1968 dans les locaux du grand, tandis qu’en 1973, s’installait dans les bâtiments du petit un lycée privé mixte, qui prit le nom de Charles Péguy, rassemblant les grandes classes des institutions Saint-Etienne (garçons) et Notre-Dame (filles). En 1975, le Foyer des jeunes ferma à son tour. Les bâtiments furent alors loués à différents services de la préfecture. Ayant du mal à faire face au coût d’entretien d’un tel édifice, l’association diocésaine décida de le vendre en 1984.

Le conseil régional, créé à la suite de la loi du 2 mars 1982, qui avait comme président Bernard Stasi, cherchait une solution pour son logement : construction neuve ou réhabilitation d’un bâtiment existant. Il porta son choix sur la deuxième solution en acquérant l’ancien grand séminaire le 11 octobre 1985. Un concours avait été lancé le 27 septembre précédent que remporta une équipe composé de trois architectes : Jean-Denis Gouzien, architecte et urbaniste à Châlons, François Peiffer et Jacques Tequi, architectes à Troyes. Le chantier démarra au printemps 1986 et le nouvel hôtel de Région fut inauguré le 24 décembre 1988.

Architecture

L’ancien grand séminaire est composé de trois corps dessinant un H en plan, d’une grande régularité, homogénéité soulignée par la continuité des toits. Un sous-sol s’étend sous une partie de l’édifice seulement. Au-dessus du rez-de-chaussée s’étend un premier étage et un deuxième en surcroît, c’est-à-dire élevé en partie sur l’espace des combles. En 1898, en cours de travaux, il fut décidé d’aménager un étage supplémentaire dans les combles éclairé par de petites lucarnes sur le versant. La pierre provient de différentes carrières de la Meuse.

La façade principale n’a pas été conçue du côté ouest, comme de nos jours, mais du côté est. Deperthes l’avait prévue sur son premier projet du côté ouest, mais il la changea de sens à la demande de l’évêque. Parmi les nombreuses lithographies publiées dans La semaine religieuse du diocèse de Châlons au moment des travaux, la seule vue d’ensemble du projet, parue dans le numéro du 29 avril 1899, représente ce côté principal, dégagé par une vaste perspective qui s’étend jusqu’à la rue Tisset et que souligne un jardin régulier, effet que la construction du petit séminaire a rompu par la suite.

A première vue, les différentes élévations du bâtiment sont assez semblables. Un petit appareil de pierre à la surface strié au ciseau grain d’orge contraste avec les blocs de plus grand calibre des encadrements au traitement plus lisse, effet esthétique fréquent à cette époque. Une frise de brique jaune courre au niveau de la partie haute du premier étage, achevée par une corniche portée par des modillons. Le troisième niveau est animé par les fenêtres passantes qui brisent la continuité du sommet du mur. Dans ce schéma général, de subtiles variations affirment la hiérarchie des façades. Du côté est, des arcades au rez-de-chaussée, autrefois ouvertes, signale la desserte des pièces du corps principal. Les ailes sont terminées par des croupes, et non par des pignons comme à l’ouest, que rompt une large lucarne en pierre de taille. Le pignon de celle-ci renferme un oculus décoratif présentant les armoiries de Mgr Latty à gauche, celles du séminaire à droite. Ces dernières, décrites pour la première fois par Mgr Latty le 3 mai 1898 à l’occasion de la cérémonie de la pose de la première pierre comme « emblème d’une maison bien ordonnée, active et féconde », figurent une ruche surmontée d’une croix, avec la devise latine : in cruce robur et mel.

L’élévation sur les allées Saint-Jean constitue la deuxième façade principale, marquée comme celle de l’est par la frise à colonnettes du premier étage. Elle s’organise symétrique autour de la travée centrale dont les baies décalées affirme la présence d’un grand escalier. Un clocher arcade couronne cette travée signalant la présence de la chapelle dans la partie gauche. Là où est gravée l’inscription HÔTEL DE REGION était fixée une plaque en Vert Maurin, marbre des Alpes, sur laquelle se détachait en lettres dorées : Séminaire Sainte-Croix 1898-1901. Notons que deux portes encadrent cette travée centrale, l’une constituait l’accès public à la chapelle, l’autre l’entrée des parloirs.

