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Usines de papeterie (hors imprimeries)

Dossier IA51001695 réalisé en 2009

Fiche

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Aires d'études Champagne-Ardenne
Dénominations usine de papeterie, cartonnerie, usine d'emballage et conditionnement, usine de pâte à papier

La catégorie des usines de papeterie est représentée dans la région Champagne-Ardenne par 21 sites recensés : 9 sites dans le département de la Marne (soit près de 43 % du corpus), 7 dans l'Aube (33 %), 4 dans les Ardennes (19 %) et 1 en Haute-Marne (5 %). Le descripteur ''usine de papeterie" est le terme générique désignant l'ensemble des usines où l'on fabrique et traite le papier (dont le papier peint), le carton, etc. Cette catégorie comprend les papeteries proprement dites, majoritaires, les cartonneries, les usines d'emballage et de conditionnement et les usines de pâtes à papier. Les moulin à papier, usine à papier et usine de façonnage du papier, trois autres spécifiques de cette catégorie, ne sont pas représentés dans la région.

L'industrie papetière est attestée en Champagne-Ardenne au 14e siècle, ce dont témoigne le moulin à papier mentionné dès 1340 à Troyes. S'il ne subsiste aucun témoignage bâti de moulins à papier, 3 usines de papeteries auboises se sont implantées à l'emplacement d'un ancien moulin (outre Troyes, à Bar-sur-Seine, le moulin à papier est signalé dès 1545, à Chappes, et peut-être à Tours-sur-Marne). Un moulin se retrouve sur les sites de Courlandon et de Troyes et fournit l'énergie nécessaire au fonctionnement de la papeterie contigüe.

Les usines de papeteries, qui composent plus de 52 % du corpus avec 11 cas, sont bien représentées dans le département de la Marne avec 5 sites ; 3 sites se trouvent dans l'Aube, 2 dans les Ardennes et 1 en Haute-Marne.

La papeterie du Valdonne de Saint-Martin-lès-Langres, la seule usine de papeterie recensée en Haute-Marne, attestée en 1566, est la plus ancienne usine de papeterie du corpus.

Avant le 19e siècle, les cas de création de fabriques de papier restent minoritaires : 1 cas pour le 17e siècle (Bar-sur-Seine) et 2 cas pour le 18e siècle (This, fondée en 1769 par Jean Bouxin issu d'une famille de papetiers de l'Aisne ; et papeterie de Chaintrix attestée en 1790) ; cependant, l'industrie papetière apparaît vigoureuse comme en témoigne la papeterie de Saint-Martin-lès-Langres qui connaît à partir du milieu du 18e siècle une période de prospérité entraînant rénovation et agrandissement.

En Champagne-Ardenne, la papeterie semble prendre son plein essor à partir du 19e siècle, période où l'on dénombre 3 créations (Courlandon, vers 1842 ; papeterie Ferrand-Lamotte à Troyes édifiée sous le Second Empire, et Amsler à Reims) et 1 cas de réimplantation (papeterie marnaise de Chaintrix-Bierges, avant 1830). De nombreux agrandissements et reconstructions sont également constatés au cours du 19e siècle (à Chaintrix-Bierges, à Bar-sur-Seine, à Troyes chez Ferrand-Lamotte, à Saint-Martin-lès-Langres).

3 créations sont à dénombrer au cours de la 1ère moitié du 20e siècle dont 2 cas de transfert (Prot Frères à Reims et Arnoult à Sault-lès-Rethel, spécialisé dans la fabrication du support de tenture pour papier peint).

Les années 1920, certainement à la suite de dégâts engendrés par le premier conflit mondial, sont riches en constructions/reconstructions (Courlandon, Bar-sur-Seine, Ferrand-Lamotte à Troyes, Saint-Martin-lès-Langres).

C'est au milieu du 20e siècle que les usines Prot Frères de Reims et Arnoult de Sault-lès-Rethel comptent le plus de main-d'oeuvre, avec respectivement 650 employés en 1950 contre 26 en 1939 et 85 employés en 1958 contre 29 en 1949. Mais c'est aussi vers 1950 que la papeterie rémoise Amsler périclite définitivement.

