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Habitat patronal

Dossier IA51001698 réalisé en 2009

Fiche

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Aires d'études Champagne-Ardenne
Dénominations logement patronal, logement de contremaître, château

Des logements patronaux ont été trouvés sur - ou associés à - 422 sites en région Champagne-Ardenne, et 472 sites si l'on y ajoute les logements de contremaîtres (catégorie intermédiaire entre l'habitat patronal et l'habitat ouvrier). Ce qui représente 36 % des 1174 sites recensés dans le cadre du repérage du patrimoine industriel (et 40 % si l'on comprend les logements de contremaîtres).

Globalement, la carte de répartition des logements patronaux en Champagne-Ardenne correspond à la carte de localisation du patrimoine l'industriel et des types de peuplement dans cette région : concentration historique de l'industrie en zone dense d'habitat (nombreux villages) dans le nord des Ardennes (pour des activités notamment textile et métallurgique) et en partie centrale nord et est en Haute-Marne (surtout pour une activité métallurgique) ; et ceci souvent dans ces deux département aux abords des rivières (pour 3 sites sur 4). Et moindre densité dans les départements de la Marne, de l'Aube et dans le sud des Ardennes, dans une zone d'habitat dispersé, avec une moindre dépendance d'implantation par rapport au réseau fluvial (moins de 1 site sur 3 dans l'Aube et la Marne), pour des activités agro-alimentaires, textile, ou autres (vin de champagne dans la Marne par exemple).

Proportionnellement, il se trouve un peu plus de logements patronaux dans le département de la Haute-Marne (sur 41,5 % des sites, et 53,5 % compris les logements de contremaîtres) et dans une moindre mesure dans le département des Ardennes (sur 38,6 - 41,3 % des sites) ; et un peu moins dans les départements de l'Aube (sur 33 - 35,7 % des sites) et de la Marne (sur 31 - 36,8 % des sites).

Ces moyennes cachent en fait d'assez grandes disparités. La présence d'un habitat patronal varie d'une catégorie d'industrie à l'autre entre 10 % et 65-75 % (pour les catégories au nombre de sites suffisant pour que le chiffrage soit statistiquement probant). On peut déceler trois types d'industries :

- les industries dans la moyenne : pour les activités de tissage, coutellerie, construction mécanique, scierie, briqueterie, menuiserie, fonderie, estampage, petite métallurgie, tuilerie, blanchiment, décolletage (et moyenne un peu basse pour les maisons de vin de champagne ; et un peu haute pour les filatures, forges et minoteries) ;

- les industries associées plus rarement à un habitat patronal : les papeteries, tanneries, usines de construction métallique et teintureries (1 site sur 4 en moyenne), mais surtout les usines de matériel industriel, les imprimeries, usines textiles, usines de meubles et ardoisières (entre 1 site sur 5 et 1 sur 10) ... comme l'on pouvait s'y attendre pour certaines de ces dernières activités ;

- et les industries où l'habitat patronal a été trouvé plus fréquemment : pour les laiteries, affineries, moulins (mais le moulin ne constitue-t-il pas un lieu d'habitation par définition ?), les haut-fourneaux et les usines métallurgiques (sur 1 site sur 2 en moyenne) ; et plus encore pour les bonneteries, fromageries, brasseries, faïenceries et sucreries où la maison patronale est présente sur les 2/3 ou les 3/4 des sites.

Notons que le logement ouvrier ou patronal échappe pour partie aux critères de sélection propres à l'inventaire culturel du patrimoine industriel, qui privilégie l'étude des bâtiments de production. Aussi l'essentiel des 422/472 logements patronaux mentionnés le sont-ils au titre des industries qu'ils accompagnent. 7 habitations patronales cependant ont été recensées pour elles-mêmes ; 6 dans les Ardennes et 1 dans la Marne. Dans les Ardennes il s'agit, pour l'activité textile, du château Paté à Neuflize (détruit), du château Pasquier à Autrecourt-et-Pourron et du château Poupart à la Foulerie de Bazeilles ; pour l'activité métallurgique, du château Marcadet à Bogny-sur-Meuse et du château Camion à Vivier-au-Court ; et enfin de l'ancien logement patronal de la Société des Ardoisières de Rimogne ; et dans le département de la Marne, de la maison de maître associée à l'ancienne verrerie de la Villa à Epernay.

