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Usines de produits agro-alimentaires (hors brasseries, établissements vinicoles, fromageries et laiteries industrielles, moulins et minoteries)

Dossier IA51001685 réalisé en 2009

Fiche

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Aires d'études Ardennes, Marne, Haute-Marne
Dénominations usine de produits agro-alimentaires, brûlerie, chocolaterie, cidrerie, conserverie, distillerie, féculerie, huilerie, sucrerie, râperie, biscotterie, biscuiterie, usine de pâtes alimentaires, usine de produits pour l'alimentation animale, usine de sélection de semences, vinaigrerie

La catégorie des usines de produits agro-alimentaires présentée ici comporte tous les types d'usines où l'on transforme les produits d'origine animale ou végétale issus de l'agriculture, en denrées alimentaires destinées à la consommation humaine ou animale. Exceptés les brasseries et malteries, les établissements vinicoles, les fromageries et laiteries, les moulins et minoteries, qui constituent des sous-catégories spécifiques qui, à ce titre, ont été présentées au sein d'autres descriptifs (se reporter aux notices correspondantes).

Ces "autres" usines agro-alimentaires peuvent être des sucreries (8 sites) et des râperies (usines où l'on râpe les betteraves à sucre pour en tirer le jus sucré : 2 sites), des usines diverses de produits alimentaires (6 sites) ou de pâtes alimentaires (4 sites), des biscuiteries ou biscotteries (8 sites), des distilleries (7 sites), des usines d'aliments pour les animaux (3 sites), des huileries (usine à huile) et conserveries (2 sites chacune), et une brûlerie (où l'on grille les cafés en grain : Vernier à Nogent-sur-Seine), une chocolaterie (Jacquot à Troyes), une cidrerie (Isles-sur-Suippe), une féculerie (usine d'amidon à partir des tubercules des plantes : Leffonds), une usine de sélection de semences (Carignan), et vinaigrerie (Ménégaud/Masson à Troyes).

Au total, 48 sites répondent à cette définition : 19 se trouvent dans le département de la Marne (dont 11 à Reims), 10 dans le département de l'Aube, 8 sont ardennais, et 6 haut-marnais.La diversité des activités représentées explique la répartition régulière des sites dans la région ; où seule la métropole rémoise - et dans une moindre mesure l'agglomération troyenne - connaissent une concentration plus forte.

La diversité des activités est plus ou moins grande selon les départements. Elle est extrême dans le département de l'Aube qui connaît autant d'activités que de sites ; très forte également dans les départements de la Haute-Marne et des Ardennes dans lesquels seules deux activités se retrouvent sur plus d'un site. Le département de la Marne par contre connaît une plus forte concentration, notamment à Reims, ville qui comportait 5 biscuiteries (plus une biscotterie), et 5 usines de produits alimentaires.

La diversité des implantations par catégorie d'activité est également la règle. Excepté pour les biscuiteries déjà évoquées, et dans une moindre mesure pour les sucreries-râperies que l'on trouve essentiellement dans les grandes plaines calcaires de la Marne (3 sites) et des Ardennes (5 sites).

La plupart des sucreries/râperies recensées se trouvent aux abords des voies de communication importantes : fluviales, ferrées, routières ; les exemples n'étant pas rares d'installations à la croisée des trois modes de communication (Attigny par exemple).

L'industrie sucrière betteravière fut une première fois implantée en France sous Napoléon Ier, pour palier au manque de sucre de canne d'importation dû au blocus imposé par l´Angleterre. Mais il faut attendre 1848 et l'abolissement de l'esclavage, qui engendra une forte hausse du prix du sucre de canne, pour voir l'industrie sucrière betteravière s'implanter durablement en France.

La création des grandes sucreries dans la région répond à cette évolution. Les premières sucreries s'installent vers 1855 (Sermaize-les-Bains), peu avant 1860 (Fismes), vers 1864-1865 (Attigny, Saint-Germainmont, Nogent-sur-Seine), en 1868 (Eclaron), vers 1873 (Le Chesne, Sainte-Menehould) et en 1874 (Ecly).