Nous avons déjà évoqué la façade ouest au traitement plus simple que celles de l’est : pignon au lieu de croupe aux extrémités des ailes, frise du premier étage dépourvue de colonnettes. Des portiques à arcades, actuellement fermées, desservent le rez-de-chaussée des ailes alors qu’au centre de simples fenêtres en plein cintre les remplacent. On peut regretter que lors de l’aménagement pour le conseil régional des vitres unies aient remplacé les menuiseries à petits bois, car elles donnent l’impression d’arcades en partie murées, brouillant ainsi la lecture de la façade.

La cour Saint-Joseph constituait une bande relativement étroite longeant le corps de bâtiment sud. Le mur de clôture qui la limitait y est en grande partie préservé. Cette espace est dédié à saint Joseph, car c’est la cour du travail manuel : en effet, la cuisine et ses annexes, placés en sous-sol, y prennent jour par l’intermédiaire d’une cour anglaise. Aussi, une allure plus rustique a été donnée à l’élévation par l’emploi de la meulière associée à la brique jaune pour les encadrements. Un porche, bâti sur un pont enjambant la cour anglaise, permet une sortie directe sur la cour depuis le rez-de-chaussée. Non prévus dans le projet d’origine, qui plaçait la cuisine ailleurs, ces changements à la fois pratiques et décoratifs sont l’œuvre de Jules Deperthes.

Toute la sculpture décorative des élévations est inspirée de l’art roman et a été sculpté par C. Amossé, entreprise parisienne spécialisée dans la sculpture ornementale.

Le bâtiment central abritait primitivement, au rez-de-chaussée, des salles de classe, la perruquerie (coiffure) et la librairie (vente interne de livres scolaires et de papeterie), des cellules aux trois autres étages, dont certaines, au premier, accompagnées de bureaux, étaient réservées aux professeurs. Le bâtiment nord contenait dans sa moitié orientale la chapelle et la bibliothèque au-dessus, dans sa moitié occidentale, au rez-de-chaussée, la loge du concierge et les parloirs, l’appartement du supérieur et une salle de billard au premier, des cellules aux deuxième et troisième étages. Dans le troisième corps de bâtiment au sud, se tenaient, au sous-sol, la cuisine et ses annexes, la salle à manger des sœurs, la buanderie et des salles de douches et de bain. Au rez-de-chaussée, le réfectoire était relié à la cuisine par un monte-charge et occupait la moitié est. Venaient ensuite les lavabos et le réfectoire des professeurs. Au premier étage, au-dessus du réfectoire, était disposé un appartement pour l’évêque (rappelons qu’à l’extérieur les armoires de Mgr Latty figurent de ce côté), puis vers l’ouest, l’appartement de l’économe, l’infirmerie et la chapelle des sœurs (qui devaient donc gérer la cuisine, le linge et l’infirmerie). Aux deux étages supérieurs, on retrouvait les cellules des séminaristes. La circulation verticale se faisait par les deux grands escaliers qui existent encore au centre des bâtiments nord et sud. Ils étaient doublés par des escaliers de service placés dans les mêmes ailes, sans doute aux extrémités ouest.

