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Habitat ouvrier

Dossier IA51001697 réalisé en 2009

Fiche

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Aires d'études Champagne-Ardenne
Dénominations logement d'ouvriers, cité ouvrière, cité jardin, jardin ouvrier

Cette catégorie comprend les logements d'ouvriers proprement dits, qui peuvent être isolés (un unique logement à la tuilerie du Plessis de Fresnoy-le-Château dans l'Aube par exemple), et les lotissements concertés d'habitat ouvrier, les cités ouvrières ou les cités-jardins, qui comportent plusieurs logements.

Les cités ouvrières, destinées aux ouvriers d’une même entreprise et à leur famille, sont généralement mises à disposition par le patron de l’usine et peuvent être associées à des équipements collectifs. A l'échelle de la région, on compte 6 sites avec école, 8 avec église, 2 avec coopérative, salle d'asile ou crèche, 1 avec orphelinat, salle des fêtes, salle de réunion, pharmacie ou économat. La cité de Fumay (08) comportait une école, une salle de réunion, deux lavoirs et une cantine ; l'usine métallurgique Lagard de Monthermé (08), une chapelle, une école, une ferme et des commerces. Ces zones résidentielles ouvrières se trouvent principalement en secteur urbain.

Les cités-jardins, qui appliquent le concept urbanistique du britannique E. Howard, théorisé en 1898, sont également des lotissements concertés ; outre des jardins individuels, des espaces verts sont aménagés autour des logements. Ces cités comprennent elles aussi des équipements collectifs. En périphérie de la ville de Revin (08), la construction de la cité-jardin Faure, sur les plans de l'architecte Maurice Rouquet, s'achève ainsi en 1936 par l'édification d'une chapelle.

L'enquête a permis de recenser 240 sites incorporant de l'habitat ouvrier dans la région Champagne-Ardenne (logement d'ouvriers et cité ouvrière presqu'essentiellement). Près de 19 % des sites étudiés en comportent, soit une proportion de moitié inférieure à celle de l'habitat patronal, qui touche près de 37 % de l'ensemble des sites.

Géographiquement, l'habitat ouvrier a été trouvé sur 64 sites dans le département des Ardennes (répartis sur 42 communes), 29 sites dans l'Aube (22 communes), 35 sites dans la Marne (25 communes) et 112 sites en Haute-Marne (76 communes).

Les logements d'ouvriers proprement dits concernent 164 sites (31 sites ardennais, 17 aubois, 17 marnais et 99 haut-marnais) ; les cités ouvrières 91 sites (33 ardennais, 13 aubois, 23 marnais et 21 haut-marnais). Notons que certains sites (15 cas) comprennent parallèlement à des logements ouvriers isolés, de l'habitat concerté.

Le logement ouvrier, comme le logement patronal, échappe pour partie aux critères de sélections propres à l'Inventaire général du patrimoine culturel, qui privilégie l'étude des sites de production. Aussi sont-ils le plus souvent recensés en tant que partie constitutive de l'ensemble industriel étudié. Seules sept cités ouvrières et une unique cité-jardin (Cité-jardin Faure de Revin) ont été étudiées pour elles-mêmes.

Sur les 240 sites associés à de l'habitat ouvrier, au moins 87 sites sont à mettre en relation avec des industries de métallurgie, dont plus des 2/3 sont situés dans le département de la Haute-Marne et 1/4 dans les Ardennes, avec notamment les cités du Pied-Selle à Fumay, Thomé-Génot à Nouzonville et la cité-jardin de Revin. Les activités textiles, notamment filature-tissage et bonneterie, sont celles qui offrent ensuite le plus d'habitat ouvrier avec 27 sites en comportant, dont 12 dans la Marne, 10 dans l'Aube et 5 dans les Ardennes. Les 24 sites liés à des activités agroalimentaires (notamment 4 sites pour chacune des sous-catégories distilleries-sucreries, fromageries et moulins) sont répartis pour un tiers d'entre eux dans les Ardennes et un autre tiers en Haute-Marne. 18 sites d'usines de céramique (dont 9 de tuileries) possèdent de l'habitat ouvrier : 6 sites dans la Marne et la Haute-Marne, 4 dans l'Aube et 2 dans les Ardennes. La Haute-Marne concentre 7 des 10 scieries comprenant de l'habitat ouvrier. Quant aux 10 sites en lien avec la petite métallurgie (coutellerie et décolletage), ils se répartissent à égalité entre la Haute-Marne et les Ardennes (citons notamment la cité de l'Echelle de Monthermé). Les autres activités : construction mécanique, verrerie, énergie, extraction, matériel de construction, papeterie, produits chimiques, n'ont pas suscité la création d'un habitat ouvrier important dans la région.

