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Usines de transformation des métaux

Dossier IA51001676 réalisé en 2009

Fiche

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Aires d'études Champagne-Ardenne
Dénominations usine de transformation des métaux, fenderie, fonderie, grosse forge, laminoir, platinerie, tréfilerie, usine d'estampage, usine d'emboutissage

La catégorie des usines de transformation des métaux (hors fonderies, voir la présentation correspondante) regroupe les fenderies (où l'on fend le fer en barres ou sous d'autres formes pour obtenir des tringles de section carrée), les laminoirs (où s'effectue le laminage des métaux, en vue d'obtenir des tôles, des barres et des profilés), les grosses forges (où l'on façonne les métaux ou les alliages par martelage avec marteau-pilon, presse, mouton), les martinets (où se trouve un marteau mû au moyen d'une roue à cames, utilisé pour le forgeage des petites pièces), les platineries (où se trouve un marteau mû au moyen d'une roue à cames, utilisé pour le martelage des métaux en vue d'obtenir des plaques, des tôles) et les tréfileries (fabrication de fils).

136 sites ont été étudiés : 63 en haute-Marne (soit 46%), 56 dans les Ardennes (soit 41%), 9 dans l'Aube (soit 7%) et 8 dans la Marne (soit 6%).

Un comptage a également été effectué par catégories d'activité (un site peut regrouper l'une ou l'autre activité) :

- 15 grosses forges (11 dans les Ardennes et 4 en Haute-Marne) et 24 usines d'estampage (17 dans les Ardennes, 6 en Haute-Marne et 1 dans l'Aube)

- 19 fenderies (11 dans les Ardennes et 8 en Haute-Marne)

- 20 laminoirs (14 dans les Ardennes, 5 en Haute-Marne et 1 dans l'Aube) ; les forges anglaises n'ont pas été comprises car elles ont été prises en compte dans la synthèse « usine de fabrication des métaux »

- 10 platineries (8 dans les Ardennes et 2 en Haute-Marne)

- 29 tréfileries (6 dans les Ardennes, 16 en Haute-Marne, 4 dans l'Aube et 3 dans la Marne)- 12 martinets (8 dans les Ardennes et 4 en Haute-Marne)

- 30 tréfileries (4 dans les Ardennes, 19 en Haute-Marne, 4 dans l'Aube et 3 dans la Marne)

- 9 martinets (4 dans les Ardennes, 4 en Haute-Marne et 1 dans l'Aube)

Aussi bien en Haute-Marne que dans les Ardennes, la répartition géographique de ces usines correspond rigoureusement à celle des usines production des métaux, soit une frange sud-ouest/nord-est dans le premier département et sud-est/nord-ouest dans le second. Ceci avec des foyers assez marqués par sous-catégorie.

La platinerie est une activité très ancienne de la transformation du métal mentionnée dès le 16e siècle (Daigny en 1580) dans le bassin sedanais pour la production d'armure, et qui se tourne au 18e siècle vers la pöelerie essentiellement dans les bassins de Sedan (Bazeilles, Givonne, Illy, Pouru-Saint-Remy Daigny, La Moncelle, Douzy) et de Carignan (Carignan, Matton-et-Clémency). D'autres secteurs ont également été concernés par cette activité comme celui de Charleville (Mohon, Boutancourt), Monthermé (Phades), La Neuville-aux-Joûtes, Les Mazures et Landrichamps pour le cuivre. L'activité de certaines (Pouru-Saint-Rémy, Matton-et-Clémency ou Douzy) se maintient encore jusqu'au 19e siècle mais la plupart cèdent la place aux laminoirs (sur le même site ou bien sur de nouveaux sites).

Les platineries les plus anciennes se trouvent à l'est de Sedan, à Matton-et-Clémency (sites des Mattenets, établi au début du 19e siècle, et site de la Ferronnerie, construit sous la Révolution) et à Pouru-Saint-Rémy établi en 1834.

