Logo =Inventaire Général du Patrimoine Culturel - Retour à l'accueil

Moulins (hors moulins à foulon et moulins à couleur)

Dossier IA51001671 réalisé en 2009

Fiche

Voir

Aires d'études Champagne-Ardenne
Dénominations moulin, moulin à blé, moulin à farine, moulin à huile, moulin à tan

La catégorie des moulins recouvre plusieurs réalités, la force motrice de l'eau pouvant actionner des machineries destinées à des activités diverses (moudre les grains, les écorces, les phosphates, actionner les soufflets des forges et les maillets des papeteries, etc.).

La catégorie présentée ici ne concerne que les sites ayant eu un lien fort avec le secteur agroalimentaire : soit des moulins liés à l'agriculture à leur création, soit des sites devenus durablement moulins dans le domaine alimentaire ou agricole. On y trouve des moulins à farine ou à blé (très majoritaires), des moulins à huile (3 en Haute-Marne : Chaumont, Esnouveaux et Foulain ; et 1 dans les Ardennes : This) et des moulins à tan (broyeurs d'écorce de chêne : à Givet dans les Ardennes et à Eclaron-Braucourt-Sainte-Livière en Haute-Marne). Les moulins à foulon (foulage des étoffes), qui sont liés à l'activité textile, ont été écartés de cette sélection. Les minoteries, « moulins » plus perfectionnés rentrant dans la catégorie des usines agro-alimentaires seront traités à part (dossier collectif : Minoteries) ; seules les minoteries ayant été moulins dans un premier temps apparaissent ici.

La catégorie des moulins est de celles se trouvant à la limite entre l'artisanat et l'industrie ; seuls ont été retenus les sites ayant eu à un moment donné de leur histoire un rayonnement dépassant le cadre strictement local.

Sur les 79 sites correspondant à cette définition, 33 sont localisés dans le département de la Haute-Marne (soit 42 %), 25 dans le département des Ardennes (32 %), 15 dans l'Aube et 6 dans la Marne. La densité est donc plus grande dans les zones humides et vallonnées, au réseau hydrographique plus fourni, que dans les grands secteurs de plaine ; les implantations en Champagne crayeuse sont plus rares.

Les moulins étudiés sont situés sur 45 cours d'eau différents, ce qui dénote d'une extrême dispersion. Les seules rivières concernées par plusieurs implantation sont la Blaise, qui avec ses dérivations et le Blaiseron fournissent la force motrice à 9 moulins, et la Marne dont le cours, les dérivations et le canal latéral alimentent 11 sites. Les autres moulins sont sur la Meuse (4 sites), l'Aube (4 sites), la Seine (3 sites), la Retourne (3 sites), etc.Peu des moulins étudiés sont toujours en activité dans le domaine agroalimentaire. Souvent leurs affectations ont évolué au cours du temps. Certains moulins sont devenus des usines : sur les 25 cas recensés certains ont accueilli des usines de matériel agricole, ou industriel ou de mécanique ou des usines métallurgiques (en Haute-Marne surtout), d'autres des usines d'alimentation animale (dans les Ardennes), etc. Une douzaine de moulins sont devenus des scieries (presque toutes en Haute-Marne) et 6 le sont toujours.12 des moulins étudiés ont eu une activité en relation avec le textile ou la tannerie, 6 par exemple sont devenus des filatures et 3 des usines de bonneterie (département de l'Aube) ou des tanneries (Marne et Haute-Marne).

En toute logique, la force motrice de l'eau a été utilisée pour faire fonctionner des centrales électriques : 6 exemples ont été recensés (dont la moitié dans les Ardennes : Autry, Carignan, Vouziers), 4 sont toujours en activité (les trois exemples ardennais et la centrale E.D.F. de Barberey-Saint-Sulpice dans l'Aube).

13 moulins finirent par évoluer en minoteries, ceci dans les quatre départements de la région, deux le sont toujours (minoteries Michaux à Chaumont et Soufflet à Nogent-sur-Seine). D'autres se sont reconvertis dans d'autres activités du domaine agroalimentaire, on compte 2 coopératives laitières (Cuzey et Donnement), 1 féculerie (Moiry) et 1 huilerie (Chaumont).

On citera enfin les cas particuliers haut-marnais où l'on compte 6 moulins-hauts fourneaux (Allichamps, Charmes-la-Grande, Dommartin-le-Franc, Eclaron-Braucourt-Sainte-Livière et Orges), qui pour la plupart cessèrent leur activité vers la fin du 19e siècle ; et 4 moulins devenus des coutelleries (Nogentais). Et les deux moulins à farine ardennais de Lonny et Prix-lès-Mézières qui devinrent moulins à couleurs respectivement en 1888 et 1861.

