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Les Gouttes-Hautes, ancien cellier de Morimond

Dossier IA52001017 réalisé en 2015

Fiche

Le cellier des Gouttes-Hautes (52-com. Breuvannes-en-Bassigny, ill. IVR21_20155200651NUCA) trouve son origine dans la grange des Gouttes-Basses, apparue près d’un siècle plus tôt, même si Morimond reçut là une vigne de Macelin de Hortes dès avant 1154 (H. Flammarion, Recueil des chartes de l’abbaye de Morimond au XIIe siècle, ARTEM / Brepols, Turnhout, 2014, n°18). D'autres durent suivre et les moines y firent sans doute des plantations mais les mentions sont rares : en 1179, Garnier Islodii donne sa terre de Massincourt, avec les usages, sur le mont qui est au-dessus de la grange des Gouttes [-Basses] jusqu’au gué (id., n°109). Le cellier est attesté dès le milieu du XIIIe s. (H. Flammarion) ainsi que des vignes de part et d'autre du Flambart, sur les versants bien exposés des buttes-témoins de la côte domérienne, entre Levécourt et Choiseul. Les Gouttes-Hautes sont justement situées au cœur de cette petite zone et il n'est donc pas étonnant d'y voir se développer la seule véritable grange vinicole connue de Morimond (cf. carte du temporel ill. IVR21_20155200635NUCA). L’Atlas Naudin (AD52, 8H73, 1784-87) ne contient pas de planche spécifique au cellier, qui est intégré à l’espace global de la seigneurie des Gouttes divisé en 7 planches, qui est néanmoins figuré sur la planche n°16 dans sa version moderne, au milieu de versants plantés de vignes (ill. IVR21_20155200655NUCA). Le vignoble s’étend alors sur une superficie de 50 ha, cultivés pour moitié par les gens de l’abbaye (quartier du cellier) et par des paysans censitaires de Breuvannes (quartier à l’est du cellier, au lieu-dit Blanchemont). Plus à l’est, cet ensemble est prolongé par un troisième quartier cadastré (lieu-dit Blanchemont et le Mentée) d’étendue similaire (25 ha), touchant au finage de Champigneulles-en-Bassigny. Ce dernier, dépourvu de vignes cette fois, a fait l’objet avec le précédent des plans détaillés qui occupent les quatre planches suivantes de l’atlas (n°17 à 20) tant y a été poussée la division du parcellaire destiné aux accensements. L’exposition au sud, l’orientation selon le sens de la pente et la forme allongée des parcelles labourées en lames de parquet traditionnelles, en trahissent l’origine viticole. Ainsi, dans son extension maximale, le vignoble des Gouttes s’étendait-il sur les 2 km d’adret que le relief avait mis à sa disposition, portant la surface plantée à un peu plus de 75 ha. Comme le montre le cadastre, ce vignoble avait d’ailleurs repris toute sa place au XIXe siècle (AD52, 3 P 2/75-2, section A1). Pour autant, la viticulture semble être restée secondaire dans le temporel de l'abbaye, même si deux autres domaines comportant un pressoir sont aussi signalés au XIIIe s., plus au sud, à Serqueux et Bourbonne sur les versants de la côte rhétienne au pays d'Apance. Ce pays vallonné où s'encaissent les affluents de la Saône, Apance et Amance, sera d'ailleurs plus tard un des principaux pourvoyeurs locaux et régionaux de vin et ce, jusqu'à la crise phylloxérique dont elle ne se relèvera pas. Comme d’autres autour de Bourbonne, Serqueux était au milieu du XIXe siècle un gros village de vignerons. La maison de Morimond y existait encore à cette date. Rien de comparable quoi qu’il en soit avec les celliers de Cîteaux et Clairvaux.

