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Tournay, ancienne grange de Cheminon

Dossier IA51001074 réalisé en 2015

Fiche

Avant de devenir l’une des granges les plus importantes de Cheminon, Tournay (51-com. Favresse) fut semble-t-il un domaine laïque. On relève en effet parmi les premiers donateurs un certain Jean de Tournay qui confia tous ses biens audit lieu à l’occasion de son départ en croisade. Ce chevalier —ancien seigneur ?— portait le nom d’une terre exploitée de longue date (suffixe -iacum) mais il ne paraît pas qu’il y ait eu là de communauté paroissiale. En outre, ce dernier n’en était pas seul détenteur car en 1188 Ermengarde du Plessis donna tout ce qu’elle y avait en bois et terres ; elle reçut des moines en récompense 250 £, trois chevaux et quatre vaches. À en juger par la générosité des bénéficiaires, la libéralité fut d’importance. Ces deux actes, qui inaugurent le chapitre du cartulaire consacré à Tournay (AD51, 17H2, f.14 à 21, de Tornaco), sont clairement à l’origine de cette grange de seconde génération qui n’est mentionnée comme telle qu’en 1194, dans la bulle confirmative du pape Célestin III. Il n’aura donc fallu que 5 ou 6 ans pour la constituer. À cette date, Cheminon, qui n’avait plus créé de nouvelles granges depuis une trentaine d’années, entame une seconde phase d’extension de son temporel qui comptera, outre Tournay, celles de la Corre (ou Chasson) en 1212, d’Étrepy en 1220 et de Coole (ou Jouy) entre 1225 et 1254 (cf. carte du temporel ill. IVR21_20155100230NUCA). Avant la fin du XIIe siècle, l’abbaye enregistre pour Tournay pas moins de 110 transactions passées avec des riverains souvent, consignées au cartulaire sous forme de pancarte (ainsi que dans deux liasses d’originaux, AD51, 17H135-136) et dont le détail est très significatif : hormis un achat isolé de bois et 16 échanges, 91% sont des donations, dont la moitié (56) a valu à leur(s) auteur(s) une récompense indexée à la valeur du bien cédé. En dehors des autorisations d’inhumation dans l’abbaye, on peut voir là des achats qui ne disent pas leur nom. Les parcelles de terres sont de loin les plus nombreuses (plus de 90%) en une plaine alluviale exploitée de temps immémorial, les quelques prés se trouvant confinés aux bords de ruisseaux. Cheminon a reçu 265 jugères de terres, dont 40 par échanges, à quoi il faut ajouter 35 donations en terres et prés non mesurées mais quelquefois importantes au vu des récompenses. On note que, localement, certains biens acquis ont servi de monnaie d’échange pour l’obtention de parcelles convoitées et ainsi résorber des enclaves. L’identification des lieux cités permet de conclure à une concentration saisissante de la plus grande partie des terres dans un rayon d’un kilomètre autour de la grange. L’abbaye a su composer avec ses voisins, notamment St-Memmie de Châlons en obtenant une réduction du montant de la dîme (1201), que finit par abandonner pour sa part le prieur clunisien de Saint-Thibaut de Vitry [-en-Perthois], ainsi que les moniales bénédictines d’Ulmoy qui consentirent à abandonner 8 jugères de terre proches de Tournay pour 8 autres à côté de leur propre grange de Nuisement, située à 2 km au sud. De même, les cisterciens obtiennent de Jean de Luxémont, à qui ils avaient acheté une partie du bois de Tournay en 1190, la promesse de ne jamais aliéner ses terrages, sauf à leur profit. À défaut de pouvoir sans doute éliminer tous les obstacles et riverains récalcitrants, l’abbaye s’emploie à en éviter de nouveaux en se ménageant de la sorte un environnement favorable. Au début du XIIIe siècle, le développement de la grange n’est pas terminé ; en 1207 par exemple, Henri de Dampierre, seigneur de Ponthion, donna tous ses biens entre la rivière de Brusson (la Bruxenelle) et la Marne en terres, prés, terrages et redevances —sauf hommes et justice—, auxquels il ajouta un droit de pêche et la possibilité de construire des moulins, ce qui lui valu 372 £ de récompense. Située au cœur de l’espace concerné, la grange fut la grande bénéficiaire de cette libéralité. En 1239 encore, Bertrand, chevalier voulant partir pour la croisade, engagea pour cinq ans ses terres et prés de Tournay qui reviendraient à l’abbaye en cas de non retour. L’évidente prédominance des labours a laissé peu de place aux troupeaux qui ont nécessairement existé à Tournay : les textes n’évoquent que de rares droits de pâturage dans les environs, en particulier au sud au territoire de Vauclerc en 1219, où l’abbaye reçut aussi plusieurs parcelles de prés. La grange est mal renseignée par la suite, en dehors des inévitables conflits avec les communautés paysannes voisines en quête de droits plus étendus, et ce jusqu’à la fin du XVe siècle. Après la raréfaction des convers, les démembrements du domaine agricole et les baux délivrés ont conduit à accroître la population de paysans censitaires, si bien qu’au XVIe siècle la grange est devenue un hameau, dont les habitants relèvent de la paroisse de Favresse. À cette époque Tournay est toujours un grand domaine. Lors du partage des menses de 1684, la grange et la seigneurie furent partagées entre l’abbé commendataire et les moines (AD51, 17H22). En 1730 en revanche, la moitié dévolue aux moines n’apparaît plus dans la déclaration des biens de la mense conventuelle, ce qui signifie vraisemblablement que la grange fut attribuée en totalité au bénéfice de l’abbé.

