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Minoteries

Dossier IA51001689 réalisé en 2009

Fiche

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Aires d'études Champagne-Ardenne
Dénominations minoterie

Le passage du moulin à la minoterie est dû à un changement de méthode de broyage du grain (le remplacement des meules par des cylindres), et est dans le même temps marqué par l´intégration sous un même toit de toutes les tâches qui précèdent et suivent le broyage. Les cylindres auraient été utilisés dans un premier temps en Autriche-Hongrie vers 1865 mais n'entrèrent couramment dans la pratique des meuniers en France qu'à partir des années 1880. On appela cependant parfois « minoterie » dès les années 1860 de grands moulins à meules, de taille industrielle.

38 minoteries ont été recensées dans le cadre du repérage du patrimoine industriel de Champagne-Ardenne : 14 dans le département de la Marne, 13 dans le département de l'Aube (ou l'activité touche surtout le centre et le nord), 9 dans le département des Ardennes (où inversement elle touche essentiellement le centre et le sud) et 2 dans le département de la Haute-Marne (qui n'est pas un grand centre de production céréalière).La grande majorité des minoteries sont d'anciens moulins reconvertis (30 sites au moins, soit 80 %).

Ces 38 sites profitent de la force motrice de 23 cours d'eau différents, au premier rang desquels figure la Seine (8 cas), qui est donc le cours d'eau majoritaire de la meunerie industrielle auboise ; les autres sites de ce département se trouvant essentiellement sur la rivière Aube (4 cas). Par ailleurs, la rivière Marne et son canal latéral bénéficient de 4 implantations, la Retourne de 2.

Les premières minoteries telles que définies ci-dessus sont mentionnées en Champagne-Ardenne dès les années 1860 : dans l'Aube à Ramerupt en 1862, à Voué peu après 1865, à Romilly-sur-Seine dans les années 1860 ; et dans la Marne à Tours-sur-Marne en 1865.

La première grande époque d'installation des minoteries correspond cependant à la fin du 19e siècle, surtout à partir de 1880, ceci pour 20 des minoteries recensées (soit 53 %) ; ces créations anciennes étant plus fréquentes dans le département de l'Aube (85 %) que dans celui des Ardennes (33 %).

Les créations de minoteries du début du 20e siècle antérieures à la Première Guerre mondiale sont assez peu nombreuses (Montmirail vers 1900, Chaumont en 1905, Dienville en 1910), et la seconde grande période d'ouvertures de minoteries dans la région correspond à l'entre-deux-guerres, avec une dizaine de cas (soit 28 % du tout). En toute logique les deux départements de ligne de front pendant le premier conflit mondial sont les plus concernés : Marne : 36 % et Ardennes : 44 %.

Les exemples de créations postérieurs sont rares, et correspondent toujours à des cas particuliers : reconversion suite à un incendie en 1955 pour Signy-l'Abbaye, et suite à agrandissement vers 1950 à Roizy.

Les premières fermetures arrivent dès le début du 20e siècle : Vouziers en 1903, Coupéville en 1905, Anglure en 1917, puis s'accélèrent dans les années qui suivent la Première Guerre mondiale : Bar-sur-Seine et Tours-sur-Marne en 1925, Pargny-sur-Saulx en 1928, Vouziers vers 1930, Bar-sur-Aube vers 1938, Ramerupt en 1940 ; fruit de la concentration grandissante que connaît alors le secteur agroalimentaire.

Les fermetures en série cependant sont le fait de la seconde moitié du 20e siècle : 7 pendant les années 1960, 4 pendant les années 1970, 7 autour des années 1990-2000. Résultat du même phénomène de concentration extrême.

Seules 4 minoteries de notre corpus sont toujours en activité. Une dans l'Aube à Dienville (groupe Soufflet) ; une dans la Marne à Reims (Les Grands Moulins de Reims) ; et deux dans les Ardennes à Termes (Société d'Exploitation du Moulin de Termes) et Signy-l'Abbaye (Le Moulin de Signy). Les Grands Moulins de Nogent-sur-Seine ne tournent plus depuis 1990 mais sont toujours utilisés par un grand groupe agroalimentaire et de meunerie (bureaux du groupe Soufflet).

