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Usines d'extraction et usines de préparation de produit minéral

Dossier IA51001674 réalisé en 2009
Aires d'études Champagne-Ardenne
Dénominations usine d'extraction, carrière, ardoisière, mine, usine de préparation de produit minéral

3 usine d'extraction (2 Marne et 1 Haute-Marne), 8 ardoisières, 1 mine (Haute-Marne), 5 usines de préparation de produit minéral (Ardennes).

La catégorie des usines d’extraction regroupe 3 usines d’extraction situées à Pogny et Saint-Germain-la-Ville dans la Marne et à Voisey dans la Haute-Marne, 8 ardoisières exploitées dans le nord des Ardennes sur 3 communes, Rimogne, Haybes et Fumay, une mine de fer établie à Wassy en Haute-Marne et 5 usines de préparation de produit minéral (dont 4 moulins à couleur), toutes ardennaises, installées à Harcy, Lonny, Ecordal, Prix-lès-Mézières et Montigny-sur-Vence.

Usines d'extraction

Les usines d’extraction de Pogny et de Saint-Germain-la-Ville, proches géographiquement car elles profitent de la nature du sous-sol, sont des usines de fabrication de blanc de Champagne, activité qui consiste à extraire de la craie qui est ensuite transformée en boules de blanc utilisé dans la confection des peintures et des mastics. Toutes deux fondées dans les années 1870, ces usines ont cessé leur activité, sans reconversion, dans l’entre-deux-guerres pour celle de Pogny et dans les années 1960 pour la seconde. L’usine d’extraction de dolomies, calcaires et magnésites de Voisey a probablement été construite durant la première 1ère moitié du 20e siècle. En 1989, elle servait de fabrique d’engrais à amendement calcaire et au début du 21e siècle elle semble désaffectée et son site est en voie de réhabilitation.

Ardoisières

Les gisements ardoisiers du nord des Ardennes sont localisés dans 2 bassins géographiques : le bassin d’Harcy-Rimogne et le bassin de Fumay-Haybes. L'ardoise, qui appartient à la famille des schistes, peut être utilisée en couverture mais aussi comme moellon pour la construction des murs. L’exploitation des veines a débuté dès le 12e siècle sous l’impulsion des moines cisterciens, puis a été prise en main par des laïcs à partir du 16e siècle. L'activité extractive, essentiellement souterraine, a été constante durant tout l’Ancien Régime et n’est devenue industrielle qu'au 19e siècle. Si dès le 2e quart du 18e siècle, le président de la souveraineté de Charleville, Jean-Baptiste Collart de Boutancourt, est considéré comme le premier fondateur de l’industrie de l’ardoise à Rimogne, suivi par la famille Rousseau, c’est au 19e siècle que sont créées les grandes sociétés d’exploitation comme, par exemple, dans les années 1820, la Compagnie des Ardoisières de Rimogne et de Saint-Louis-sur-Meuse. A cette époque également, l’exploitation est modernisée et les fosses sont équipées de puits, de chevalements, de treuils permettant l’utilisation de wagonnets pour le transport et la sortie de l’ardoise. Au début du 20e siècle, l’installation de centrales électriques complète ces équipements dans quelques cas (Fosse Saint-Joseph à Fumay, Grande Fosse à Rimogne).

Les ardoisières ont une importante clientèle dans le nord et le nord-est de la France et à l’étranger, en Belgique, aux Pays-Bas, en Suisse et surtout en AngleterreL'ensemble des exploitations du département occupait au milieu du 19e siècle 1862 ouvriers, dont 850 pour la seule Société des ardoisières de Rimogne et de Saint-Louis-sur-Meuse. L’ensemble des bassins a compté jusqu’à 300 fosses ardoisières. A Fumay, cette extraction fut prospère jusqu’aux années 1920 et employa jusqu’à 1400 ouvriers. Dans le bassin d’Harcy-Rimogne, après un léger fléchissement à la fin du 19e siècle et durant le premier conflit mondial, le maximum de la production de la Compagnie des Ardoisières de Rimogne est atteint dans l'entre-deux-guerres avec une production de 80 millions d'ardoises au début des années 1930.