Vendue comme bien national à la Révolution, Tournay n'a cessé d'être un grand domaine agricole, dont les bâtiments furent mis à profit par l'acquéreur pour valoriser un espace agraire, dont la richesse repose sur la valeur pédologique des terrasses alluviales du Perthois. Le cadastre de 1833 (AD51, 3P957/3, section A2) montre encore de vastes bâtiments —dont l’un de 90 m sur 20 au centre (ancienne grange stricto sensu ?)— délimitant un grand enclos trapézoïdal de 115 m de longueur, orienté sud-ouest / nord-est. On y accédait par une porterie à deux pavillons donnant directement sur le chemin de Plichancourt à Favresse qui le contournait. À l’arrière (au nord-est), l’enclos se prolongeait par un pré ponctué de points d’eau et aboutissant à un petit affluent de la Bruxenelle. Cette disposition est encore clairement visible sur la carte d’État-Major au milieu du XIXe siècle, après la construction de la ligne Paris-Strasbourg, dont le tronçon Vitry-le-François - Bar-le-Duc ouvert en 1851 passe à quelques dizaines de mètres de la ferme seulement. La grande radiale ferroviaire fut à l’origine de grands bouleversements à Tournay lorsque la 1e guerre mondiale éclata. Afin de gérer au mieux l’acheminement des soldats au front proche, du matériel, du ravitaillement mais aussi les évacuations, l’état-major décida d’y aménager une gare régulatrice dont l’emprise s’étendit sur une grande partie de la ferme, qui fut alors traversée par diverses voies dotées de quais et de nombreuses constructions et autres baraquements, sans compter les voies de retournement dont l’ellipse atteignait Favresse. Cette gare, qui a entièrement déstructuré non seulement la ferme mais aussi son parcellaire, a vu transiter des trains de permissionnaires en 1917. La grande sécheresse de 1976 a permis à tout ce réseau de réapparaître sur les photographies aériennes. Les voies ont été déposées peu après la guerre mais les divers bâtiments ont subsisté, dont l’un au toit caractéristique d’usine, construit peu ou prou à l’emplacement du bâtiment principal de la grange (peut-être en a-t-il repris une partie ?). Les premières destructions ont lieu à la fin des années 1960 et se sont poursuivies jusqu’en 1990, date à laquelle les principaux témoins de la ”régulatrice” avaient disparus. La ferme, qui a abrité une distillerie dans les années 50, fut donc reconstruite entièrement en parallèle (ill. IVR21_20155100112NUCA).

Genre de cisterciens
Appellations Tournay
Destinations grange monastique, ferme
Parties constituantes non étudiées ferme
Dénominations grange monastique
Aire d'étude et canton Thiéblemont-Farémont
Adresse Commune : Favresse
Lieu-dit : Tournay
Cadastre : 1987 A1 184 à 237 toutes parcelles de l'îlot "Tournay".

