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Usines de fabrication des métaux

Dossier IA51001675 réalisé en 2009

Fiche

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Aires d'études Champagne-Ardenne
Dénominations usine de fabrication des métaux, aciérie, affinerie, forge anglaise, haut fourneau

La catégorie des usines de fabrication des métaux regroupe les usines qui ont fabriqué de l'acier, du fer, de la fonte, du cuivre, de l'aluminium suivant différents procédés. Il s'agit en majorité de hauts fourneaux et d'affineries mais également de quelques forges anglaises (usine comportant un haut-fourneau, des fours à puddler et un atelier de laminage) et aciéries (usine où l'on produit l'acier).

116 sites ont été étudiés : 84 en Haute-Marne (soit 72%), 25 dans les Ardennes (soit 22%), 5 dans l'Aube (soit 4%) et 2 dans la Marne (soit 2%). Le cas des Ardennes doit être nuancé par rapport à la Haute-Marne car, alors que dans le premier département seuls les sites présentant des vestiges tangibles ont été étudiés, une sélection plus large a été réalisée dans le second département.

Un comptage a également été effectué par catégories d'activité et il représente ainsi 221 mentions (un même site peut regrouper l'une ou l'autre activité) : 5 dans l'Aube, 2 dans la Marne, 133 en Haute-Marne et 81 dans les Ardennes (en incluant les sites non étudiés, en bleu sur la carte, afin de rétablir un équilibre).

Les hauts fourneaux ont largement couvert les territoires de la Haute-Marne et des Ardennes puisque 74 ont été repérés dans les sources pour le premier et 39 pour le second, seuls où associés à des affineries pour produire du fer, ou bien à des moyens de transformation dans des ensembles plus complets destinés à produire des produits finis ou semi-finis.

Une affinerie est implantée dans l'Aube (à proximité de la Haute-Marne), 51 en Haute-Marne et 52 dans les Ardennes.

Enfin, seules 2 aciéries sont recensées en Haute-Marne (Marnaval et Vecqueville) et 2 dans les Ardennes (Vireux-Molhain et Monthermé) ainsi que 2 forges anglaises dans l'Aube, 6 en Haute-Marne et 5 dans les Ardennes.

La sidérurgie est implantée en Haute-Marne dès le 12e siècle par le biais des cisterciens (Wassy vers 1135). Les premiers hauts fourneaux s'implantent en Haute-Marne au cours du 15e siècle (Cour-l'Evêque en 1456, Noncourt-sur-le-Rongeant en 1465) sous l'impulsion de la noblesse et de l'Eglise, et au 16e siècle dans les Ardennes (Chartreuse du Mont-Dieu en 1518, et au Hurtault en 1526). Pour les périodes les plus reculées, (15e siècle-16e siècle) le haut fourneau et la forge d'affinerie sont souvent différenciés (dans les Ardennes, à Haraucourt le fourneau est situé 1 km en amont de la forge, tout comme à Boutancourt, le fourneau de la Folie à Baâlons et la forge de la Grangette à Omont sont sur deux ruisseaux différents) mais ils peuvent être regroupés au sein d'une même propriété (Chancenay/Bettancourt) pour les établissements les plus proches entre-eux. D'autres, qui bénéficient de chutes d'eau plus importantes, tendent à regrouper la forge et le fourneau sur le même site (Villiers-aux-Bois, Bailly-aux-Forges). Ce sont les "usines à fer" dont les textes anciens relatent l'existence.

En Haute-Marne, le secteur sidérurgique prend son essor au cours du 16e siècle. En parallèle du secteur initial nord (Saint-Dizier/Wassy) vont se développer d'autres zones autour des massifs forestiers du sud du département (Arc/Chateauvillain), des rivières Aube et Aujon, et de la partie haute de la Marne et de ses affluents (Rognon, Rongeant, Suize). Cet essor s'appuie donc sur des cours d'eau, de vastes forêts et des mines de fer. Il est d'ailleurs intéressant de faire remarquer que la géographie des implantations fait ressortir une zone en écharpe d'usines du sud-ouest et au nord-est qui peut se calquer sur celles des ressources en minerai de fer et des forêts.