À l'époque moderne, profitant de son exposition et de son cadre, les abbés de Morimond transformèrent le domaine des Gouttes-Hautes en château, résidence et maison de repos, dotée d'une chapelle dédiée à saint Laurent, lui conférant son aspect actuel (J. Salmon, ”Morimond et ses granges”, BSHAL, XV, n° spécial, 1969, p. 116) C’était déjà chose faite en 1688, à en croire la représentation du domaine à la plume, insérée dans un registre d’arpentages (AD52, 8H72, f.22, ill. IVR21_20155200654NUCA). De même, sur la planche n°16 de l’Atlas Naudin, le château, avec ses communs à l’arrière, est figuré à la tête d’un enclos muré de forme trapézoïdale, occupé pour l’essentiel par des jardins en terrasse (anciennes vignes) bordés de quelques petites parcelles de vignes. Une allée centrale traverse ce parc par degrés et aboutit à une longue allée rectiligne menant au village de Breuvannes et à Morimond, donnant à l’ensemble une perspective qui n’est pas sans rappeler l’aménagement de l’abbaye elle-même. Le domaine a été acheté lors de la vente des Biens Nationaux par un marchand de Breuvannes, Jean-Baptiste Rattier, pour 49000 £, qui s'est aussi porté acquéreur avec ses associés d'autres anciennes granges. L'un deux, Claude Curt, en deviendra par la suite seul propriétaire (H. Flammarion, B. Rouzeau et G. Viard, Morimond quatrième fille de Cîteaux, Langres, 2010, p. 56).

Toutes ces structures sont encore largement perceptibles aujourd’hui. Le château n’a pas subi de transformation importante, à l’exception de son avant-corps ouest dont le second étage et le toit ont été la proie des flammes vers 1900 (ill. IVR21_20155200344NUCA). On peut juger de son état antérieur sur une carte postale ancienne, éditée vraisemblablement au début du XXe siècle (ill. IVR21_20155200654NUCA). Cette longue bâtisse de 53 m de long comporte trois niveaux. Côté sud (jardins), la façade répond à une symétrie générale axée sur le portail central du rez-de-chaussée, couvert d’un arc segmentaire ouvragé avec clef au décor végétal et aux piédroits saillants soutenant le balcon de la porte-fenêtre du premier étage, doté d’une balustrade en fer forgé (ill. IVR21_20155200653NUCA). Ce niveau était clairement réservé à l’usage des moines. De part et d’autre se répartissent les rangées de 4 fenêtres aux linteaux délardés, contre seulement 3 au second étage. En 1688, ce portail n’existait pas et l’accès se faisait directement à l’étage par un escalier à double volée. Ainsi l’absence d’ouverture trahit-elle sans doute la fonction utilitaire du rez-de-jardin, affectée au stockage du vin sous une voûte de ”laves” calcaires en anse de panier, soutenue par de solides arcs doubleaux en pierre de taille. Ce corps central est flanqué de deux avant-corps saillants, en forme de tour, surmontés de hauts toits à quatre pans. Une paire de fenêtres rythme chaque niveau. À l’arrière, côté nord, bien que la façade n’ait pas bénéficié d’autant de soins et qu’elle dispose de ce fait de moins d’ouvertures, la chapelle lui a été greffée. Il en reste la partie inférieure qui a conservé un vestige de baie gothique (lancette ?) à arêtes chanfreinées. Trois bâtiments jouxtent le château : au nord, une fermette adossée à la pente et flanquée de granges et étables, à l’est, dans le prolongement du château, un bâtiment qui fut peut-être à usage viticole (non visité) en raison de la vaste cave qu’il abrite, à laquelle on accède par une porte adaptée à la manutention de gros volumes de stockage. Au devant, jardins et vergers dégringolent le long du versant, de terrasse en terrasse. Le premier niveau donne accès à l’extérieur par un portail monumental (XVIIIe s. ?) (ill. IVR21_20155200653NUCA) surmontant une double volée d’escaliers, encadrant une fontaine ménagée dans le mur en forme de niche déjà représentée sur la tibériade de 1688 (ill. IVR21_20155200654NUCA).

Genre de cisterciens
Appellations Les Gouttes-Hautes
Destinations grange monastique, demeure
Parties constituantes non étudiées demeure
Dénominations grange monastique
Aire d'étude et canton Clefmont
Adresse Commune : Breuvannes-en-Bassigny
Lieu-dit : Les Gouttes-Hautes
Cadastre : 1979 A1 39, 45, 639 à 642