Avant de devenir l’une des granges les plus importantes de Cheminon, Tournay (51-com. Favresse) fut semble-t-il un domaine laïque. On relève en effet parmi les premiers donateurs un certain Jean de Tournay qui confia tous ses biens audit lieu à l’occasion de son départ en croisade. Ce chevalier —ancien seigneur ?— portait le nom d’une terre exploitée de longue date (suffixe -iacum) mais il ne paraît pas qu’il y ait eu là de communauté paroissiale. En outre, ce dernier n’en était pas seul détenteur car en 1188 Ermengarde du Plessis donna tout ce qu’elle y avait en bois et terres ; elle reçut des moines en récompense 250 £, trois chevaux et quatre vaches. À en juger par la générosité des bénéficiaires, la libéralité fut d’importance. Ces deux actes, qui inaugurent le chapitre du cartulaire consacré à Tournay (AD51, 17H2, f.14 à 21, de Tornaco), sont clairement à l’origine de cette grange de seconde génération qui n’est mentionnée comme telle qu’en 1194, dans la bulle confirmative du pape Célestin III. Il n’aura donc fallu que 5 ou 6 ans pour la constituer. À cette date, Cheminon, qui n’avait plus créé de nouvelles granges depuis une trentaine d’années, entame une seconde phase d’extension de son temporel qui comptera, outre Tournay, celles de la Corre (ou Chasson) en 1212, d’Étrepy en 1220 et de Coole (ou Jouy) entre 1225 et 1254 (cf. carte du temporel ill. IVR21_20155100230NUCA). Avant la fin du XIIe siècle, l’abbaye enregistre pour Tournay pas moins de 110 transactions passées avec des riverains souvent, consignées au cartulaire sous forme de pancarte (ainsi que dans deux liasses d’originaux, AD51, 17H135-136) et dont le détail est très significatif : hormis un achat isolé de bois et 16 échanges, 91% sont des donations, dont la moitié (56) a valu à leur(s) auteur(s) une récompense indexée à la valeur du bien cédé. En dehors des autorisations d’inhumation dans l’abbaye, on peut voir là des achats qui ne disent pas leur nom. Les parcelles de terres sont de loin les plus nombreuses (plus de 90%) en une plaine alluviale exploitée de temps immémorial, les quelques prés se trouvant confinés aux bords de ruisseaux. Cheminon a reçu 265 jugères de terres, dont 40 par échanges, à quoi il faut ajouter 35 donations en terres et prés non mesurées mais quelquefois importantes au vu des récompenses. On note que, localement, certains biens acquis ont servi de monnaie d’échange pour l’obtention de parcelles convoitées et ainsi résorber des enclaves. L’identification des lieux cités permet de conclure à une concentration saisissante de la plus grande partie des terres dans un rayon d’un kilomètre autour de la grange. L’abbaye a su composer avec ses voisins, notamment St-Memmie de Châlons en obtenant une réduction du montant de la dîme (1201), que finit par abandonner pour sa part le prieur clunisien de Saint-Thibaut de Vitry [-en-Perthois], ainsi que les moniales bénédictines d’Ulmoy qui consentirent à abandonner 8 jugères de terre proches de Tournay pour 8 autres à côté de leur propre grange de Nuisement, située à 2 km au sud. De même, les cisterciens obtiennent de Jean de Luxémont, à qui ils avaient acheté une partie du bois de Tournay en 1190, la promesse de ne jamais aliéner ses terrages, sauf à leur profit. À défaut de pouvoir sans doute éliminer tous les obstacles et riverains récalcitrants, l’abbaye s’emploie à en éviter de nouveaux en se ménageant de la sorte un environnement favorable. Au début du XIIIe siècle, le développement de la grange n’est pas terminé ; en 1207 par exemple, Henri de Dampierre, seigneur de Ponthion, donna tous ses biens entre la rivière de Brusson (la Bruxenelle) et la Marne en terres, prés, terrages et redevances —sauf hommes et justice—, auxquels il ajouta un droit de pêche et la possibilité de construire des moulins, ce qui lui valu 372 £ de récompense. Située au cœur de l’espace concerné, la grange fut la grande bénéficiaire de cette libéralité. En 1239 encore, Bertrand, chevalier voulant partir pour la croisade, engagea pour cinq ans ses terres et prés de Tournay qui reviendraient à l’abbaye en cas de non retour. L’évidente prédominance des labours a laissé peu de place aux troupeaux qui ont nécessairement existé à Tournay : les textes n’évoquent que de rares droits de pâturage dans les environs, en particulier au sud au territoire de Vauclerc en 1219, où l’abbaye reçut aussi plusieurs parcelles de prés. La grange est mal renseignée par la suite, en dehors des inévitables conflits avec les communautés paysannes voisines en quête de droits plus étendus, et ce jusqu’à la fin du XVe siècle. Après la raréfaction des convers, les démembrements du domaine agricole et les baux délivrés ont conduit à accroître la population de paysans censitaires, si bien qu’au XVIe siècle la grange est devenue un hameau, dont les habitants relèvent de la paroisse de Favresse. À cette époque Tournay est toujours un grand domaine. Lors du partage des menses de 1684, la grange et la seigneurie furent partagées entre l’abbé commendataire et les moines (AD51, 17H22). En 1730 en revanche, la moitié dévolue aux moines n’apparaît plus dans la déclaration des biens de la mense conventuelle, ce qui signifie vraisemblablement que la grange fut attribuée en totalité au bénéfice de l’abbé. Vendue comme bien national à la Révolution, Tournay est restée un grand domaine.