Un certain nombre de cas datés permettent de proposer une chronologie relative de l'habitat ouvrier. La plus ancienne forme connue de logement ouvrier dans la région remonte à la fin du 18e siècle ; il s'agit de la brasserie de Rennepont (52) où la maison d'ouvrier porte la date de 1792. C'est l'unique cas daté d'avant le 19e siècle, à une époque où rien n'était vraiment prévu sur les sites industriels pour loger la main d'oeuvre. Les autres sites dont la date est connue se partagent presque équitablement entre le 19e (36 cas) et le 20e siècle (38 cas).

Les habitats ouvriers construits dans la 1ère moitié du 19e siècle sont assez peu nombreux (7 cas) et ne concernent que des sites métallurgiques : citons le bâtiment dénommé la "caserne" achevé en 1825 à la Forge Gendarme de Vrigne-aux-Bois (08), les hauts fourneaux haut-marnais de Chancenay ou d'Auberive - dont l'habitat ouvrier date des années 1830.

C'est à partir de la 2e moitié du 19e siècle, période durant laquelle la production s'est intensifiée dans tous les types d'activités, que les industriels ayant besoin d'une main d'oeuvre toujours plus importante, commencent à construire fréquemment des logements destinés aux ouvriers pour les attacher à leur usine. On dénombre 11 cas pour le 3e quart du 19e siècle ; citons notamment les premières maisons de la plus ancienne cité ouvrière connue, la cité du Pied-Selle de Fumay, qui sont édifiées entre 1855 et 1862 par Eugène Boucher, ou encore la cité Mazzolay construite en 1860 sur le site de la verrerie de Bayel (10), qui a comporté jusqu'à 300 logements au milieu des années 1950, et qui constitue pour cette période l'unique site ne dépendant pas de l'activité métallurgique. Pendant le dernier quart du siècle (20 cas dont 3 à la limite entre les 19e et 20e siècles), même si la métallurgie est encore prépondérante avec 10 cas (pour 3 de ces sites de métallurgie haut-marnais, il s'agit d'habitations ouvrières construites en complément d'habitations existantes : Allichamps, Montreuil-sur-Blaise et Auberive), les activités associées sont plus variées : 2 sites d'industrie textile (filatures), 1 verrerie, 1 scierie, 1 usine d'extraction, 1 usine de produits chimiques, 2 usines de petite métallurgie (1 coutellerie et la cité de l'Echelle de Bogny-sur-Meuse (08) dont la première période de développement se situe entre 1882 et 1892) et, enfin, les cités ouvrières de la maison de champagne Moët et Chandon à Ay dans la Marne (1884, 1888).

Cette diversité se retrouve encore, accentuée, dans la première moitié du siècle suivant, pendant laquelle on recense au moins 32 sites associés à du logement ouvrier. 6 cas sont datés d'avant 1914, parmi lesquels les logements construits sur le site de la boulonnerie de Bogny-sur-Meuse (08) entre 1902 et 1911, et la cité ouvrière de la Grande Fosse de Rimogne (08), vers 1910. L'entre-deux-guerres, avec 25 sites (notamment 14 cas connus pour les années 1920, ainsi la tuilerie de Pargny-sur-Saulx reconstruite en 1920 par Simonnet à laquelle est adjointe une cité ouvrière), profitant de l'élan général de la reconstruction, est une importante période d'édification de logements ouvriers. Quatre cités ouvrières ardennaises datent du 1er tiers du 20e siècle : les cités Paris-Campagne de Revin (après 1918), et Thomé-Génot de Nouzonville (1924), la cité Saint-Brice de Rimogne (entre-deux-guerres) et la cité-jardin de Revin (1931-1936).

Enfin, les 3 derniers cas d'habitat ouvrier datés connus le sont d'après 1945.