Dans les Ardennes, cette zone en écharpe est inversée, du sud-est pour au nord-ouest avec les mêmes causes.

En Haute-Marne, la rivière Marne a eu une autre utilité, celle de voie de transport de la production vers Paris (depuis Joinville au 16e siècle mais seulement depuis Saint-Dizier à partir du 18e siècle).

Au cours de l'époque moderne, la tendance ira au regroupement du fourneau et de la forge sur le même lieu : à la veille de la Révolution il existe déjà une quinzaine de hauts fourneaux accompagnés de leur forge d'affinerie dans les Ardennes et 36 en Haute-Marne.

La période post-révolutionnaire connaît une importante augmentation du nombre des usines. En 1825, l'arrondissement de Chaumont compte 86 usines à fer. De 1827 à 1847, le nombre de hauts fourneaux haut-marnais passent de 53 à 85, et la production de fonte double passant de 30 000 tonnes en 1833 à 60 000 tonnes en 1843. En 1836, la Haute-Marne est le premier producteur de fonte et de fer et les Ardennes le 5e pour la fonte et le 6e pour le fer. Les Ardennes comptent au maximum 31 hauts fourneaux en 1843.

C'est aussi le temps des évolutions des méthodes de production, comme l'introduction des méthodes anglaises. Les premiers fours à puddler qui permettent par brassage de produire du fer arrivent dans les Ardennes en 1822 (Boutancourt) et en 1827 en Haute-Marne (qui en comptera 31 en 1844). Quelques années plus tard, on ajoute des laminoirs à ces fours afin de prolonger le cycle de production vers l'aval en un produit semi-fini : ce sont les forges anglaises (1824 à Guignicourt-sur-Vence et à partir de 1825 à Bologne). Cette époque est celle des grands capitaines d'industrie comme les Capitain, Michel de Vandeul, de Beurges en Haute-Marne ou Gendarme dans les Ardennes. Une tendance nette au regroupement d'usines se faitjour à cette époque : Capitain contrôle alors une partie des vallées du Rognon et du Rongeant dans la décennie 1840 (en 1844, il exploite 15 hauts fourneaux, 23 feux d'affinerie et 17 fours à puddler).

Une première crise en 1848 secoue durement le secteur (faillite de la société Capitain) et une seconde au cours des années 1850/1860 due à la concurrence de la Belgique et du Luxembourg ou de nouvelles régions métallurgiques comme le Nord et la Lorraine qui produisent à des coûts plus faible grâce au coke, et un traité de libre-échange avec l'Angleterre en 1860. Bien que la Haute-Marne régresse dans le classement national, sa production continue malgré tout d'augmenter grâce à l'introduction progressive du coke dans les hauts fourneaux et à leur reconstruction avec des dimensions plus importantes. Ainsi, à nombre égal (80), la production des hauts fourneaux passe de 50 000 tonnes de fonte en 1850 à 90 000 en 1859 puis 106 400 en 1866 malgré une baisse du nombre d'unités.

En revanche aucun haut fourneau au coke n'est construit dans les Ardennes, car face à la concurrence de plus en plus importante pour les produits bruts, les usines ardennaises vont progressivement stopper leurs hauts fourneaux et se tourner vers la seconde fusion au cubilot (four vertical de fusion des métaux par la combustion de coke) en reconvertissant ou construisant des fonderies alimentées par de la fonte lorraine, belge ou luxembourgeoise. La Haute-Marne essaie quant à elle de diversifier sa production vers la fonte moulée en produits finis, et les usines du Val d'Osne, de Sommevoire ou Dommartin-le-Franc vont se tourner vers la fonte d'art ou d'ornement. On utilisera également sur place de plus en plus la fonte produite dans le département pour la transformer en produit fini, notamment en essieux de chemin de fer, en chaînes et en fil de fer dans de nombreuses tréfileries (voir la synthèse consacrée aux « usines de transformation des métaux »). En 1876, le département est encore au 6e rang national pour la fonte (92 000 tonnes) et au 4e pour la production de fer et d'acier et 70 hauts fourneaux sont en marche en 1875. La production commence alors à baisser en même temps que le nombre de hauts fourneaux : 33 en 1880 (alors qu'à la même époque ils ne sont plus que 2 dans les Ardennes) et 10 en 1886.