La chapelle et la bibliothèque constituaient les pièces les plus spectaculaires et elles ont été heureusement préservées dans l’hôtel de Région. La première est devenue la grande salle d’apparat de la Région, accueillant manifestations diverses, expositions et concerts. Sa structure romano-byzantine, chère à l’architecte, est particulièrement proche de l’église Saint-Pierre-Saint-Paul d’Epernay : nef à trois vaisseaux couverts de voûtes en pendentifs portées par des colonnes en pierre polie. D’après le discours prononcé par Mgr Latty lors de l’inauguration du grand séminaire, c’est le fils de l’architecte qui a réglé tous les détails du décor de la chapelle. C’est donc à lui qu’il faut attribuer le caractère plus précieux qu’à Epernay donné par l’emploi de colonnes monolithes en Napoléon grand mélange, marbre tiré des carrières de Ferques (Pas-de-Calais), de chapiteaux et de bases en calcaire fin d’Anstrude, roche extraite aux environs de Tonnerre (Yonne), sculptés comme les décors extérieurs par C. Amossé, et d’une peinture décorative, due à G. Defretière, peintre décorateur parisien. Dès l’inauguration, le lien étroit qui existe ici entre peinture et architecture a été souligné : « M. Defretière […] nous a appris comment la peinture, ce vêtement discret, fait ressortir les lignes sans les charger et, loin d’alourdir les arceaux ou les voûtes, les fait paraître plus légers. » (La semaine religieuse du diocèse de Châlons, 14 septembre 1901, p. 601). Sur les voûtes, au centre de croix – thème récurrent du séminaire Sainte-Croix – calligraphiées comme des enluminures romanes, figurent les litanies de la Vierge, le Christ sur celle du chœur, et les symboles des quatre évangélistes sur les tympans en trompe-l’œil surmontant les portes des sacristies. Les verrières, aujourd’hui déposées et conservées par l’association diocésaine, illustraient les différents rôles du prêtre. Comme celles de Saint-Pierre-Saint-Paul d’Epernay, elles étaient l’œuvre de la Société artistique de peinture sur verre, d’après des cartons réalisés par le peintre Jourdain. Cette société était présidée par Gaston de Maigret, gendre de Paul Chandon qui finança entièrement la nouvelle église d’Epernay. L’orgue, toujours en place sur la tribune et actuellement entretenu par la Région, fut réalisé en 1901-1902 (il joue lors de la célébration de la première messe le 25 février 1902). Comprenant 11 jeux, deux claviers et un pédalier, il fut construit par la maison Mutin, successeur de Cavaillé-Coll, pour la somme de 15 000 F face à la société Merklin qui proposait un instrument équivalent pour 2 000 F de moins. Il faut encore voir derrière ce choix l’action des frères Chandon, dont le père Paul ne commanda pas moins de six instruments à Cavaillé-Coll, dont quatre pour la seule ville d’Epernay. L’orgue du séminaire a été inscrit Monuments historiques en 1979 à cause de la qualité des matériaux employés et de sa parfaite conservation.

De part son usage actuel, la chapelle a été vidée de son mobilier. Elle était organisée à l’origine en un grand chœur liturgique. Une grille le séparait de la travée sous l’orgue, seule partie réservée au public et en communication directe avec l’extérieure. Le maître-autel et les deux autels latéraux, en marbre et granite, avaient été livrés en 1902 par Coutrot, entreprise de taille de pierre de Neuilly-sur-Seine. Ils furent ornés chacun, la même année, d’une statue en pierre due au ciseau de Paul Roussel, comme celles trônant dans les cours principales de l’établissement : sur le maître-autel le Christ rédempteur, copie d’une œuvre de Michel-Ange, sur les autels secondaires, La Vierge présentant le Sauveur du monde et Saint Joseph. Les stalles des séminaristes étaient réparties dans la nef en deux groupes de trois rangs chacun de part et d’autre de l’allée centrale. Comme l’ensemble des menuiseries du bâtiment, dont la bibliothèque, elles étaient l’œuvre de la maison Joseph Lecœur, menuiserie d’art à Paris.

Au-dessus de la chapelle, la bibliothèque s’organise en trais vaisseaux, la partie centrale, profitant de toute la hauteur du grand comble, bénéficie d’un éclairage zénithal par de grandes verrières. Ce système permet de libérer un maximum de surface murale pour les rayonnages interrompus seulement par les passages vers les vaisseaux latéraux. Limités en hauteur par la partie basse du toit, prenant jour directement par les fenêtres passantes et fortement rythmés par des pilastres portant des consoles, ces espaces étaient réservés à la consultation. Dans le vaisseau central, si les rayonnages ont été supprimés, la pièce ayant aujourd’hui fonction de salle à manger des conseillers régionaux, tous les montants et les meubles bas fermés ont été conservés. Ce mobilier monumental est d’une grande sobriété, le principal élément de décor étant constitué par les jouées ajourées en forme de cercle, surmontant les meubles bas au niveau des passages.