En Haute-Marne, l'usine de Noncourt-sur-Rongeant et la batterie de Roches-sur-Rognon ont oeuvré dans ce secteur.

Des martinets sont signalés à Douzy, Yoncq, Illy et Vrigne-aux-Bois pour les Ardennes, Louvemont, Donjeux, Manois et Biesles et il subsisterait celui de Douzy, Yoncq, de Manois (1815), de Roches-Chamouilley (1834) et peut-être celui de Louvemont (1827). L'implantation des laminoirs ardennais reprend assez précisément celle des platineries. Dans le sedanais ce constat a une raison historique car la tôle de luxe produite dans les laminoirs prend progressivement la suite des petites plaques pour poêle élaborées dans les platineries.

Le plus ancien se trouvait à Givonne et avait été construit en 1787 ce qui en faisait l'un des plus anciens de France mais il a été détruit en 1968. La Roulerie de Messempré à Messincourt est établie en 1814 mais leur véritable essor débute dans les années 1819 à 1824 (Rocroi, Brévilly, Carignan, Blagny, Guignicourt) et se poursuit sur la décennie suivante (Carignan-Longchamps vers 1832, Flize en 1832-36, Deville en 1834 et celui installé à -Montherme-Phades en 1834. Quelques usines de très grande taille ont pratiqué l'activité dans les Ardennes jusque dans la seconde moitié du 20e siècle (Flize, Brévilly et Glaire).

En Haute-Marne, le laminage a été représenté à Vraincourt, aux forges Sainte-Marie à Saint-Dizier, à Forcey et surtout à Marnaval et Froncles (cette dernière assurait 60% de la production de tôle de la firme Citröen dans la seconde moitié du 20e siècle).Des halles de laminage du 19e siècle sont encore sont conservées à Messincourt et (en partie) à l'usine de Phades à Monthermé et pour le 20e siècle dans les grands ensembles de Blagny, Brévilly, Glaire dans les Ardennes et Froncles et Marnaval pour la Haute-Marne. Actuellement seules les usines de Pure dans les Ardennes et Etilam (forges Saint-Marie) à Saint-Dizier poursuivent l'activité dans la région.

Les secteurs d'implantation des fenderies sont très proches de ceux des deux activités précédentes car elles travaillaient souvent de concert avec les laminoirs au sein des mêmes usines (les deux sites de Vrigne-aux-Bois, Carignan, Rocroi, Guignicourt-sur-Vence) ou bien avec des platineries (Daigny ou Rocroi).

L'activité de fenderie est bien antérieure à la Révolution puisque la plus ancienne est mentionnée en 1581 à Linchamps (Hautes-Rivières). Les fenderies étaient essentielles pour les industries de transformation et notamment pour les cloutiers ou la bouclerie.Quelques exemples intéressants sont conservés pour le 19e siècle comme à Linchamps (1822), Monthermé (Phades, 1834), Vrigne-aux-Bois (avec un premier site par Gendarme, la Fenderie, établi en 1823 et un second site plus rationnel légèrement en aval, Nouvelle-Fenderie, en 1845), Matton-et-Clémency (usine Henry, 1843). Le site de Pure comportait une halle remarquable établie en 1838 qui fut rasée en 1990.

Les premières fenderies apparaissent en Haute-Marne en 1605 à Saint-Dizier (Clos-Mortier) et 1628 (Marnaval), 1626 à Chateauvillain. Il s'agit donc d'une activité ancienne dans ce département arrivée seulement vingt ans après son invention vers 1579-80 dans la vallée de la Meuse moyenne. Les fenderies se sont développées à Poissons (1763), Rimaucourt et Bologne (18e siècle), Cirey-sur-Blaise (vers 1820), Ecot-la-Combe (1815), mais aucune structure n'est conservée de cette activité qui semble avoir été minoritaire par rapport aux Ardennes.

Elle n'est plus pratiquée à l'heure actuelle dans la région que par l'usine Ardennes-Refendage de Margut.