Sur un certain nombre de sites les maisons de maîtres ont seules survécu aux usines, détruites après inventaires (les premiers recensements datent des années 1980), et constituent les uniques témoins d'un passé industriel disparu.

Le châteaux Marcadet mentionné ci-dessus est inscrit au titre des monuments historiques (MH) depuis le 3 octobre 2000 (y compris ses vitraux). D'autres sites comportant de l'habitat patronal sont également protégés MH : l'immeuble-usine Cunin-Gridaine à Sedan (façade et toiture, escalier, inscrits MH le 12 septembre 1991), la faïencerie des Islettes près de Sainte-Menehould a été inscrite MH le 21 juillet 2006, tout comme la faïencerie des Auges près de Langres, inscrite MH depuis le 19 août 1986. Enfin, le Moulin de la Fleuristerie à Orges a été inscrit MH le 12 janvier 2012.

Cadre général

Les tout premiers logements patronaux présents dans notre corpus résultent de la tradition métallurgique ancienne du département des Ardennes (le logis de La Forge d'En-Bas de La Neuville-aux-Joûtes porte la date de 1555) et de la participation de la noblesse à l'essor de la proto-industrie, notamment dans le domaine des arts du feu (la maison forte associée au haut-fourneau de Bosneau à Neuville-les-Beaulieu date du 17e siècle). Ces premiers exemples ressemblent à de petits châteaux seigneuriaux ; celui de La Neuville-aux-Joûtes comporte des tourelles d'angles en saillie et des toitures en pavillon à forte pente.

Ensuivant, les exemples de logements patronaux datant du 18e siècle se rencontrent majoritairement dans le domaine métallurgique ; et dans ce cas sont haut-marnais. On citera ceux des usines métallurgiques de la Forge Haute à Chamouillet (daterait de 1713) ou du Clos Mortier à Saint-Dizier (daté 1733, décor vers 1830). Du 18e siècle datent aussi les logis du haut-fourneau de Vraincourt ou de l'affinerie de Cirey-sur-Blaise. Le style est alors celui d'une demeure cossue (Vraincourt), plus résidentielle que précédemment, plus ou moins rurale (Cirey) ou "bourgeoise" (Saint-Dizier), mais comportant parfois encore quelques éléments de défense (Chamouillet).

Les exemples plus récents dans le 18e siècle accentuent encore la fonction résidentielle. Les maisons patronales présentent alors l'aspect caractéristique des grandes demeures de l'époque, au bel appareil en pierre de taille et aux larges fenêtres superposées et en vis-à-vis, à l'étage et au rez-de-chaussée. Ces exemples ne concernent plus exclusivement les usines métallurgiques mais aussi une faïencerie dans la Marne (Les Islettes proche Sainte-Menehould : maison 1735 et 1775-1786) ; et dans les Ardennes une verrerie à Monthermé (qui plus tard deviendra fonderie), le château Poupart de la foulerie de Bazeilles (1770) et une usine d'armes à Autrecourt-et-Pourron (logis daté 1787).

Deux domaines industriels bien spécifiques possèdent également de l'habitat patronal du 18e siècle. A Sedan (08), les premières usines textiles installées en ville ont occupé des immeubles du 18e siècle qui en plus des espaces consacrés au travail comportaient une partie réservée à l'habitat (usine de draps Francourt par exemple). Et dans la Marne, les premières Maisons de champagne, créées dans les années 1730, ont parfois conservé des hôtels consacrés à l'habitation des dirigeants datant de cette époque (par exemple l'établissement Lochet-Duchainet du 3e quart du 18e siècle à Epernay).

Les logements patronaux globalement conservent cet aspect hérité du 18e siècle jusque tardivement dans le 19e siècle. Les élévations sont régulières et à grandes fenêtres, les volumes un peu massifs parfois, la modénature dessine clairement les scansions du bâtiment. Parmi les exemples datés on citera, dans le département des Ardennes, les logements patronaux de la filature de Thelonne (1820), le Château Gendarme à Vrigne-aux-Bois (1820), la maison Camion à Vivier-au-Court (1833) ; et en Haute-Marne, les maisons patronales construites vers 1840-1845 des haut-fourneaux de Charmes-en-l'Angle, Noncourt-sur-Rongeant (Vieux-Noncourt) et Rachecourt-Suzémont (le Tempillon).