Pour la période suivante, la seconde moitié du 20e siècle, on recense une unique création : la S.A. Dropsy à Reims en 1955 ; son activité sera de courte durée puisqu'elle cesse avant 1992. Deux autres cas de cessations d'activité sont à signaler durant cette période : celles de la papeterie de Bar-sur-Seine en 1965, et de Sainte-Savine vers la même date.

A l'heure actuelle, seule l'usine de Sault-lès-Rethel est toujours en activité. L'ancienne usine troyenne Ferrand-Lamotte, et celle de Courlandon sont abandonnées. Trois sites de papeteries sont affectés à de nouvelles installations (Bar-sur-Seine, Chaintrix-Bierges et Saint-Martin-lès-Langres), mais la majorité des sites (This, les trois sites de Reims et Sainte-Savine) ont été détruits pour laisser place à des habitations.

Les usines de pâte à papier, où l'on produit la matière fibreuse destinée à la fabrication du papier, sont peu représentées sur le territoire de la Champagne-Ardenne ; on en compte 3 (soit 14 % de l'ensemble des sites) : 2 dans le département de l'Aube et 1 site dans les Ardennes.

Elles prennent naissance au 19e siècle (2 cas) : à Rethel et à Chappes (1884) pour alimenter la papeterie voisine de Bar-sur-Seine. Le cas troyen est correspond à une reconversion de l'usine de papeterie Ferrand-Lamotte en une usine de pâte à papier. Aucune des usines de pâte à papier ne subsiste aujourd'hui : celle de Rethel a été supplantée dès 1924 par une usine textile, celle de Troyes est abandonnée, le site de Chappes est converti depuis 1965 en une centrale hydroélectrique.

Les cartonneries qui sont au nombre de 5 (24 % du corpus) en région Champagne-Ardenne, sont uniquement présentent dans les départements de l'Aube avec 3 sites et de la Marne avec 2 sites.

Les cartonneries apparaissent au 19e siècle dans la région et leur naissance est à mettre en relation avec le développement d'autres activités industrielles. Ainsi, la plus ancienne cartonnerie recensée dans ce corpus, la cartonnerie Roche édifiée vers 1885 à Troyes, de même que la nouvelle usine construite dans les années 1910 à Sainte-Savine, fournissent du carton destiné à l'emballage de produits de bonneterie.

Les trois cas de créations de cartonneries durant le second quart du 20e siècle ont eu lieu sur un site ou dans des locaux préexistants : à Tours-sur-Marne, Les Cartonneries de Champagne s'implantent sur le site d'une ancienne minoterie, à Reims c'est la menuiserie Dropsy qui est transformée à usage de cartonnerie, et à Sainte-Savine, la cartonnerie occupe les locaux de l'ancienne usine de chaussons Ravallée.

4 des cartonneries recensées cessent leur activité à la fin du 20e siècle ou au tout début du 21e siècle : dans les années 1990 pour les deux cartonneries de Sainte-Savine et celle de Reims, et après 1998 pour Roche à Troyes.

Les sites correspondants ont tous été convertis depuis : en habitations et école à Sainte-Savine, en garage de réparation automobile à Troyes et en salle de concert à Reims.Seule la cartonnerie de Tours-sur-Marne poursuit son activité via une société d'emballage et de conditionnement qui occupe le site.

Les usines d'emballage et conditionnement, où l'on fabrique cartons, enveloppes et papiers d'emballage divers, sont au nombre de 3 (14 % du corpus) : 2 sites marnais et 1 site ardennais.

Pour ces 3 créations, toutes datées de la seconde moitié du 20e siècle, il s'agit d'un changement d'activité du site : à Rethel comme à Bétheniville, la production d'emballage se substitue à l'activité de filature, à Reims à celle de teinturerie.

Le pic d'activité des usines d'emballage et de conditionnement semble se situer dans le 3e quart du 20e siècle, ce dont l'usine de Rethel peut témoigner : on y compte 260 employés à la fin des années 1960, époque où les locaux sont agrandis ; ce chiffre est ramené à 90 en 2006.