Parallèlement, les forges anglaises augmentent leur production de fer jusqu'à 90 000 tonnes en 1882 ; en 1872, elles sont regroupées en 10 grandes unités dans le nord du département et il ne subsiste plus que 5 autres petites forges.

Aujourd'hui plus aucune usine ne produit du métal dans la région, les deux hauts fourneaux de Marnaval ont les derniers à s'éteindre en 1940.

Période(s) Principale : 19e siècle
Principale : 20e siècle

L’essentiel du bâti conservé date de la 1ère moitié du 19e siècle. Les machines et équipements techniques ont laissé peu de traces, à l’exception de quelques roues hydrauliques tardives ou quelques grues (Louvemont).

Dans les Ardennes, le peu de structures intéressantes (usine Gendarme de Vrigne-aux-Bois, forge anglaise de Guignicourt-sur-Vence, haut-fourneau de Vendresse, forge du Hurtault à Signy-l'Abbaye) conservé pour la première moitié du 19e siècle permet difficilement de tirer des conclusions générales. On peut tout de même avancer que concernant le système hydraulique des étangs successifs, les compositions des usines n'étaient pas très complexes : on retrouvait souvent, d'amont en aval, le haut fourneau, la forge, la fenderie mais il arrive aussi que ce schéma diffère (pour les usines Gendarme qui vont de Boutancourt à Flize, les deux forges sont en amont, le haut fourneau au centre et le laminoir créé à Flize par Gendarme en aval). Pour le système des usines sous une digue, le nombre plus important de bâtiments, sur cour ouverte (Matton-et-Clémency), pouvait être un facteur de désordre mais au Hurtault, la réedification de 1812 a semble-t'il donné une cohérence à l'ensemble des bâtiments pour faciliter le travail. Les usines implantées sur les rivières et dépourvues d'étang étaient en générale moins propices à une organisation rigoureuse des bâtiments et la cour semi fermée y prévalait (Givonne). Il n'existe pas d'usines à cour fermée.

Une étude menée en 1997 a permis de dégager les grandes lignes des typologies générales des sites haut-marnais et de leurs composantes. Les compositions d’ensemble des usines obéissent à une logique dictée par la topographie et les impératifs techniques. On peut les classer en 3 catégories :

- les domaines agro-industriels (Chamouilley, Châteauvillain, Vraincourt, Thonnance-les-Moulins, Poisson, Marnaval, Clos-Mortier à Saint-Dizier) où peuvent cohabitent l'outil de production, le logis de maître, une ferme, des écuries, un colombier, les logements ouvriers

- les forges anglaises, qui se sont souvent installées dans des usines préexistantes ce qui les a surtout amenées à occuper l'espace des cours ; en revanche, pour certaines créées ex-nihilo (Forge Neuve et Forge de Sainte-Marie de Saint-Dizier), la grande halle de la forge anglaise est implantée au milieu d'un enclos rectangulaire qui sert au stockage

- et enfin, les petites forges et ateliers isolés ; ces usines comportent juste seulement un haut fourneau, une forge d'affinerie ou bien regroupent une association haut fourneau-forge à laquelle peut s’adjoindre une fenderie ou une tréfilerie. Leur organisation plus simple, moins rationnelle est essentiellement dictée par la topographie des lieux (Noncourt-sur-le-Rongeant, Charmes-la-Grande, Lanty-Dinteville, Froncles, Donjeux). Quelques-une d'entre elles comportent un plan régulier carré centré autour d'une cour (Montot-sur-Rognon, Rouvres-sur-Aube, Vecqueville).