Le cellier des Gouttes-Hautes (52-com. Breuvannes-en-Bassigny, ill. IVR21_20155200651NUCA) trouve son origine dans la grange des Gouttes-Basses, apparue près d’un siècle plus tôt, même si Morimond reçut là une vigne de Macelin de Hortes dès avant 1154 (H. Flammarion, Recueil des chartes de l’abbaye de Morimond au XIIe siècle, ARTEM / Brepols, Turnhout, 2014, n°18). D'autres durent suivre et les moines y firent sans doute des plantations mais les mentions sont rares : en 1179, Garnier Islodii donne sa terre de Massincourt, avec les usages, sur le mont qui est au-dessus de la grange des Gouttes [-Basses] jusqu’au gué (id., n°109). Le cellier est attesté dès le milieu du XIIIe s. (H. Flammarion) ainsi que des vignes de part et d'autre du Flambart, sur les versants bien exposés des buttes-témoins de la côte domérienne, entre Levécourt et Choiseul. Les Gouttes-Hautes sont justement situées au cœur de cette petite zone et il n'est donc pas étonnant d'y voir se développer la seule véritable grange vinicole connue de Morimond (cf. carte du temporel ill. IVR21_20155200635NUCA). L’Atlas Naudin (AD52, 8H73, 1784-87) ne contient pas de planche spécifique au cellier, qui est intégré à l’espace global de la seigneurie des Gouttes divisé en 7 planches, qui est néanmoins figuré sur la planche n°16 dans sa version moderne, au milieu de versants plantés de vignes (ill. IVR21_20155200655NUCA). Le vignoble s’étend alors sur une superficie de 50 ha, cultivés pour moitié par les gens de l’abbaye (quartier du cellier) et par des paysans censitaires de Breuvannes (quartier à l’est du cellier, au lieu-dit Blanchemont). Plus à l’est, cet ensemble est prolongé par un troisième quartier cadastré (lieu-dit Blanchemont et le Mentée) d’étendue similaire (25 ha), touchant au finage de Champigneulles-en-Bassigny. Ce dernier, dépourvu de vignes cette fois, a fait l’objet avec le précédent des plans détaillés qui occupent les quatre planches suivantes de l’atlas (n°17 à 20) tant y a été poussée la division du parcellaire destiné aux accensements. L’exposition au sud, l’orientation selon le sens de la pente et la forme allongée des parcelles labourées en lames de parquet traditionnelles, en trahissent l’origine viticole. Ainsi, dans son extension maximale, le vignoble des Gouttes s’étendait-il sur les 2 km d’adret que le relief avait mis à sa disposition, portant la surface plantée à un peu plus de 75 ha. Comme le montre le cadastre, ce vignoble avait d’ailleurs repris toute sa place au XIXe siècle (AD52, 3 P 2/75-2, section A1). Pour autant, la viticulture semble être restée secondaire dans le temporel de l'abbaye, même si deux autres domaines comportant un pressoir sont aussi signalés au XIIIe s., plus au sud, à Serqueux et Bourbonne sur les versants de la côte rhétienne au pays d'Apance. Ce pays vallonné où s'encaissent les affluents de la Saône, Apance et Amance, sera d'ailleurs plus tard un des principaux pourvoyeurs locaux et régionaux de vin et ce, jusqu'à la crise phylloxérique dont elle ne se relèvera pas. Comme d’autres autour de Bourbonne, Serqueux était au milieu du XIXe siècle un gros village de vignerons. La maison de Morimond y existait encore à cette date. Rien de comparable quoi qu’il en soit avec les celliers de Cîteaux et Clairvaux.

À l'époque moderne, profitant de son exposition et de son cadre, les abbés de Morimond transformèrent le domaine des Gouttes-Hautes en château, résidence et maison de repos, dotée d'une chapelle dédiée à saint Laurent, lui conférant son aspect actuel (J. Salmon, ”Morimond et ses granges”, BSHAL, XV, n° spécial, 1969, p. 116) C’était déjà chose faite en 1688, à en croire la représentation du domaine à la plume, insérée dans un registre d’arpentages (AD52, 8H72, f.22, ill. IVR21_20155200654NUCA). De même, sur la planche n°16 de l’Atlas Naudin, le château, avec ses communs à l’arrière, est figuré à la tête d’un enclos muré de forme trapézoïdale, occupé pour l’essentiel par des jardins en terrasse (anciennes vignes) bordés de quelques petites parcelles de vignes. Une allée centrale traverse ce parc par degrés et aboutit à une longue allée rectiligne menant au village de Breuvannes et à Morimond, donnant à l’ensemble une perspective qui n’est pas sans rappeler l’aménagement de l’abbaye elle-même. Le domaine a été acheté lors de la vente des Biens Nationaux par un marchand de Breuvannes, Jean-Baptiste Rattier, pour 49000 £, qui s'est aussi porté acquéreur avec ses associés d'autres anciennes granges. L'un deux, Claude Curt, en deviendra par la suite seul propriétaire (H. Flammarion, B. Rouzeau et G. Viard, Morimond quatrième fille de Cîteaux, Langres, 2010, p. 56).