L’aménagement en hôtel de Région a enrichi les locaux de deux pièces remarquables. En premier lieu, la salle d’assemblée a été aménagée dans l’ancienne grande classe au centre du rez-de-chaussée du bâtiment principal. Mais comme la profondeur était insuffisante, la galerie ouest a été supprimée à cet endroit et reportée en saillie sur la façade ouest par un passage en métal et verre, en prenant soin toutefois de conserver les arcades primitives. L’aménagement intérieur est l’œuvre de François Peiffer. Il adopte une organisation en hémicycle, habituelle pour ce genre de pièce, offrant 70 places pour les conseillers. Les murs sont revêtus en marbre Saint-Nicolas rubanné (Belgique ?) et le dessus des bureaux est en érable moucheté. Un grand tableau d’Olivier Debré trône au-dessus du bureau du président (achat ? commande de la Région à l’artiste ? le vert n’était-il pas une évocation de la vigne, une des principales richesses de la Champagne ?)

Mais la réalisation la plus intéressante en matière de décoration est le bureau du président, au premier étage de l’aile nord-ouest, là où se trouvaient à l’origine le bureau et l’appartement du supérieur du séminaire, permanence, sans doute bien involontaire, de la fonction de l’espace. Le président Bernard Stasi avait décidé d’en confier le décor aux jeunes menuisiers et ébénistes en stage à la Maison des compagnons de Muizon, près de Reims. Les responsables de ce centre firent appel à Henri Ciriani pour concevoir l’ensemble, architecte international, plutôt spécialisé à l’époque dans le logement social. L’étude et la réalisation durèrent deux ans (1986-1988). Les lambris et le plafond sont en sycomore plein et placage, les meubles en noyer. La moquette a été spécialement tissée pour le bureau.

Genre de lazaristes
Précision dénomination grand séminaire
Vocables Sainte-Croix
Destinations Maison de la Région
Parties constituantes non étudiées cour, jardin potager, jardin d'agrément, oratoire, enclos
Dénominations séminaire
Aire d'étude et canton Châlons-en-Champagne centre - Châlons-en-Champagne 2
Adresse Commune : Châlons-en-Champagne
Adresse : 5 rue de Jéricho
Cadastre : 2018 BI 334

A la fin du 19e siècle, les bâtiments de l’ancien couvent de la congrégation Notre-Dame, occupés depuis 1829 par le grand séminaire, étaient devenus vétustes, malsains et trop étroits. Aussi, Mgr Latty, évêque de Châlons, décida de faire construire un nouvel établissement sur un terrain plus vaste. En 1895, il demanda à l’architecte Paul George, inspecteur des travaux du diocèse de Châlons, d’établir un projet. George remit ses plans le 26 octobre et l’affaire resta sans suite immédiate.

Le 4 juillet 1897, Mgr Latty confia les plans de George pour avis à l’architecte Édouard Deperthes. Le lendemain, Deperthes acceptait de prendre en charge le projet et obtenait de George d’être l’architecte d’exécution. Le 29 août, les dispositions principales du nouveau projet étaient arrêtées et le 1er octobre, l’architecte donnait les plans, les élévations et le cahier des charges afin que l’entrepreneur, le châlonnais Gérasime Bellois, puisse commencer à travailler.

A la mort d’Édouard Deperthes, le 23 juillet 1898, son fils Jules, architecte également, se chargea de reprendre la conduite des travaux. Le gros-œuvre de l’aile principale fut achevé dans l’année 1898 et la dernière ardoise de la couverture était posée le 24 décembre. Le corps de bâtiment de droite fut érigé dans la foulée, couvert en octobre 1899 tandis qu’on creusait les fondations du troisième, celui de la chapelle, qui fut achevé au printemps 1900.

En 1901, Mgr Latty pu bénir le séminaire et la chapelle. Il célébra la première messe le 25 février 1902, jour de la prise de possession des lieux par les séminaristes, et consacra le maître-autel le 3 mai.

En août 1914, la partie sud des bâtiments devient hôpital auxiliaire n°6 Sainte-Croix. L’aile de la chapelle et une partie de l’aile principale restèrent affectées à l’évêché et au grand séminaire. L’hôpital fut évacué le 18 novembre 1918.

En mai 1940, une partie du grand séminaire, appelé désormais Maison Sainte-Croix, est à nouveau réquisitionné pour servir d’hôpital, puis ce dernier est transféré dans l’ancien petit séminaire de Saint-Memmie et le bâtiment redevient grand séminaire.

En septembre 1965, la Maison Sainte-Croix devient « Maison d’accueil », jusqu’en 1976.