Pour les systèmes hydrauliques, la Haute-Marne avec ses cours d'eau aménagés par le avec des dérivations constituées d'un bief et d'une vanne, se différencie nettement des usines ardennaises qui ont utilisé l'étang qui permettait de regrouper les différents ateliers sous la digue, ou des retenues d'eau fractionnées ce qui étalait donc, comme en Haute-Marne, les installations en longueur.

Quatre hauts fourneaux avec leur bâtiment sont encore conservés en totalité en Haute-Marne (Osne-le-Val, Inscrit à l'inventaire Supplémentaire des Monuments Historiques -ISMH- en 1993 ,Dommartin-le-Franc, ISMH en 1986, Sommevoire et Vecqueville avec sa forme cylindrique et un seul dans les Ardennes (Vendresse, ISMH en 1972). D'autres subsistent à l'état de vestiges en Haut-Marne (Cour-l'Evêque, Noncourt-sur-le-Rongeant, Leffonds, Charmes-la-Grande...) ou bien il ne subsiste plus que le bâtiment qui l'accueillait (Joinville, Cirey-sur-Blaise). Le plus ancien haut fourneau conservé est celui de Moraypré à Haybes dans les Ardennes dont les vestiges datent du 1er tiers du 17e siècle. Hormis la forge de Rochevilliers à Leffonds (1825-26), il ne subsiste plus de forge intégrée complète (haut fourneau et affinerie) en Haute-Marne et une seule également dans les Ardennes, mais non des moindre : la forge Gendarme à Vrigne-au-Bois (ISMH en 1991), ensemble exceptionnel tant par la qualité de construction et de conservation que par l'historique du site bien documenté et la présence de l'une des premières sinon de la première cité ouvrière du département (1820). Pour les autres sites étudiés, il ne reste que des bâtiments isolés ou intégrés dans des usines qui ont continué à évoluer et ont donc modifié la morphologie primitive.

Les halles à charbon sont parfois les seuls éléments conservés sur certains sites, notamment ceux reconvertis en ferme. Elles sont toujours bâties en moellon et se présentent en longueur (Dinteville, Orges) avec des toits qui peuvent parfois descendre très bas. Certaines sont adossées à un chemin ce qui permettait de les remplir par déversement ( Rachecourt-sur-Blaise ou le Hurtault à Signy-l'Abbaye). Dans certains cas les halles étaient adossées au fourneau ce qui a permis, lors de la disparition de ce dernier, d'en conserver le gueulard (Noncourt-sur-Rongeant, Charmes-la-Grande).

Le bâtiment de la forge d'affinerie était implanté en éperon dans le cas des usines bâties sur une rivière ou bien sous digue pour celles alimentées par étang. Là aussi de beaux exemples sont encore présents notamment à Ecot-la-Combe, Brethenay, Forcey en Haute-Marne ou Boutancourt et à Vrigne-aux-Bois dans les Ardennes.

Les forges anglaises ont disparu et on ne décèle que certains éléments inclus parmi les grandes halles à sheds postérieures comme à Manois ou à la forge Sainte-Marie de Saint-Dizier. Mais une belle halle de laminoir de 1836 est encore visible à l'usine de Phades à Monthermé.

Enfin, les logements de maître et d'ouvriers sont parfois, au même titre que les halles à charbon, les seuls éléments à perdurer du fait de la pérennité de leur fonction. Des exemples intéressants de « châteaux » sont visibles à Froncles, Chamouilley, Poissons, Saint-Dizier, Doulevant-le-Château pour la Haute-Marne ou Vrigne-aux-Bois pour les Ardennes. A l'inverse des logements ouvriers en rez-de-chaussée qui se développent sur la largeur en une répétition continue d'un module de base, la maison de maître comporte presque systématiquement un étage, souvent un toit en pavillon et les techniques de construction sont plus soignées : mise en œuvre d'enduits qui mettent en valeur les encadrements et chaînes d'angle en pierre de taille, utilisation de quelques éléments de décor comme à Froncles, hautes cheminées qui donnent immédiatement à voir le nombre de pièces chauffées (ce qui contraste là aussi avec le logement ouvrier qui n'en comportait qu'une).

Décompte des œuvres bâti INSEE 1500
repérées 250
étudiées 116