Avec les trois frères Linard, originaires de Fromelennes, les Ardennes voient la naissance de capitaines d'industrie renommés qui développent l'industrie sucrière dans la France entière. C'est eux qui créent la sucrerie de Saint-Germainmont, et Jules expérimente le système de la râperie dès 1867, implanté dans les années 1870 à Ecly et Villers-devant-le-Thour.

Par ailleurs, la sucrerie de Sermaize-les-Bains (51) était la 3e plus importante de France en 1884.

Pour 5 d'entre elles, les sucreries furent associées à des distilleries ; soit dès leur début d'activité (Sermaize), soit plus tardivement (Le Chesne vers 1890, Attigny en 1934).

Aujourd'hui, plus aucune de ces anciennes sucreries ou râperies n'est en activité. La râperie d'Ecly a fermé à cause de la Première Guerre mondiale, celle de Villers-devant-le-Thour en 1956, Nogent-sur-Seine, Fismes et Attigny dans les années 1970, Sermaize en 1988, et Saint-Germainmont en 1999. Effet de la politique des quotas et de la concentration extrême de l'activité entre les mains de quelques très grandes groupes. Le site de Le Chesne est converti en cidrerie, et celui de Sainte-Menehould a accueilli un temps une briqueterie.

Sous l'appellation distillerie se cache deux types d'activités assez différents : les distilleries liées à la grande industrie betteravière (et mentionnées ci-dessus), et les distilleries plus modestes, et plutôt de jus de raisin. Ces dernières sont minoritaires. On mentionnera celle d'Ay (Goyard), créée vers 1925, et qui distille toujours du marc de champagne.

Les "usines de produits alimentaires" forment une classe bien particulière. Cette catégorie est avant tout rémoise et rassemble notamment une catégorie d'établissements mêlant activité commerciale (entreprises à succursales multiples maillant un territoire donné), entrepôt et fabrication/transformation de produits alimentaires (chocolat, café, pain, alcools, etc.). C'est le cas par exemple de la société Goulet créée en 1874 (devenue Goulet-Turpin en 1900) ; des Docks Rémois (à Bétheny, proche Reims) avec ses succursales Le Familistère, fondés en 1888 ; des Comptoirs Français ouverts en 1897 ; et des "Établissements économiques" fondés après la Première Guerre mondiale. Et à la même époque, l'usine alimentaire Mignot, dont la production était associée aux Comptoirs Français, devient annexe de la société Goulet-Turpin. Tous ces établissements, largement reconstruits dans les années 1920, ont fermé leurs portes dans les années 1980. L'un d'entre eux a été rasé (Goulet-Turpin), les autres accueillent dans les bâtiments subsistants des bureaux ou magasins, des entreprises, ou servent d'entrepôt.Une seule "usine de produits alimentaires" échappe à ce schéma rémois : l'ancienne grande brasserie du Fort Carré à Saint-Dizier, devenue usine des glaces Miko après la Seconde Guerre mondiale et qui ferma ses portes en 1996. Il ne subsiste que la "tour Miko", devenue cinéma.

La catégories des biscuiteries (7 sites) et biscotterie (1 site) est également exclusivement rémoise. Il existe bien une usine de biscuits dans les Ardennes à Tremblois-lès-Rocroi, mais celle-ci, créée en 1832, était une succursale de la marque rémoise Rogeron.La ville de Reims a de tous temps été réputée pour ses biscuits (les "biscuits de Reims") et ses pains d'épice. Aussi les créations de certaines des marques dans ce domaine remontent-elles à des dates anciennes : Derungs en 1691, Rogeron en 1791. Le passage à la dimension industrielle cependant est plus récent : la marque Sigaut, créée en 1877, ouvre une usine en 1895 ; Derungs en 1897 ; Triquenaux vers la fin du 19e siècle ; Rogeron en 1902 ; Rem et Paquot/Auga dans les années 1930 (ce dernier installé sur le site d'une ancienne usine textile) ; Bastion vers 1950 (en remployant les bâtiments d'une ancienne menuiserie). Toutes ces entreprises rémoises furent largement reconstruites après la Première Guerre mondiale, et fermèrent définitivement leurs portes pour la plupart dans les années 1960 ; et les dernières dans les années 1980 (Rem) et 1990 (Paquot/Auga). Ces sites, témoins d'une activité historique de la cité rémoise, ont été touchés par les destructions : l'un d'entre eux a complètement disparu (Sigaut), dans deux cas il ne subsiste que la maison patronale (Rogeron et Bastion), et dans deux autres qu'une partie des bâtiments (les bureaux à Paquot/Auga, les magasins à Rem). Seulement deux sites ont été reconvertis : Derungs (bureaux) et Triquenaux (logements et magasin de commerce).