Les grosses forges et usines d'estampage sont essentiellement concentrées dans les vallées de la Meuse (Charleville, Bogny-sur-Meuse, Joigny-sur-Meuse, Nouzonville, Monthermé, Gespunsart) et de la Semoy (Thilay, Hautes-Rivières).

Technique venant d'Allemagne, l'estampage est introduit dans les Ardennes à la fin du 19e siècle en partie grâce à Lucien Demangel qui crée en 1902 la Manestamp à Charleville.

Ces deux pratiques ont été utilisées pour produire notamment des ferrures pour le chemin de fer à partir de la seconde moitié du 19e siècle (Raguet à Braux, Manufacture Ardennaise de boulons et ferrures de wagons de Levrézy, Ronflette-Dupuy et Thomé-Génot à Nouzonville, Badré-Badré à Hautes-Rivières) et l'automobile à partir de la fin du 19e siècle (Manestamp, Ateliers d'estampage de la Vence à Mohon, Robert Badré à Hautes-Rivières, Génot-Clairdent et Thomé-Génot à Nouzonville).

Usine emblématique du secteur, Thomé-Génot de Nouzonville a produit annuellement entre les années 1990 et jusqu'en 2008, date de sa fermeture, 15 millions de pièces pour les équipementiers automobiles, en particulier des pôles alternateur.

Des usines d'estampage sont toujours en activité dans ce secteur et il s'agit avec les fonderies et malgré la crise de 2008, de la branche métallurgique la plus dynamique des Ardennes à l'heure actuelle.

En Haute-Marne, le secteur a été représenté à Foulain, Harréville-les-Chanteur, Saint-Dizier (usine Robert), Nogent (cinq usines) et Bologne (Forge du haut). Bien que minoritaire en nombre par rapport aux Ardennes, la forge ou l'estampage sont des activités encore bien vivantes en Haute-Marne surtout à Nogent avec Béligné (racheté en 2014 par l'ardennais Raguet), PAM (outillage), Oury-Guyé (fondé et 1909 et spécialisé dans le matériel médico-chirugical) et dans de grandes usines qui sont à la pointe des procédés et de la technologie : Forges de Courcelles à Nogent (près de 500 salariés), Forges de Bologne ( 700 employés y travaillent du titane pour l'aéronautique avec notamment une presse récente de 6000 tonnes).

A la différence des catégories précédentes, les tréfileries sont plus nombreuses en Haute-Marne que dans les Ardennes.

Elles se concentrent surtout dans la vallée de la Manoise (Orquevaux, 3 à Manois), du Rongeant (Thonnance-les-Moulins, Noncourt-sur-le-Rongeant) et du Rognon (2 à Roches, Doulaincourt, 2 à Forcey, Andelot).

La première d'entre elles est mentionnée à Chateauvillain en 1626 mais c'est au 19e siècle qu'elles prennent leur essor avec 7 créations dans la première moitié de ce siècle (Manois en 1815, Clos-Mortier en 1827, Forcey vers 1830, Montot en 1834, Roches en 1838) et 9 dans la seconde moitié du fait de la volonté des industriels de diversifier leur production face au problème de la baisse revenus issus de production de la fonte. Les forges de Marnaval feront même bâtir un grand atelier dédié en 1935 au point que cela devienne même l'activité première de l'usine jusqu'à une date récente et Manois s'y convertira en 1935. Cette usine est d'ailleurs la dernière en activité du secteur depuis l'arrêt de celle de Saucourt-sur-Rognon dans les années 2000.

Dans les Ardennes on trouve des tréfileries à Mohon, Saint-Marceau et d'autres disparues à Carignan, Launois-sur-Vence et Daigny, ainsi qu'à Landrichamps et Fromelennes pour le cuivre.