Période(s) Principale : 20e siècle , (?)

Vendue comme bien national à la Révolution, Tournay n'a cessé d'être un grand domaine agricole, dont les bâtiments furent mis à profit par l'acquéreur pour valoriser un espace agraire, dont la richesse repose sur la valeur pédologique des terrasses alluviales du Perthois. Le cadastre de 1833 (AD51, 3P957/3, section A2) montre encore de vastes bâtiments —dont l’un de 90 m sur 20 au centre (ancienne grange stricto sensu ?)— délimitant un grand enclos trapézoïdal de 115 m de longueur, orienté sud-ouest / nord-est. On y accédait par une porterie à deux pavillons donnant directement sur le chemin de Plichancourt à Favresse qui le contournait. À l’arrière (au nord-est), l’enclos se prolongeait par un pré ponctué de points d’eau et aboutissant à un petit affluent de la Bruxenelle. Cette disposition est encore clairement visible sur la carte d’État-Major au milieu du XIXe siècle, après la construction de la ligne Paris-Strasbourg, dont le tronçon Vitry-le-François - Bar-le-Duc ouvert en 1851 passe à quelques dizaines de mètres de la ferme seulement. La grande radiale ferroviaire fut à l’origine de grands bouleversements à Tournay lorsque la 1e guerre mondiale éclata. Afin de gérer au mieux l’acheminement des soldats au front proche, du matériel, du ravitaillement mais aussi les évacuations, l’état-major décida d’y aménager une gare régulatrice dont l’emprise s’étendit sur une grande partie de la ferme, qui fut alors traversée par diverses voies dotées de quais et de nombreuses constructions et autres baraquements, sans compter les voies de retournement dont l’ellipse atteignait Favresse. Cette gare, qui a entièrement déstructuré non seulement la ferme mais aussi son parcellaire, a vu transiter des trains de permissionnaires en 1917. La grande sécheresse de 1976 a permis à tout ce réseau de réapparaître sur les photographies aériennes. Les voies ont été déposées peu après la guerre mais les divers bâtiments ont subsisté, dont l’un au toit caractéristique d’usine, construit peu ou prou à l’emplacement du bâtiment principal de la grange (peut-être en a-t-il repris une partie ?). Les premières destructions ont lieu à la fin des années 1960 et se sont poursuivies jusqu’en 1990, date à laquelle les principaux témoins de la ”régulatrice” avaient disparus. La ferme, qui a abrité une distillerie dans les années 50, fut donc reconstruite entièrement en parallèle (ill. IVR21_20155100112NUCA).

Murs calcaire moellon
brique maçonnerie
Toit tuile mécanique, tôle ondulée
Plans plan rectangulaire régulier
Étages en rez-de-chaussée
Couvertures toit à longs pans croupe
toit à longs pans pignon découvert
(c) Région Grand Est - Inventaire général (c) Région Grand Est - Inventaire général - WISSENBERG Christophe
Christophe WISSENBERG

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