Actuellement les minoteries, tout comme les moulins, ont essentiellement été reconverties en habitations (15 cas recensés) ; un certain nombre sont désaffectées (5 cas) ou ont été détruites (Pargny-sur-Saulx, en cours) ou n'existent plus qu'à l'état de vestiges (Ramerupt). Certains accueillent des restaurants (2 cas), un entrepôt, des activités artisanales ; voire une médiathèque (Anglure).

Plusieurs d'entre elles à un moment ou à un autre de leur existence ont servi de centrales hydroélectriques (Bar-sur-Seine, Pargny-sur-Saulx, Autigny-le-Grand, Vouziers).

Certaines ont accueilli des usines (une clouterie à Anglure en 1917, une cartonnerie à Tours-sur-Marne en 1925, une fabrique à Vitry-en-Perthois dans les années 1910-1920, une tréfilerie à Pargny-sur-Saulx en 1928, une usine d'aliment pour animaux à Chaumont vers 1963).

Période(s) Principale : 19e siècle
Principale : 20e siècle

Ce qui caractérise le plus la silhouette de la minoterie c'est son volume généreux (plus ou moins en fonction de l'importance du site) et son élévation générale, notamment des espaces de travail ; jusqu'à atteindre 4 étages d'élévation (Autigny-le-Grand, Roizy, Vouziers, Nogent-sur-Seine, Montmirail), 5 étages (Romilly-sur-Seine, Dienville, Reims), voire 6 étages (Serzy-et-Prin : il est vrai dans ce cas pour le silo associé).

Les types constructifs correspondent aux périodes de construction. De manière générale le matériau le plus utilisé est la brique, présente dans 28 sites (soit 3 sites sur 4), les exemples les plus anciens (fin du 19e siècle et début du 20e siècle) faisant souvent intervenir en complément le moellon ou la pierre (dans 45 % des cas), l'ensemble des matériaux à base de pierre (meulière...) entrant dans la fabrication de 2 sites sur 3. A partir de l'entre-deux-guerres notamment, et comme partout ailleurs, les matériaux locaux et traditionnels sont souvent remplacés par le béton qui entre dans la fabrication des bâtiments dans 1 site sur 2.

Dans les ateliers les charpentes sont souvent apparentes, et sont le plus souvent en bois. Les toits terrasse sont fréquents (présents dans 54 % des sites) et sont souvent en béton.

Dans 1 cas sur 2 les minoteries comportent un logement patronal (peu dans l'Aube), qui peut être de belle facture (par exemple à Autigny-le-Grand, Montmirail, Anglure, Termes) ou parfois est plus modeste (Serzy-et-Prins).

Dans plus d'un tiers des cas des silos sont associés aux minoteries, essentiellement pour les plus grandes de ces structures. 4 minoteries sont associés à des biefs, dans les Ardennes (Hannapes, Juniville, Vouziers), ou à des barrages (Tours-sur-Marne, Heutrégiville, Autigny-le-Grand : particulièrement monumental dans ce dernier cas de figure).

Quelques minoteries se démarquent par leur monumentalité. Dans les Ardennes la minoterie Saint-Paul à Vouziers, toute en brique, élevée en 1855 et 1905 (elle devient minoterie en 1884) ; et la minoterie de Termes (1934), en béton avec voûte Caquot et habitat patronal de style art déco. Celle de Juniville, d'époque Reconstruction et partiellement en faux pan-de-bois, conserve sa machinerie complète.

Dans la Marne : Les Grands Moulins de Reims, pour l'exemplarité de leur architecture d'époque Art déco, et la minoterie de Montmirail. Et dans l'Aube : la minoterie Charrier de Bar-sur-Seine, qui attend sa reconversion depuis de nombreuses années, et les Grands Moulins de Nogent-sur-Seine (groupe Soufflet), du tout début du 20e siècle avec sa façade en brique de 70 mètres de longueur (sur 28 mètres de haut) ; la possibilité d'une protection en tant que monument historique a un temps été évoquée pour ce site exceptionnel.

Décompte des œuvres bâti INSEE 1500
repérées 250
étudiées 38