Les logements patronaux ne commencent à évoluer vers d'autres formes semble-t-il - peu d'exemples sont datés - seulement à partir des années 1850 et 1860. Le style de l'impressionnant ancien hôtel de la maison de champagne Auban-Moët à Epernay (1857-1858) est encore classique d'inspiration, mais s'anime en façade de balustrades et d'un pavillon central en avancée ; et le non moins imposant Château Perrier, qui fut en 1854 le premier construit des châteaux du champagne (architecte : Émile Cordier), ne s'inspire plus des modèles du 18e siècle mais des styles Louis XIII et Renaissance ; influence que ne renierait pas, avec son alternance brique/pierre de taille et son haut soubassement, le logis patronal du haut-fourneau de Bussy à Vecqueville (52) construit en 1869. Ces deux derniers exemples notamment, par la diversité de leurs modèles, s'inspirent de l'historicisme ambiant à cette époque, qui annonce et prépare les évolutions à venir.

L'hôtel Mercier à Epernay par exemple, dès 1871, fait déjà quelques concessions à l'éclectisme par la variété d'inspiration de ses éléments de modénature. Les codes deviennent moins figés, les élévations s'animent, même timidement (logement patronal daté 1874 de la sucrerie Vivien à Sainte-Menehould). Le 19e siècle, dans cette diversité, trouve enfin son identité. On citera parmi les constructions datées : en Haute-Marne, le logis des mines de fer de Wassy (1876, vestiges) ; dans les Ardennes, le château Camion de Vivier-au-Court (1879) ; et dans la Marne le logement patronal de l'usine textile Simonet à Warmeriville (1876) et l'hôtel de la Maison de champagne Pol Roger à Epernay (vers 1880). Même les édifices plus modeste se ressentent du "nouveau style", comme il est possible de le constater au logement patronal du site du Pont Minard à Forcey en Haute-Marne (vers 1882), qui présente des toitures à larges débords et des murs jouant sur l'aspect décoratif des alternances de matériaux. Même si, en toute logique, les cas les plus simples n'adoptent que discrètement ces nouveaux codes décoratifs (logement patronal de la Fleuristerie d'Orges en Haute-Marne daté 1889).

A partir du milieu du 19e siècle un peu partout sur le territoire, dans les villes et les campagnes, l'industrie florissante permet l'érection de nouvelles demeures, pour leurs patrons et leur personnel, construites encore, souvent, en matériaux locaux, mais dont le style n'a plus rien à voir avec les styles de la région.

Au 20e siècle, les évolutions Art nouveau (autour de 1900) et Art déco (autour de la Première Guerre mondiale et années 1920), arts plus urbains et de capitales, n'auront que des effets ponctuels sur le bâti patronal en Champagne-Ardenne, qui continue majoritairement de s'inspirer des modèles classiques du 18e siècle (maison de champagne Duchesnay-Collet à Ay, 1898), ou opte pour un style éclectique (logement patronal de l'usine de bonneterie Puot à Bagneux dans la Marne, vers 1905) plus ou moins sage (maison de maître de la filature Boucher de Signy-l'Abbaye dans les Ardennes) ou plus ou moins teinté de régionalisme (logis de l'usine de porcelaine d'Esternay dans la Marne de 1904, logement patronal de l'usine métallurgique Laurent des Hautes-Rivières dans les Ardennes, ou logement de contremaître de la société de chaudronnerie de Saint-Dizier vers 1926).

Les exemples tels que la villa Cochet à Reims (ou villa Demoiselle) - hors corpus,car situé à l'écart du site de production -, bâtie en 1904 dans le plus pur style Art nouveau, est tout à fait exceptionnel. L'habitat patronal du reste, en tout cas pour les sites les plus importants, de par son rôle de marqueur social, souvent est moins innovant, plus "aristocratique", que le bâti des usines associées ; lequel au contraire devait suggérer, par la modernité de ses formes celle de l'activité contenue.

Ce n'est qu'après la Seconde Guerre mondiale que les effets du modernisme (formes rectilignes, fenêtres horizontales, toits terrasse, préfabrication) commenceront, parfois, à se faire sentir ; comme par exemple au logement patronal de la laiterie de Rouvroy-sur-Audry dans les Ardennes (vers 1950).

