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Usines textiles (hors filatures et usines de bonneterie)

Dossier IA51001690 réalisé en 2009

Fiche

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Aires d'études Champagne-Ardenne
Dénominations usine textile, blanchisserie industrielle, corderie, tissage, usine de sparterie, usine d'apprêt des étoffes, moulin à foulon, usine de blanchiment, usine de feutre, usine de broderie mécanique, usine de teinturerie

La catégorie des usines textiles présentée ici comporte toutes les lieux où l'on traite et travaille les fibres textiles. Que ce soient des usines de tissage (37 sites), des usines de teinturerie (27 sites), des usines d'apprêt des étoffes (crêpage, empesage, lustrage, glaçage, gaufrage, etc ; 14 sites) ou de blanchiment (14 sites), des moulins à foulon pour le foulage des étoffes (11 sites) ; plus d'autres activités moins représentées : 3 usines de feutre, 1 usine de sparterie (usine où l'on fabrique des tapis, nattes, chapeaux, etc., en fibres végétales tressées :alfa, sisal, crin ; à Vouziers), et 1 usine de broderie mécanique (Sainte-Savine). Catégorie qui comprend bien entendu également toutes les usines textiles généralistes, accueillant sous leurs toits plusieurs activités complémentairement.

Ont été exclus par contre de cette présentation les 217 usines de bonneteries et les 85 filatures, qui constituent des domaines d'activité spécifiques et qui à ce titre sont étudiés séparément au sein d'autres textes de présentation.

Au total 116 sites correspondent à cette définition : 44 sites ardennais (soit 38 %), 40 sites marnais (34,5 %), 27 sites aubois (23 %), et 5 sites haut-marnais (4,5 %). Ce dernier département n'étant concerné qu'incidemment au travers de sites qui connurent aussi d'autres activités (peausserie, mécanique, scierie) et de 3 moulins (Laferté-sur-Aube, Perrancey-les-Vieux-Moulins, Vaux-sur-Blaise) qui ont servi à un moment de leur histoire à fouler le tissu.

Le travail du textile est une activité urbaine (ou péri-urbaine) dans 80 % des cas. Avec une exception notable : l'ensemble des sites du nord de la Marne situés le long de la rivière Suippe (Bétheniville, Pontfaverger, Warmeriville, Isles-sur-Suippe, Bazancourt, Boult-sur-Suippe et Suippes même), auquel on pourrait associer dans une certaine mesure les implantations du sud ardennais, notamment à Neuflize ; et qui constituent un grand secteur rural de forte tradition textile.

Les villes les plus représentées sont Sedan et sa périphérie (Balan, Bazeilles, Daigny, Floing) avec 36 sites dont 29 à Sedan même, Reims avec 27 sites (dont à proximité à Saint-Brice-Courcelles), Troyes et sa périphérie (Sainte-Savine notamment) avec 23 sites ; et dans une moindre mesure Romilly-sur-Seine (3 sites) avec tout proche 1 usine à Marcilly-sur-Seine (51).

Les localisations géographiques sont souvent assez tranchées entre activités :

- les usines de tissage sont marnaises à 60 % et surtout rémoises (11 sites) ou implantées dans la vallée de la Suippe (10 sites) ; et dans ce département sont la plupart du temps (86 %) associées à une filature. L'autre grand secteur concerné est le sedanais (11 sites), mais ici surtout dans le cadre d'une monoactivité (86 %). On trouve des usines de tissage dans les Ardennes aussi à Neuflize et à La Ferté-sur-Chiers ; à Sept-Saulx dans la Marne ; et dans l'Aube à Troyes.

- les usines textiles généralistes sont essentiellement localisées à Sedan et dans sa périphérie, à 80 % ; plus quelques-unes à Reims (4 sites), Pontfaverger, Sept-Saulx, Rethel (08). Les cas sedanais correspondent à des sites exclusifs, qui ne furent et ne devinrent rien autre qu'usine textile.- la teinturerie connaît une répartition à peine plus diversifiée, uniquement urbaine, majoritairement rémoise (48 %) et troyenne (30 %), un peu sedanaise (15 %). Et est parfois associée (5 cas) à l'activité de blanchiment.