Concurrencée par le développement de nouveaux matériaux (tuile mécanique, tôle ondulée, cuivre, zinc pour la couverture) et par des sites proposant une meilleure productivité (Anjou), la demande en ardoise ardennaise a commencé à décliner dès les années 1920 pour le bassin de Fumay-Haybes et surtout à partir de la crise des années 1930 : ainsi, à Fumay, le nombre d’ouvriers a rapidement chuté, passant de 860 en 1928, à 150 en 1938. Plusieurs fosses ferment dès les années 1930 à Fumay (Moulin Sainte-Anne) et à Haybes (Saint-Antoine, L’Espérance). En 1959, il ne subsiste que 2 ardoisières dans ce bassin, dont celle de Saint-Joseph, qui est l’ultime exploitation fermant en 1971.

De même, les dernières ardoisières de Rimogne faisant partie de notre corpus, la Grande Fosse, les fosses Saint-Quentin et Truffy, cessent leur activité en 1971. Les sites sont abandonnés, les fosses comblées, les bâtiments et installations d’exploitation sont soit démontés soit conservés en plus ou moins bon état. Le site de la fosse Saint-Joseph, entièrement comblé et rasé, accueille un parc de loisirs. Certains locaux de la fosse de l’Espérance à Haybes ont été reconvertis en garage. Un ancien bâtiment de la Grande Fosse à Rumigny a été conservé et restauré pour être transformé en Maison de l’Ardoise.

Mine

Le seul site minier étudié est celui de l’extraction de minerai de fer de Pont-Varin à Wassy (Haute-Marne), exploité industriellement à partir 1870, mais d’existence plus ancienne, et qui a appartenu à la Compagnie des Forges de Champagne jusqu’à sa fermeture en 1922. Il a occupé jusqu’à 400 mineurs en 1895.

Usines de préparation de produit minéral

Dans la catégorie des usines de préparation de produit minéral, on distingue l'usine de broyage d'Harcy, appartenant à la Société Industrielle et Commerciale Ardennaise, fonctionnant depuis 1934 et toujours en activité au début du 21e siècle, qui retraite les déchets ardoisiers pour en faire de la poudre utilisée dans l’industrie chimique, pour les chapes d’étanchéité, les bitumes, les mastics.

Les autres usines de cette catégorie sont des moulins à couleurs, une des spécificités ardennaises. Leur présence s'explique notamment par la tradition de meunerie qui existe dans ce département. Trois des moulins étudiés sont en effet installés dans les locaux d’anciens moulins à farine (en 1861 à Prix-lès-Mézières, en 1875 à Montigny-sur-Vence et en 1888 à Lonny). Ces moulins à couleurs broient des minéraux locaux (argiles ferrugineuses, ardoises) ainsi qu'une large gamme de minéraux exogènes (ocres de Bourgogne, oxyde de fer marnais) ou importés (oxydes de fer allemands ou d'Inde ...) pour en faire des pigments naturels utilisés dans des domaines variés (ocres et noirs pour fonderie, pigments pour vernis, peinture, etc).

A l’origine, tous fonctionnent à l’énergie hydraulique produite par une roue à aubes actionnant une ou plusieurs meules. Puis sont installés des équipements plus modernes : une machine à vapeur en 1881 à Lonny, un moteur diesel qui remplace la roue en 1928 à Ecordal, avant l’électrification de l’usine en 1950. Simultanément, sur ce dernier site, les meules sont remplacées par des broyeurs mécaniques.

Le moulin à couleur d'Ecordal, créé par Les Vernis Boizet en 1866, est le dernier du nord de la France toujours en activité. Les 3 autres ont fermé en 1913 (Lonny), 1948 (Montigny-sur-Vence) et 1955 (Prix-lès-Mézières). Ils sont devenus des lieux d’habitation.

Période(s) Principale : 19e siècle
Principale : 20e siècle

Les vestiges conservés ne donnent qu’une image parcellaire des installations liées aux usines d’extraction de craie de Champagne. A Pogny, il ne reste rien ou presque, à Saint-Germain-la-Ville subsistent deux séchoirs (on faisait sécher la craie sous forme de pains dans des casiers) et à Voisey, s’élève encore un ancien atelier de fabrication en brique enduite et un magasin industriel à bardage de tôle.