Période(s) Principale : 19e siècle
Principale : 20e siècle

Par activité

Les logements patronaux de tous les domaines de l'activité industrielle connaissent, peu ou prou, cette évolution. On citera, parmi les plus remarquables, par secteur d'activité :

- l'imposante maison patronale de la tuilerie de Rolampont (52) ;

- l'étonnante maison de l'usine de céramique de Pargny-sur-Saulx dans la Marne (pignons à redents, vers 1920), et le vaste logement patronal de la tuilerie de Reynel en Haute-Marne.

- dans le domaine de la bonneterie, les maisons patronales sont assez simples, les usines associées étant fréquemment de dimension modeste. Comme leurs usines associées, elles datent majoritairement de la fin du 19e siècle et surtout de la première moitié du 20e siècle. Elles associent souvent brique et pierre ou brique et moellon dans leur construction. Quelques cas cependant ressortent de cet ensemble, par leur importance (à Troyes les petits châteaux patronaux des usines Delostal/Gillier, Bonbon, et Vinot ; cette dernière devenue chambre de commerce de l'Aube), ou par leur décor (logement et usine Prégermain à Romilly-sur-Seine pour les céramiques colorées des façades d'inspiration Art nouveau, 1912) ;

- autres grands volumes : celui du logement patronal de la brasserie Mosser à Epernay ...

- ... ou celui de l'usine d'équipement industriel Joffroy/Damoiseau/Huot à Troyes, en contexte urbain ; pour ce secteur d'activité on mentionnera également le logis du 1er quart du 20e siècle de l'usine de matériel agricole Chambellart à Châlons-en-Champagne pour sa belle alternance brique/pierre de taille (effet décoratif fréquent dans le châlonnais) ;

- l'habitat patronal associé aux laiteries et fromageries montre de grands volumes "classiques" sur les sites marnais de Fère-Champenoise et Blaise-sous-Arzillières ; et des logements dans le goût Reconstruction après Première Guerre mondiale par exemple à Challerange dans les Ardennes.

- sur les sites liés à la production des matériaux de construction on signalera les exemples ardennais avec petits châteaux à tourelle et toit en pavillon associé au moulin à couleurs d'Ecordal ou aux usines de broyage des ardoisières d'Harcy ; et le cas particulier des bureaux des ardoisières de Rimogne qui occupe une ancienne demeure seigneuriales des 18e et 19e siècles avec cour et écuries.

- les logements associés aux scieries souvent sont assez modestes. Quelques-uns le sont un peu moins, notamment dans les cas de remploi de sites de moulin (scieries du Val des Choux à Chaumont et du Moulin Rougé à Langres en Haute-Marne), ou bien lorsque d'autres activités lui furent associées (comme sur le site Comte à Bar-sur-Aube qui accueillait également une fabrique de parquet et de contre-plaqué).

- la construction des maisons patronales des anciennes sucreries laisse une large place à la brique ou associe brique et pierre. Les logements associés aux plus grands sites connaissent un développement particulièrement important, notamment sur deux sites marnais : à Sermaize-les-Bains (qui fut fin 19esiècle la 3e sucrerie la plus importante de France) et à Fismes ; tous deux reconstruits après la Première Guerre mondiale. Les volumes y restent d'inspiration classique (voire néo-classique à Sermaize).

- au sein des verreries une place particulière doit être faite à la maison de maître associée l'ancienne Verrerie de la Villa, construite au 4e quart du 19e siècle en pierre et brique dont l'architecture s'inspire de celle des hôtels classiques en brique et pierre du 17e siècle ; la verrerie ayant eu une existence éphémère, le décor sculpté de cette demeure n'a pas été terminé.