Les 4 sites de pâtes alimentaires recensés (un dans chaque département) eurent une existence éphémère. A Bazeilles (08) la vermicellerie créée en 1911 ferma ses portes pendant le Seconde Guerre mondiale. L'usine de La Chapelle-Saint-Luc (10) ne fonctionna que dans les années 1950-1980. Et cette activité ne dura qu'entre les deux guerres à Saint-Brice-Courcelles (51) et entre 1923 et vers 1970 à Brethenay (52).

Parmi les autres usines agro-alimentaires, on signalera enfin 3 usines et conserveries de choucroute. : une éphémère à Sedan, et deux dans le secteur de Brienne-le-Château dans le département de l'Aube (Crespy-le-Neuf et Vallentigny). Ce dernier notamment, ouvert en 1904 et dont l'activité cessa sur le site vers les années 2000, est le témoin d'une activité toujours vivante dans ce secteur où trois entreprises aujourd'hui encore (hors corpus) profitent de la production auboise ; ce département étant le deuxième département français d'exploitation de chou à choucroute.

Période(s) Principale : 19e siècle
Principale : 20e siècle

24 sites sont associés à du logement d'entreprise ; soit 1 sur 2 ; trouvé principalement dans les sucreries/râperies/distilleries, notamment le logement ouvrier (8 des 12 cas recensés, soit dans les deux-tiers de ces sites). L'habitat patronal est plus répandu (19 sites) et touche davantage d'activités. On citera parmi les plus intéressants la maison patronale de l'ancienne sucrerie de Fismes.8 sites comportent toujours une cheminées d'usine : essentiellement des distilleries (Bétheniville, Sermaize-les-Bains, Eclaron) et des usines de produits alimentaires à Reims (Docks Rémois, Mignot, Goulet Turpin).

Les destructions de sites ou trouvés à l'état de vestiges (12 cas) touchent surtout la Marne (75 %) et la ville de Reims (6 cas), et plutôt les biscuiteries/biscotteries (5 cas), les usines de produits alimentaires (2 cas) et les sucreries/distilleries (3 cas).

Les bâtiments subsistants des anciennes sucreries/râperies (10) dataient essentiellement de deux périodes : du 3e quart du 19e siècle pour les plus anciens (Attigny, Nogent-sur-Seine - détruit -, Fismes, Sainte-Menehould, Sermaize), et du 1er quart du 20e siècle (5 sites).

Les sucreries/râperies anciennes utilisaient largement la brique, trouvée employée dans 90 % des sites, associée au pan de fer dès le 20e siècle (4 sites) ; puis au béton pour les constructions postérieures (5 sites). Les anciens bâtiments d'Eclaron et de Sermaize-les-Bains possèdent des parties en pierre de taille. Globalement, les grands volumes des sucreries/râperies présentent des aspects et des formes qui dépendent de l'importance de l'exploitation et des dates de construction.

Le bâti des "usines de produits alimentaires" (6) rémoises datent pour l'essentiel du 1er quart du 20e siècle, et surtout de l'après Première Guerre mondiale. Le mode constructif est celui couramment employé à Reims à cette époque et associe la brique (omniprésente), la pierre et le béton. La pierre de taille se voit sur 4 sites. Ces bâtiments qui avaient un rôle commercial en plus d'accueillir une activité de production, ont bénéficié d'une construction de qualité. Leur style s'appuie sur le jeu de l’alternance des matériaux (notamment brique et pierre) et sur la répétitions d'élévations/travées ouvertes par de larges fenêtres. Cette qualité esthétique valut à certains d'entre eux d'être conservés et réhabilités : Les Docks Rémois à Bétheny (façades du bâtiment principal), les "Établissements économiques" (façade des anciens bureaux), l'ancienne usine Mignot (ateliers).