En 1968, un foyer de jeunes est installé dans les locaux libres.

En 1985, le Conseil régional de Champagne-Ardenne acquiert le bâtiment pour y aménager le siège de la Région. L’hôtel de Région est inauguré en 1988, après un chantier de réaménagement de trois ans.

Période(s) Principale : 4e quart 19e siècle , daté par source
Secondaire : 4e quart 20e siècle , daté par source
Dates 1898, daté par source
1901, daté par source
1988, daté par source
Auteur(s) Auteur : George Paul, architecte, conducteur de travaux, attribution par source
Auteur : Deperthes Edouard, architecte, attribution par source
Auteur : Deperthes Jules,
Jules Deperthes (31/05/1864 - 01/10/1919)
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architecte, attribution par source
Personnalité : Latty Michel-André,
Michel-André Latty (22/07/1844 - 03/10/1928)
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commanditaire, attribution par source
Auteur : Bellois Gérasime,
Gérasime Bellois

Travaillait à Châlons au début du 20e siècle.

Entrepreneur de maçonnerie


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entrepreneur, attribution par source

L’ancien grand séminaire est composé de trois corps dessinant un H en plan, d’une grande régularité, homogénéité soulignée par la continuité des toits.

La façade principale a été conçue du côté est. A première vue, les différentes élévations du bâtiment sont assez semblables. Un petit appareil de pierre à la surface strié au ciseau grain d’orge contraste avec les blocs de plus grand calibre des encadrements au traitement plus lisse. Une frise de brique jaune courre au niveau de la partie haute du premier étage, achevée par une corniche portée par des modillons. Le troisième niveau est animé par les fenêtres passantes qui brisent la continuité du sommet du mur. Dans ce schéma général, de subtiles variations affirment la hiérarchie des façades. Du côté est, des arcades au rez-de-chaussée, autrefois ouvertes, signale la desserte des pièces du corps principal. Les ailes sont terminées par des croupes, et non par des pignons comme à l’ouest, que rompt une large lucarne en pierre de taille. Le pignon de celle-ci renferme un oculus décoratif présentant les armoiries de Mgr Latty à gauche, celles du séminaire à droite.

L’élévation sur les allées Saint-Jean constitue la deuxième façade principale, marquée comme celle de l’est par la frise à colonnettes du premier étage. Elle s’organise symétrique autour de la travée centrale dont les baies décalées affirme la présence d’un grand escalier. Un clocher arcade couronne cette travée signalant la présence de la chapelle dans la partie gauche. Deux portes encadrent cette travée centrale, l’une constituait l’accès public à la chapelle, l’autre l’entrée des parloirs.

La façade ouest présente un traitement plus simple que celles de l’est : pignon au lieu de croupe aux extrémités des ailes, frise du premier étage dépourvue de colonnettes. Des portiques à arcades, actuellement fermées, desservent le rez-de-chaussée des ailes alors qu’au centre de simples fenêtres en plein cintre les remplacent.

Une allure plus rustique a été donnée à l’élévation par l’emploi de la meulière associée à la brique jaune pour les encadrements. Un porche, bâti sur un pont enjambant la cour anglaise, permet une sortie directe sur la cour depuis le rez-de-chaussée.

La chapelle est de structure romano-byzantine : nef à trois vaisseaux couverts de voûtes en pendentifs portées par des colonnes en pierre polie. Elle présente un caractère plus précieux, donné par l’emploi de colonnes monolithes en Napoléon grand mélange, de chapiteaux et de bases en calcaire fin d’Anstrude, sculptés, et d’une peinture décorative. Sur les voûtes, au centre de croix, calligraphiées comme des enluminures romanes, figurent les litanies de la Vierge, le Christ sur celle du chœur, et les symboles des quatre évangélistes sur les tympans en trompe-l’œil surmontant les portes des sacristies.

La bibliothèque s’organise en trois vaisseaux, la partie centrale, profitant de toute la hauteur du grand comble, bénéficie d’un éclairage zénithal par de grandes verrières. Dans le vaisseau central, tous les montants et les meubles bas fermés ont été conservés. Ce mobilier monumental est d’une grande sobriété, le principal élément de décor étant constitué par les jouées ajourées en forme de cercle, surmontant les meubles bas au niveau des passages.