- un moulin comporte un bâtiment d'eau (avec la roue ou turbine), une salle des machines avec les meules et des volumes de stockage, enfin le logement du meunier ; traditionnellement l'ensemble de ces fonctions est accueilli sous un même toit au sein de bâtiments en enfilade, plus ou moins hauts, et dont souvent la partie habitat, placée à l'opposé de la salle des machines, est la plus basse. Les exemples sont nombreux de ce type de disposition. Par exemple dans les Ardennes à Lonny (moulin d'Harcy), Saint-Clément-à-Arnes, Semuy (Waroux), Ballay (Landèves), Saint-Germainmont (ancien moulin), Herbigny, Charnois (la Malavisée) ; on signalera dans cette catégorie le moulin Arlot à Asfeld (18e et 19e siècles) dont les trois parties sont distinctement différenciées par des hauteurs de toiture différentes. Parfois le logis est disposé en retour d'angle. Plus le moulin est important - ou lorsque d'autres activités que celle de meunerie lui sont associées (foulage, scierie, ...) - et plus le logement du meunier a tendance à se dissocier du moulin, à être construit à l'écart. Disposition que l'on constate dans les Ardennes aux moulins Baradel à Mory-Nauge et de Tournes ; et en Haute-Marne aux moulins Carteret à Rolampont et du Val des Choux proche Chaumont. Quelle que soit leur disposition, le style des logements de meunier n'est autre que celui de l'habitat vernaculaire. Les exemples les plus monumentaux correspondent là aussi à des sites qui ont accueilli d'autres activités, comme le moulin devenu filature du Pont de la Romagne à Saint-Masmes dans la Marne (vaste demeure 1930), ou le moulin usine de produits pour l'alimentation animale à Manre (grand logis 1921 de style Art déco régionaliste) ; ou bien à des moulins devenus minoterie ...

- ... pour les minoteries, la maison patronale placée à l'écart des bâtiments de production devient la règle (dans les Ardennes à Saint-Germainmont, Saint-Juvin ou Signy-l'Abbaye ; dans la Marne à Verneuil ; dans l'Aube à Nogent-sur-Seine). Certains logements patronaux sont de belle dimension (Hannapes, 1828 - correspond en fait à l'ancien moulin -, et minoterie Simon à Vouziers ; tous deux dans les Ardennes). Leur style est local, ou correspond à leur date d'édification : début de siècle (20e siècle) à Montmirail dans la Marne (Guyot), Reconstruction après Première Guerre mondiale à Saint-Juvin (08), dans le goût Art déco à Termes (08) et Reconstruction après Seconde Guerre mondiale à Signy-l'Abbaye (08).

- les maisons patronales associées aux usines métallurgiques respectent les évolutions générales décrites précédemment. Celles se trouvant sur de petits sites de production peuvent être extrêmement modestes (établissements Stévenin à Hautes-Rivères dans les Ardennes ; tréfilerie à Manois et usine d'estampage à Nogent en Haute-Marne). Elles présentent cependant majoritairement de grands volumes. Certaines optent pour une forme cubique assez distinctive, notamment dans les Ardennes (forge de la Halle à Givonne, Tréfilerie à Carignan, usine Cardot à Douzy, et Petit-Barbette à Vrigne-aux-Bois), ainsi qu'en Haute-Marne (fenderie à Cirey-sur-Blaise, les forges de Champagne à Saint-Dizier-Marnaval), dans des déclinaisons parfois assez monumentales (affinerie de Charmes-en-l'Angle en Haute-Marne, vers 1840). Les grands volumes, voire très grands volumes, sont fréquents (ancienne usine d'armes d'Autrecourt-et-Pourron et usine métallurgique de Dommartin-le-Franc dans les Ardennes ; usines la Fenderie à Donjeux et Hachette et Driout à Saint-Dizier et les Forges de Froncles en Haute-Marne ; la Forge du Haut à Lonchamp-sur-Aujon dans l'Aube). Les "capitaines d'industrie" se firent ériger de véritables châteaux, phénomène essentiellement ardennais. On citera : le Châteaux Dury des Ateliers Thomé-Génot à Nouzonville (vers 1920), le château dominant l'usine Guillet à Haraucourt (1874), les maisons patronales successives des usines Camion à Vivier-au-Court (logis 1833 remplacé par un château en 1894). Il est vrai que ces grands métalliers avaient pu prendre exemple sur leurs prédécesseurs qui avaient laissés de beaux témoins de leur prospérité tels que le château daté 1555 de La Forge d'En-Bas à Neuville-aux-Joûtes. Il existerait 24 châteaux en 30 kilomètres de distance entre la pointe de Givet et le sedanais. Les maisons patronales de la première moitié du 20e siècle liées à des industries métallurgiques sont dans la mouvance, comme partout ailleurs, des styles Art nouveau-Reconstruction plus ou moins historicisants. On mentionnera celles associées aux usines des Forges de Saint-Nicolas à Rocroi (vers 1900) et des Ateliers Thomé-Génot à Nouzonville (seconde implantation, années 1920), et le "château Marcadet" à Bogny-sur-Meuse (fin 19e siècle).