D'une manière générale, les logements ouvriers ont rarement été détruits lors de l'abandon ou de la désaffectation d'une usine mais ont très fréquemment été réutilisés dans leur usage initial d'habitat. C'est ainsi que les logements des cités ouvrières d'Ay, destinés aux personnes travaillant pour la maison de champagne Moët et Chandon, ou ceux de l'usine du Pied-Selle à Fumay ont été vendus à leurs locataires.

Période(s) Principale : 19e siècle
Principale : 20e siècle

Le mode de construction de l’habitat ouvrier se caractérise par une grande liberté et une grande variété qui dépendent de la localisation et du site d’implantation, et dans une certaine mesure aussi de l'activité industrielle auquel il est rattaché. Cet habitat apparaît beaucoup plus simple, plus uniforme et plus économique que le logement patronal qui développe des formes plus élaborées.

Pour ce qui est des cités ouvrières, trois types principaux coexistent, tant en ville que dans les bourgs industriels : la cité-rue aux habitations en enfilade sur un seul côté, la cité-rue bâtie des deux côtés et la cité pavillonnaire. Bon nombre de logements de ces cités ouvrières sont agrémentés d'un jardin individuel.

La cité-rue bâtie sur un seul côté peut ne comporter que quelques logements (4 logements à la cité Leinster de Thilay) comme plusieurs dizaines (on en compte dix pour l'établissement vinicole L'Union champenoise à Epernay dans la Marne, une trentaine pour la cité de la Grande Fosse à Rimogne dans les Ardennes). Les trois bâtiments à un étage, disposant de plusieurs logements chacun, qui composent la cité ouvrière de l'usine de bonneterie troyenne Bullot et Cornuel et sont implantés en secteur urbain, très près de l'atelier de fabrication, s'apparentent à ce type mais ne sont pas bordés par une rue.

La cité-rue bâtie des deux côtés se rencontre dans des petites cités ouvrières, comme à la filature de laine du Pont de la Romagne à Saint-Masmes (51) qui comporte une dizaine de logements, ou dans des lotissements plus développés, ainsi à la cité de la TEP de l'usine d'appareils de levage et de manutention de Doulaincourt-Saucourt en Haute-Marne (21 logements), ou à l'usine de céramique Gilardoni à Pargny-sur-Saulx (51). La cité de l'Echelle à la boulonnerie, dite ''La Grosse Boutique'', de Bogny-sur-Meuse comporte deux alignements formant un total de 37 logements. La cité Barbezat au haut fourneau du Val-d'Osne à Osne-le-Val deux alignements de 20 logements chacun, avec balcons. La cité Lemaire, de l'usine sparnacienne de même nom, fabricant des machines pour l'industrie du champagne, comprend deux îlots de 20 à 30 logements chacun, séparés par une rue. La cité de la forge anglaise de Ville-sous-la-Ferté (10) a possédé jusqu'à 150 logements, dont ceux de la cité dite impériale, à un étage avec balcon. La cité Saint-Brice de Rimogne est quant à elle constituée de deux rues que séparent des garages en partie médiane.

Dans le troisième type, la cité pavillonnaire, l'habitat ouvrier ne se développe pas seulement de façon rectiligne le long d'une rue. La cité du Pied-Selle à Fumay qui compte 145 habitations, soit isolées soit accolées entre elles, déclinées selon 8 principaux types de maisons, forme un ensemble de ce genre dès le 3e quart du 19e siècle. Plus tardivement, la Cité Faure de Revin (années 1930) présente un lotissement de 44 maisons réparties en sept îlots et aux façades variées.

L'habitat ouvrier de la filature Harmel de Warmeriville (51) est dispersé sur l'ensemble du tissu urbain autour du site de production ; sa grande variété traduit la hiérarchie sociale mise en place par la famille Harmel. On retrouve cette dispersion et cette variété formelle de l'habitat ouvrier sur un certain nombre de sites métallurgiques haut-marnais (forge Sainte-Marie de Saint-Dizier, forges de Froncles, fonderie de Bayard-sur-Marne, Fonderies de Saint-Dizier et haut fourneau, affinerie Bonnor Degrond et Cie d'Eurville-Bienville).