Les trois sites de Rethel, Bétheniville et Reims sont toujours en activité.

Période(s) Principale : 19e siècle
Principale : 20e siècle

Les papeteries s'établissent dans les centres urbains (Rethel, Reims, Troyes) et leur implantation semble déterminée, outre par la proximité d'une voie d'eau fournissant l'énergie hydraulique (roue ou turbine hydraulique attestée à This, Courlandon, Tours-sur-Marne, Bar-sur-Seine, Saint-Martin-lès-Langres ; présence d'un bâtiment d'eau sur 7 sites), par les dessertes possibles : canaux, routes et chemin de fer (sites de Bar-sur-Seine, Courlandon desservis par embranchement ferroviaire). Les usines de Sault-lès-Rethel ou Ferrand-Lamotte à Troyes, ancrées en secteur urbain, le long du canal des Ardennes pour la première et sur un bras de Seine pour la seconde, et non loin d'une voie ferrée et des grandes routes, sont à ces égards représentatives.

L'architecture des usines de papeterie édifiées au 19e siècle ou au début du 20e siècle apparaît comparable à celle des constructions vernaculaires. A This - la plus ancienne papeterie recensée dans les Ardennes -, les bâtiments datés du 1er tiers du 19e siècle, sont élevés en moellon et pierre de taille calcaire, et offrent une charpente en bois apparente couverte d'ardoise. La papeterie ardennaise plus récente de Sault-lès-Rethel (1924) présente de vastes bâtiments industriels en pierre meulière et encadrement de brique, des édifices - atelier de fabrication et bâtiment d'eau - entièrement élevés en brique, ou encore un atelier de réparation en pans de bois hourdés de briques. Dans l'Aube, le moellon est assorti de l'usage de la brique en encadrement de baie et chaîne d'angle (sous le Second Empire, à Bar-sur-Seine, pour les conciergeries couvertes d'ardoise de l'usine Ferrand-Lamotte de Troyes, ou encore pour les bâtiments plus tardifs - 1884 - de l'usine de pâte à papier de Chappes).

Par la suite, le métal est associé à la brique : la cartonnerie Roche de Troyes, présente vers 1885, un atelier de fabrication et un magasin industriel élevés en brique et pan de fer. Les constructions plus récentes de la papeterie de Sault-lès-Rethel, tout comme les entrepôts industriels de l'ancienne papeterie Ferrand-Lamotte de Troyes, sont en pans de fer hourdés de brique creuse. A Sault-lès-Rethel, les charpentes sont par ailleurs métalliques et couvertes de tôle ou de ciment amiante.

Le béton prend de plus en plus d'importance dans les constructions de la 1ère moitié du 20e siècle. Son utilisation est ponctuelle à Courlandon où le bâtiment d'eau de l'usine - reconstruite entre 1925 et 1928 - est porté par des pilotis de béton. La salle des machines de la papeterie troyenne Ferrand-Lamotte, datée de 1926, est quant à elle entièrement élevée avec des structures en béton armé hourdées de briques. On signalera également la toiture bombée en béton de l'atelier de fabrication de Courlandon (reconstruit peu après 1940).

4 sites ont comporté une cheminée d'usine : à Sault-lès-Rethel, à Sainte-Savine, chez Prot Frères à Reims et à Courlandon, où l'ancienne cheminée en brique est toujours en place.

On trouve des sheds en couverture de plusieurs ateliers de fabrication : cartonnerie Roche (vers 1885) et papeterie Ferrand-Lamotte (années 1920) à Troyes, ou encore cartonnerie Prin à Sainte-Savine (après 1918).

Signalons enfin que certaines baies de l'atelier saint-savinien précité sont pourvues d'un décor à entrelac végétal et têtes d'animaux en céramique.

Décompte des œuvres bâti INSEE 1500
repérées 250
étudiées 21

Références documentaires

Périodiques
  • BRUYAND, André. Les papeteries haut-marnaises. Les Cahiers Haut-Marnais, 1er et 2e trim. 1998, n° 212-213, p. 1-67.

    p. 1-67