Les logis accompagnant les haut-fourneaux respectent la même logique. Si ce n'est que les logements patronaux modestes y sont moins fréquents (un haut-fourneau est une installation assez lourde par définition, nécessitant la mobilisation d'un minimum de moyens financiers), que les implantations sont en grande majorité haut-marnaises, et que les très grandes demeures y sont plus rares (on citera les logis patronaux des haut-fourneaux Bonnor Degrond à Eurville-Bienville, vers 1875, et ceux de la Forge Basse à Chamouilley). Le type "forme cubique" mentionné ci-dessus se décline en une version haut-marnaise, plus quadrangulaire que carrée de plan, tout aussi massive et à la toiture en pavillon très spécifique. Correspondent à ce type, les logis patronaux des usines de Leffonds (Rochevilliers), Bayard de Bayard-sur-Marne (1814), de la Forge Basse à Bologne (vers 1823 ?) ou de Vraincourt (18e siècle ?) ; avec une interprétation d'inspiration néo-classique (petit porche à colonnade) à la Forge de Doulevant-le-Château (vers 1815).

- le point de départ chronologique de l'évolution des maisons patronales associées aux usines textiles a déjà été évoqué à l'occasion de la présentation générale. Il s'agit des immeubles sedanais du 18e siècle associant ateliers et hébergement ; on a pu évoquer également le château Poupart de la foulerie de Bazeilles (1770). Les évolutions au sein des industries textiles correspondent aux grands types précédemment évoqués. On y retrouve notamment le type "cubique ardennais" (filature de Pont-Maugis, foulerie d'Hannogne-Saint-Martin), constaté aussi dans l'Aube (usine de blanchiment Rozon à Troyes) ou pour des constructions davantage dans le goût de la fin du 19e siècle ou du début du 20e siècle (filature Duboys-Pireaux à Rethel). Le phénomène des châteaux là-aussi est spécifiquement ardennais, et correspond soit à la situation où un château préexistait à l'installation industrielle (château puis filature à Autrecourt-et-Pouron) ; soit à des sites exceptionnels comme celui de l'usine Paté (filature et tissage) à Neuflize (premier château détruit pendant la Première Guerre mondiale et remplacé par un second vers 1868). Les rares exemple Art déco sont plutôt rémois (Société rémoise de linoleum, actuellement Forbo Sarlino).

- l'habitat patronal de l'industrie du champagne, déjà évoqué précédemment, globalement n'échappe pas non plus à la logique générale ; si ce n'est par l'importance et le faste de certains de ses hôtels particuliers, par exemple, parmi d'autres, à Epernay, le château Moët et Chandon (1857), les hôtels Pol Roger (vers 1880) ou Mercier (1871), l'ancien logis Mansard Baillet ; ou le château Jacquesson à Châlons-en-Champagne ; ou le logement patronal des établissements Dumigny à Ay. Ces bâtiments ont été érigés autant pour leur fonction résidentielle que pour leur effet en terme d'image. On signalera l'exemple atypique que représente l'hôtel Chanoine-Perrier-de Venoge (actuellement Moët et Chandon) du 30 avenue de Champagne à Epernay, dont l'architecture puissante en brique à bossages en table (1810) n'est pas sans rappeler le style bien spécifique de Claude-Nicolas Ledoux, natif rappelons-le de Dormans (décédé en 1806).

- parmi les exemples isolés d'industries rarement associées à de l'habitat patronal en Champagne-Ardenne, on mentionnera le château (abandonné) des Mines de Fer de Wassy (52), un exemple rare de logement patronal à pan de bois de type aubois à l'imprimerie Guillemin/Blavier toujours à Wassy (remploi d'un bâtiment préexistant ?), et l'esthétique logis brique et pierre à tourelle et à tuiles vernissées de l'usine de chaussures et talons Grabenstaetter proche Sainte-Ménehould (au lieu-dit Gergeaux).

Décompte des œuvres bâti INSEE 5000
repérées 250
étudiées 1172

Références documentaires

Bibliographie
  • Atlas du patrimoine industriel de Champagne-Ardenne : les racines de la modernité. Reims : SCEREN-CRDP Champagne-Ardenne, 2005.

    p. 134-153