Période(s) Principale : 2e moitié 18e siècle

À l'époque moderne, profitant de son exposition et de son cadre, les abbés de Morimond transformèrent le domaine des Gouttes-Hautes en château, résidence et maison de repos, dotée d'une chapelle dédiée à saint Laurent, lui conférant son aspect actuel (J. Salmon, ”Morimond et ses granges”, BSHAL, XV, n° spécial, 1969, p. 116). Sur la planche n°16 de l’Atlas Naudin, le château, avec ses communs à l’arrière, est figuré à la tête d’un enclos muré de forme trapézoïdale, occupé pour l’essentiel par des jardins en terrasse (anciennes vignes) bordés de quelques petites parcelles de vignes. Une allée centrale traverse ce parc par degrés et aboutit à une longue allée rectiligne menant au village de Breuvannes et à Morimond, donnant à l’ensemble une perspective qui n’est pas sans rappeler l’aménagement de l’abbaye elle-même. Toutes ces structures sont encore largement perceptibles aujourd’hui. Le château n’a pas subi de transformation importante, à l’exception de son avant-corps ouest dont le second étage et le toit ont été la proie des flammes vers 1900 (ill. IVR21_20155200344NUCA). On peut juger de son état antérieur sur une carte postale ancienne, éditée vraisemblablement au début du XXe siècle (ill. IVR21_20155200654NUCA). Cette longue bâtisse de 53 m de long comporte trois niveaux. Côté sud (jardins), la façade répond à une symétrie générale axée sur le portail central du rez-de-chaussée, couvert d’un arc segmentaire ouvragé avec clef au décor végétal et aux piédroits saillants soutenant le balcon de la porte-fenêtre du premier étage, doté d’une balustrade en fer forgé (ill. IVR21_20155200653NUCA). Ce niveau était clairement réservé à l’usage des moines. De part et d’autre se répartissent les rangées de 4 fenêtres aux linteaux délardés, contre seulement 3 au second étage. En 1688, ce portail n’existait pas et l’accès se faisait directement à l’étage par un escalier à double volée. Ainsi l’absence d’ouverture trahit-elle sans doute la fonction utilitaire du rez-de-jardin, affectée au stockage du vin sous une voûte de ”laves” calcaires en anse de panier, soutenue par de solides arcs doubleaux en pierre de taille. Ce corps central est flanqué de deux avant-corps saillants, en forme de tour, surmontés de hauts toits à quatre pans. Une paire de fenêtres rythme chaque niveau. À l’arrière, côté nord, bien que la façade n’ait pas bénéficié d’autant de soins et qu’elle dispose de ce fait de moins d’ouvertures, la chapelle lui a été greffée. Il en reste la partie inférieure qui a conservé un vestige de baie gothique (lancette ?) à arêtes chanfreinées. Trois bâtiments jouxtent le château : au nord, une fermette adossée à la pente et flanquée de granges et étables, à l’est, dans le prolongement du château, un bâtiment qui fut peut-être à usage viticole (non visité) en raison de la vaste cave qu’il abrite, à laquelle on accède par une porte adaptée à la manutention de gros volumes de stockage. Au devant, jardins et vergers dégringolent le long du versant, de terrasse en terrasse. Le premier niveau donne accès à l’extérieur par un portail monumental (XVIIIe s. ?) (ill. IVR21_20155200653NUCA) surmontant une double volée d’escaliers, encadrant une fontaine ménagée dans le mur en forme de niche déjà représentée sur la tibériade de 1688 (ill. IVR21_20155200654NUCA).

Murs grès moellon crépi
calcaire moellon crépi
Toit tuile mécanique
Plans plan rectangulaire régulier
Étages 2 étages carrés, rez-de-chaussée
Couvertures toit à longs pans pignon couvert
toit à deux pans croupe
toit à longs pans demi-croupe
(c) Région Grand Est - Inventaire général (c) Région Grand Est - Inventaire général - WISSENBERG Christophe
Christophe WISSENBERG

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