Murs calcaire petit appareil
brique brique avec pierre en remplissage
meulière
pierre moellon enduit
Toit ardoise
Plans plan régulier en H
Étages 1 étage carré, étage en surcroît, étage de comble
Couvrements voûte en pendentifs
Élévations extérieures élévation à travées
Couvertures toit à longs pans croupe
pignon découvert
noue
Escaliers escalier dans-oeuvre : escalier tournant à retours avec jour, suspendu, en charpente
Représentations armoiries, symbole personnel armoiries
Précision représentations

Armoiries de Mgr Latty

Armoiries du grand séminaire de Châlons

Statut de la propriété propriété de la région

Références documentaires

Documents d'archives
  • A Evêché Châlons-en-Champagne. Ensemble de boîtes non cotées sur la construction du grand séminaire de Châlons-en-Champagne, 1895-1903.

    Archives de l'Evêché, Châlons-en-Champagne
Documents figurés
  • [Grand séminaire de Châlons-en-Champagne. Vue de la cour côté porte Sainte-Croix]. [ca 1913]. 1 photogr.pos. (tirage sur papier) ; 17 x 19,5 cm (A Évêché Châlons-en-Champagne).

    Archives de l'Evêché, Châlons-en-Champagne
  • [Grand séminaire de Châlons-en-Champagne. Cour près de la porte Sainte-Croix]. [ca 1913]. 1 photogr. pos. ; 12 x 17,5 cm (A Évêché Châlons-en-Champagne).

    Archives de l'Evêché, Châlons-en-Champagne
  • Grand séminaire de Châlons-en-Champagne. Vue prise boulevard Hippolyte-Faure. [début 20e siècle]. 1 photogr. pos. ; 12,5 x 17,5 cm (A Évêché Châlons-en-Champagne).

    Archives de l'Evêché, Châlons-en-Champagne
  • [Grand séminaire de Châlons-en-Champagne. Jardin potager du séminaire]. [début 20e siècle]. 1 photogr. pos. (tirage sur papier) ; 13 x 17 cm (A Evêché de Châlons-en-Champagne).

    Archives de l'Evêché, Châlons-en-Champagne
  • Grand séminaire de Châlons-en-Champagne. Bibliothèque. [1900-1950]. 1 photogr. pos. (tirage sur papier) ; 17,5 x 23,5 cm (A Évêché Châlons-en-Champagne).

    Archives de l'Evêché, Châlons-en-Champagne
  • [Grand séminaire de Châlons-en-Champagne. Vierge au lys]. [1900-1950]. 1 photogr. pos. (tirage sur papier) ; 16 x 9,3 cm (A Évêché Châlons-en-Champagne).

    Archives de l'Evêché, Châlons-en-Champagne
  • [Grand séminaire de Châlons-en-Champagne. Aile de la chapelle en cours de construction]. [1899]. 1 photogr. pos. (tirage sur papier) ; 12,3 x 17,5 cm (A Évêché Châlons-en-Champagne).

    Archives de l'Evêché, Châlons-en-Champagne
  • [Grand séminaire de Châlons-en-Champagne. Vue de la chapelle en direction du chœur]. [1903-1910]. 1 photogr. pos. (tirage sur papier) ; 21 x 17 cm (A Évêché Châlons-en-Champagne).

    Archives de l'Evêché, Châlons-en-Champagne
  • [Grand séminaire de Châlons-en-Champagne. Vue intérieure de la chapelle et des orgues]. 1 photogr. pos. (tirage sur papier) ; (A Évêché Châlons-en-Champagne).

    Archives de l'Evêché, Châlons-en-Champagne
Périodiques
  • GILLET, Pierre abbé. Notice historique sur les séminaires de Châlons-sur-Marne. Mémoires de la Société d'agriculture, commerce, sciences et arts du département de la Marne, 1980, 95, p. 195-242.

(c) Région Grand Est - Inventaire général (c) Région Grand Est - Inventaire général - Ducouret Bernard
Bernard Ducouret

chercheur du Service régional de l'inventaire et auteur de certaines publications de l'inventaire


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- Jarrassé-Raquillet Théodora
Théodora Jarrassé-Raquillet

chercheur au service de l'Inventaire du Grand Est


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