La situation est un peu comparable pour les biscuiteries et biscotteries rémoises, où les ateliers de fabrication côtoyaient les espaces commerciaux ; l'aspect du site participant à l'image du produit et de l'entreprise. C'est la raison pour laquelle la plupart des anciennes biscuiteries et biscotteries rémoises ressemblent, côté rue, à de grandes maisons patriciennes (maisons Sigaut, Triquenaux, Paquot/Auga, Rem) ; et côté cour accueillaient des ateliers de fabrication plus ou moins vastes mais à la construction de qualité en brique et pierre ou brique et béton. La plupart de ces bâtiments ont été érigés entre la fin du 19e siècle et le 1er quart du siècle suivant (avec reconstructions pendant les années 1920 comme il est de coutume à Reims).

L'idée générale qui se dégage cependant est que le patrimoine de l’industrie alimentaire de la région Champagne-Ardenne présente une architecture diversifiée, en rapport plutôt avec la logique propre à chaque sous-catégorie (sucreries, biscuiteries...) ainsi qu'avec leur lieu et époque d'implantation (Reims ou les Ardennes, béton dès les années 1920...).

Aucun des sites de cette catégorie n'est protégé au titre des monuments historiques.

Décompte des œuvres bâti INSEE 1500
repérées 250
étudiées 24

Références documentaires

Bibliographie
  • ALVES, Gilles. Le patrimoine de l'industrie alimentaire. Les données de l'inventaire en Champagne-Ardenne. In ASSOCIATION POUR LE PATRIMOINE INDUSTRIEL EN CHAMPAGNE-ARDENNE, DOREL-FERRE Gracia (dir.). Le patrimoine industriel de l'agro-alimentaire en Champagne-Ardenne et ailleurs : Actes du colloque de l'APIC (Reims, 7-8 novembre 1998). Reims : SCEREN-CRDP Champagne-Ardenne, 2000, nouvelle éd. 2004. (Patrimoine ressources), p. 9-19.

    p. 9-19
  • Atlas du patrimoine industriel de Champagne-Ardenne : les racines de la modernité. Reims : SCEREN-CRDP Champagne-Ardenne, 2005.

    p. 12-15, 70-72, 90-91
  • ASSOCIATION POUR LE PATRIMOINE INDUSTRIEL EN CHAMPAGNE-ARDENNE, DOREL-FERRE Gracia (dir.). Le patrimoine industriel de l'agro-alimentaire en Champagne-Ardenne et ailleurs : Actes du colloque de l'APIC (Reims, 7-8 novembre 1998). Reims : SCEREN-CRDP Champagne-Ardenne, 2000, Nelle éd. 2004. (Patrimoine ressources). 188 p.

  • DUFOURNIER, Benoît. Le patrimoine industriel du sucre de betterave. In ASSOCIATION POUR LE PATRIMOINE INDUSTRIEL EN CHAMPAGNE-ARDENNE, DOREL-FERRE Gracia (dir.). Le patrimoine industriel de l'agro-alimentaire en Champagne-Ardenne et ailleurs : Actes du colloque de l'APIC (Reims, 7-8 novembre 1998). Reims : SCEREN-CRDP Champagne-Ardenne, nouvelle éd. 2004. (Patrimoine ressources), p. 91-108.

    p. 91-108
  • HUBERT, Michel, PERNET, Jacques. Regard sur un siècle de vie économique à Reims (1855-1955). Reims : Atelier graphique, 1991. 239 p.

    p. 193-194
Périodiques
  • CLAUSE, Georges. "Des friches à Connantre...". Contribution à l'étude de la betterave sucrière dans la Marne. Mémoires de la Société d'agriculture, commerce, sciences et arts du département de la Marne, 1995, t. 110, p. 315-408.

    p. 315-408