Pour ce qui est de la construction, la brique et la pierre apparaissent comme les deux matériaux de prédilection pour les murs des logements ouvriers de l'Aube, de la Haute-Marne et de la Marne. Bon nombre de cités ouvrières de ces trois départements sont élevées en moellons (Bar-sur-Seine, Brienne-le-Château, Troyes, Warmeriville, Bazancourt, Courcy, Reynel, Montot-sur-Rognon), ou plus rarement en pierre de taille (haut fourneau de Liffol-le-Petit par exemple) ou en pierre meulière (comme à la tréfilerie de Fismes dans la Marne). Les bonneteries d'Arcis-sur-Aube, de Marigny-le-Châtel, l'usine de grès Mielle de Radonvilliers, l'usine de chaux de Mussy-sur-Seine, la filature du Pont de la Romagne à Saint-Masmes, les cités de la Maison de champagne Moët et Chandon à Ay, ou encore la Forge anglaise de Doulaincourt-Saucourt présentent des élévations en briques. Signalons dans l'Aube la tuilerie de Vallentigny, où le logement d'ouvriers est constitué de tuiles en gros oeuvre, et les logements ouvriers élevés en pans de bois à la verrerie de Crogny.

Dans les Ardennes, la brique mais aussi le schiste sont le plus souvent employés. Les 24 logements de la Cité Paris-Campagne de Revin forment un ensemble exceptionnel entièrement construit en brique où chaque façade se différencie par des motifs décoratifs colorés. La cité ouvrière dite du Calvaire à Deville est composée de logements à murs en schiste avec encadrements en brique. Les logements des cités Leinster de Thilay, du Pied-Selle de Fumay ou de l’Echelle à Bogny-sur-Meuse combinent schiste et brique. La pierre n'est cependant pas absente dans ce département, ainsi, les bâtiments de la plus ancienne forme conservée d'habitat ouvrier des Ardennes, la "Caserne" à Vrigne-aux-Bois (1825), dont l'appellation souligne la sévérité architecturale, sont construits en moellon calcaire et pierre de taille. A la cité Faure de Revin, les deux seules demeures en pierre de taille sont celles des cadres ; les autres maisons sont construites en brique et crépi.

La tuile et l'ardoise sont les matériaux par excellence pour la couverture des logements. A la filature d'Isle-sur-Suippe (51), les logements habités par les contremaîtres sont couverts d'ardoise, et ceux destinés aux ouvriers, de tuiles. Notons l'emploi de tuiles en écaille au haut fourneau de Liffol-le-Petit (52).

Alors que dans l'Aube la tuile est très présente (Bar-sur-Seine, Brienne-le-Château, Troyes, Payns, Radonvilliers, Mussy-sur-Seine, etc.), dans les Ardennes, l'ardoise est privilégiée.

Signalons, enfin, le logement du chauffeur de la machine à vapeur de Liffol-le-Petit qui est couvert par du ciment amiante.

Décompte des œuvres bâti INSEE 1500
repérées 250
étudiées 240

Références documentaires

Bibliographie
  • HUMBERT, Jean-Louis. Le logement social dans l'Aube de 1850 à 1930. In RENCONTRES INTERNATIONALES DU PATRIMOINE INDUSTRIEL TROYEN (02 ; 2001), DOREL-FERRE Gracia (dir.). Habiter l'industrie hier, aujourd'hui, demain : actes des IIèmes Rencontres Internationales du Patrimoine Industriel Troyen, colloque de l'APIC (Troyes, 18-20 mai 2001). Reims : SCEREN-CRDP Champagne-Ardenne, 2004. (Cahiers de l'APIC, n° 4 ; Patrimoine ressources), p. 8-22.

    p. 8-22
  • RENCONTRES INTERNATIONALES DU PATRIMOINE INDUSTRIEL TROYEN (02 ; 2001), DOREL-FERRE Gracia (dir.). Habiter l'industrie hier, aujourd'hui, demain : actes des IIèmes Rencontres Internationales du Patrimoine Industriel Troyen, colloque de l'APIC (Troyes, 18-20 mai 2001). Reims : SCEREN-CRDP Champagne-Ardenne, 2004. (Cahiers de l'APIC, n° 4 ; Patrimoine ressources). 176 p.

  • Atlas du patrimoine industriel de Champagne-Ardenne : les racines de la modernité. Reims : SCEREN-CRDP Champagne-Ardenne, 2005.

    p. 134-153