Période(s) Principale : 19e siècle
Principale : 20e siècle

Pour les platineries, le site des Mattenets à Matton-et-Clémency est un parfait exemple de des petites structures typiques du Sedanais. Il comporte des bâtiments en moellon et charpente en bois à demi-croupe. Le second site de Matton-et-Clémency, celui de la Ferronnerie (construit sous la Révolution) est composé de deux ailes encadrant le coursier d'eau. Ces deux usines conservent des roues hydrauliques. Elle possédaient également des systèmes de partage des eaux en plusieurs masses (système de l'étang fractionné) permettant de mieux contrôler la réserve énergétique. Ce système apparaît pour la première fois à la platinerie de Daigny sur un plan daté de 1768.

Les bâtiments de martinets conservés dans les Ardennes ressemblent beaucoup à ceux des forges d'affinerie et des halles à charbon de l'époque moderne (aspect massif, plan rectangulaire, toit à croupe ou demi-croupe) dans le département pour la raison qu'en général le martinet proprement dit se trouvait à proximité du feu d'affinerie et de son marteau.

A Messincourt (1814), le site conserve une haute halle de fenderie à toiture à croupe couverte d'ardoise. Celle de Linchamps à Hautes-Rivières (datée de 1822), bien que proche morphologiquement inaugure un allongement du bâtiment qui sera repris et amplifié dans celui de l'usine de Phades à Monthermé en 1834 par les mêmes propriétaires, les frères Lagard. Cette nouvelle morphologie tout en longueur permettait de rationaliser les opérations en regroupant dans une même structure le haut fourneau, la forge et la fenderie. Ce morphotype sera retenu dans les années suivantes pour les fenderies-laminoirs (Flize par Gendarme en 1832-36 et à Vrigne-aux-Bois en 1843) et sera à l'origine des usines modernes de la seconde moitié du siècle qui présentent une répétition infinie de la même baie.

La halle de Linchamps est entièrement conservée. Elle ressemble également aux halles à charbon de l'époque. A Phades, la façade en moellons de schiste rythmée par des baies à arc en plein cintre subsistante donne une idée de l'ampleur de l'allongement entre ces deux sites séparés de douze ans.

Les trains de laminoirs modernes construits en pan de fer et brique ou essentage de tôle, pan de béton ont pu susciter la création de très grands ensembles bâtis avec des halles extrêmement longues et hautes comme à Blagny, Pure, Glaire ou Brévilly pour les Ardennes ou bien Froncles et Saint-Dizier (forges Saint-Marie) en Haute-Marne.

Les usines d'estampage ou les grosses forges sont en général de gros ensembles constitués de multiples bâtiments de matériaux variés suivant le pays où il se trouvent ou l'époque de leur construction. Avec les laminoirs modernes, il s'agit des plus grosses entités du secteur de transformation des métaux. Les usines Thomé-Génot de Nouzonville, Ateliers d'estampage de la Vence (5 ha) ou Manestamp à Charleville en sont bien représentatives : leurs vastes halles étaient occupées par de multiples moutons, pilons et presses de toutes puissances souvent mis en valeur sur les cartes postales anciennes. Un bâtiment de la Manestamp avait été surélevé dans les années 1980 pour recevoir une presse de 6300 tonnes, la plus puissante de France à l'époque. Probablement du fait de l’exiguïté de la vallée de la Semoy, les usines de ce secteur sont plus restreintes en taille.

En Haute-Marne, les bâtiments des tréfileries associaient souvent des martinets et des clouteries. Un bel exemple existe encore en partie à Manois (Saint-Blaise, 1815) où deux bâtiments enserraient un bief (celui du nord est tombé en ruine récemment) ; celui de la rive gauche accueillait un moulin et martinet, et celui de la rive droite la tréfilerie avec au niveau inférieur deux martinets. A Laferté-sur-Aube (1834) et Forcey (la Batterie, 1834) la tréfilerie était associée à une forge. Ce dernier site est d'ailleurs bien conservé et peut donner une idée des usines de taille réduite de cette époque dans des petites vallées.

Décompte des œuvres bâti INSEE 1500
repérées 250
étudiées 136