Les exploitations ardoisières comportaient différents types d’installations. D’abord, celles qui étaient liées à la descente dans les fosses : puits, chevalements, treuils, descenderies (maisons utilisées pour les descentes et remontées des ouvriers). D’autre part, des ateliers de production dits hayons (pour le fendage, le quernage, l’ébauchage…), des salles des machines productrices d’énergie (les centrales électriques de la fosse Saint-Joseph de Fumay et de la Grande Fosse de Rimogne). Enfin, les bureaux, logements ouvriers et patronaux.

Depuis la fin de l’exploitation, les fosses ardoisières et leurs verdoux (terrils des déchets liés à l’exploitation de l’ardoise) sont disséminés dans le tissu urbain. La plupart des ateliers de production ont disparu. Les témoins les plus marquants de cette industrie sont, à Fumay, le bâtiment du treuil de l'ardoisière du Moulin Sainte-Anne, et à Rimogne, le bâtiment d´extraction, la cheminée et la Centrale Electrique des Ardoisières de la Grande Fosse ainsi que le chevalement métallique de la Fosse Saint-Quentin, la Voûte (descenderie), desservant les fosses Truffy, Saint-Quentin et de la Grande Fosse.Les bâtiments qui subsistent ont des murs en moellon de schiste ou en brique. Par exemple, les bureaux de la fosse Saint-Gilbert à Fumay (reconvertis en maison), sont en moellon de schiste et chaînage calcaire ; l’édifice abritant le treuil de descente de la fosse du Moulin Sainte-Anne à Fumay est en moellon de schiste et brique ; les deux bâtiments de la fosse Saint-Antoine à Haybes sont en schiste avec soubassement en moellon et enduit ocre rouge pour le premier, en larges moellons de pierre bleue apparents pour le second ; la construction abritant le puits de la Grande Fosse est en brique pleine et pour partie en moellon de schiste ; les anciens ateliers de fabrication de la fosse de l’Espérance à Haybes sont en brique et moellon de schiste. Les toitures sont de manière générale en ardoise. A la Grande Fosse, la cité ouvrière est bâtie vers 1910 face à la Centrale. Enfin, les anciens bureaux de l’ardoisière du Moulin Sainte-Anne se trouvaient dans le château des comtes de Bryas, bâtiment inscrit MH le 20 mars 1972.

La mine de Wassy comportait un ensemble d’infrastructures d’exploitation qui sont à l’abandon ou convertis en habitations : le puits de mine, les lavoirs à minerai, les bureaux, les maisons des cadres, les logements ouvriers, des écuries, une cantine, une église et le château patronal.

Le bâti ancien de l'usine de préparation de produit minéral d'Harcy (années 1930) est entièrement en brique mais les édifices plus récents sont bardés de tôle. Les toits à longs pans sont couverts d’ardoise ou de tôle ondulée.

Chaque moulin à couleur comporte plusieurs types de bâtiments spécialisés. D’abord le moulin proprement dit, avec une roue à aubes installée parfois sur un bief artificiel et avec la partie réservée au broyage comportant des meules du 19e siècle ou des broyeurs mécaniques plus récents (conservés uniquement à Ecordal). Il y a également le calcinateur avec ses fours (seul le moulin d'Ecordal possède toujours ce bâtiment qui est en briques ; le four date des années 1950). Certains moulins comprennent aussi des étuves, un entrepôt de matières premières (Ecordal, Montigny-sur-Vence). A Ecordal s’ajoutent des bureaux et un logement patronal (en pierre de taille calcaire et toiture en ardoise) à proximité du site. A Montigny-sur-Vence, ce sont des logements ouvriers qui se développent près des magasins.

Le bâti subsistant montre une grande variété, et diffère peu de celui des moulins à blé en général : les moulins d'Ecordal et de Montigny-sur-Vence sont en rez-de-chaussée, en brique et charpente de fer ; ils doivent dater du début du 20e siècle. Ceux de Prix-lès-Mézières (Grand Moulin et moulin du Milieu) sont les plus monumentaux, leurs bâtiments à étages datant du 19e siècle sont en pierre de taille calcaire et en moellon couverts d’ardoise pour le premier et en tuile mécanique pour le second. Le site est inscrit au titre des monuments historiques depuis 1995. Le moulin de Lonny est reconverti en maison d’habitation, son bief a disparu, mais demeurent quatre bâtiments accolés en moellon calcaire et brique (pignon), couverts d’ardoise datant de la fin du 19e siècle.

Décompte des œuvres bâti INSEE 1500
repérées 250
étudiées 24