Très peu de ces moulins tournent toujours. Les derniers souvent ont fermé dans le courant des années 1970 ; les Moulins de Sedan en 1986. Hors les deux cas de reconversion en minoteries, seul le moulin de Ballay, dans les Ardennes, marche encore, dans le cadre de visites organisées. On signalera enfin les moulins ardennais de Charnois (08) et de Justine-Herbigny (08) dont les actuels propriétaires ont eu à coeur de conserver les machineries en état de fonctionnement.

Les moulins ainsi inutilisés ont souvent été reconvertis en habitations (au moins 30 cas recensés). On a déjà évoqué les reconversion en usines (8 le sont toujours), en scieries (6) ou en centrales hydroélectriques (4) ; d'autres sont devenus des fermes (3), des entrepôts (3), accueillent restaurant, salle des fêtes, garage. Enfin, on signalera les trois moulins qui ont été convertis en musée : l'ancien moulin Charrier à Brienne-le-Château (10) qui accueillit un temps l'écomusée de la forêt d'Orient, le moulin Waroux de Semuy (08) devenu musée de la bataille de mai-juin 1940, et le Vieux Moulin de Charleville-Mézières (08), actuellement musée municipal Arthur Rimbaud.

3 moulins de notre corpus sont protégés au titre des monuments historiques : le Vieux Moulin de Charleville-Mézières, d'abord inscrit à la liste supplémentaire, dès 1926, puis classé monument historique le 23 février 1981 (façade et toitures) ; toujours dans les Ardennes et proche de Charleville-M., l'ancien moulin à couleurs de Prix-lès-Mézières, qui est inscrit MH en date du 26 avril 1995 (y compris mécanisme et système hydraulique) ; et le moulin de la Fleuristerie à Orges (52), qui a été inscrit MH le 12 janvier 2012 (compris mécanisme et turbine).

Deux autres moulins à eau sont protégés au titre des monuments historiques en région Champagne-Ardenne ; mais considérés comme plus « artisanaux » ils ne font pas partie des sites recensés : le moulin de Baissey (52) est inscrit MH depuis 1996, et le moulin de Dompremy (51) est classé MH depuis 1984.

Les premières mentions d'implantations de moulins sur les sites étudiés parfois sont très anciennes : un moulin serait mentionné sur le site des Grands Moulins de Nogent-sur-Seine déjà au 11e siècle, la première implantation à Hannapes (08) daterait de 1148, à Chaumont (52) d'avant 1246 (site du Val-des-Choux) et à Troyes du 14e siècle. Les mentions deviennent plus nombreuses à partir des siècles suivants (Sedan et Tournes au 15e siècle, Prix-lès-Mézières en 1517) et notamment du 17e siècle (Vieux Moulin de Charleville-Mézières en 1626, Bologne (52) en 1628, Le Chatelet-sur-Sormone (08) en 1657, Houdilcourt (08) et Charmes-la-Grande (52) en 1667, Asfeld en 1670, Semuy (08), Bar-sur-Aube en 1688 et surtout du 18e siècle (24 mentions, soit 30 % des sites ; qui pour l'essentiel datent de la seconde moitié et fin 18e siècle). Pour résumer, près d'1 site recensé sur 2 peut se prévaloir d'une mention sous l'Ancien Régime.

La grande majorité des créations cependant date du 19e siècle (45 mentions) et surtout de la première moitié du siècle (38 des 45 mentions). Les créations ex nihilo du 20e siècle étant inexistantes.

Les structures les plus anciennes conservées, outre le moulin de Tournes (08) qui porte la date 1582 mais dont le bâti date surtout de 1837, datent du 17e siècle. On citera Le Vieux Moulin de Charleville-Mézières (1626-1627, réfection après 1754).

Mais l'essentiel du bâti conservé date là aussi du 19e siècle, qui concerne 69 moulins (soit 87 % du corpus) ; la sous-période la plus représentée étant le second quart du 19e siècle.Le bâti du 20e siècle tout en étant courant est moins présent (41 sites, soit 52 % du corpus). Les constructions du 1er quart de ce siècle y sont très majoritaires.

Période(s) Principale : 19e siècle
Principale : 20e siècle

L'architecture des moulins est plutôt représentative de l'évolution de l'architecture vernaculaire locale. Il n'est pas possible de déterminer un type constructif spécifique si ce ne sont les dispositions propres à l'activité : bâtiments d'assez grands volumes souvent, présence d'un bâtiment d'eau et d'une salle des machines, d'un bief de dérivation souvent et d'un bassin de retenue parfois ; pour les plus petites structures le logis intègre l'espace du moulin, dans les plus grandes en général il est distinct.

Au niveau constructif, on construit en craie dans les pays de craie, en pierre dans les pays de pierre, et en brique là ou l'un et l'autre manquent. Le béton est utilisé dès l'entre-deux-guerres, notamment pour les plus grosses structures.

Décompte des œuvres bâti INSEE 1500
repérées 250
étudiées 79