- laquelle activité de blanchiment est elle aussi exclusivement urbaine, mais majoritairement de l'agglomération troyenne (64 % ; plus un autre site aubois, à Romilly-sur-Seine) et rémoise pour le reste (21,5 %). Les exemples aubois étant à mettre en relation avec la bonneterie, omniprésente dans ce département, et qui réclame une phase de blanchiment des textiles.

- la situation est assez comparable pour les usines d'apprêt des étoffes, qui sont auboises pour 64 % d'entre elles, et dans ce cas sont également associées à la bonneterie (la totalité des 5 sites de Troyes et de son agglomération par exemple) ; et rémoises pour 36 % (et ici souvent associées à la teinturerie).

- les moulins à foulon sont surtout ardennais (2 cas sur 3), notamment à Sedan ou alentours ; et l'on a déjà évoqué les cas particuliers haut-marnais.

- les usine de feutre enfin sont rémoises (2), mais avaient été des teintureries dans un premier temps ; plus une à Mouzon (08).

Les dates de création de ces entreprises, lorsqu'elles sont connues, s'échelonnent globalement, toutes activités confondues, du milieu du 19e siècle jusque dans les années 1920.

Le tissage marnais s'installe à Reims et dans la vallée de la Suippe essentiellement au cours du 3e quart du 19e siècle, et les grandes usines textiles sedanaises du 19e siècle plutôt vers 1870-1880. Les blanchisseries auboises datent soit du 19e siècle, après 1865, soit des années 1920. Le plus grand nombre des teintureries ardennaises sont assez anciennes de création (années 1820-1830, 1865), les exemples marnais un peu moins vieux (années 1850-1875-fin 19e siècle et années 1920), et ceux de l'Aube plus récents (fin 19e siècle et années 1920). La situation est assez comparable pour les usines d'apprêt des étoffes, qui sont de création globalement plus récente dans l'Aube (vers 1865 et 1880 mais surtout 1ère moitié du 20e siècle) que dans la Marne (milieu 19e siècle et vers 1880) ; ainsi que pour les usines de blanchiment auboises (vers 1865 et années 1920). Les moulins à foulon, structure plus archaïque, moins industrielle, respectent une autre chrono-logique et constituent souvent les sites les plus anciens du corpus, souvent du 18e siècle (5 cas), voire davantage (Vaux-sur-Blaise, 1550).

Les autres catégories comportent également quelques sites dont la création remonte exceptionnellement au-delà du milieu du 19e siècle (excepté pour les blanchisseries et usines d'apprêt dont les fondations ne sont pas antérieures). Pour le tissage, les premières mentions datent de 1823 (La Ferté-sur-Chiers, 08), et à Reims de 1805 (tissage du Mont-Dieu) et 1834 (tissage des Capucins). Les premières teintureries connues datent pareillement des années 1820 et 1830 et sont ardennaises (Guilhas et Peyre/Labauche à Sedan). Une place à part doit être faite aux « usines textiles », qui souvent correspondent à de grandes installations, appelées « fabriques » sous l'Ancien Régime. Tous les sites les plus anciens une nouvelle fois sont ardennais, ou pour mieux dire, sedanais : usines Cunin-Gridaine, Labrosse-Bechet, et Montagnac. Deux sites bien connus ressortent du lot : la manufacture de drap dite des Gros-Chiens (1688), et bien entendu la manufacture royale du Dijonval (depuis 1646), laquelle a marqué le début de l'activité du tissage dans le sedanais.

Période(s) Principale : 19e siècle
Principale : 20e siècle

Globalement, le bâti des usines du textile date tout autant du 19e siècle (83 occurrences) que du 20e siècle (82) ; les plus fortes fréquences de construction se produisant pendant la 2e moitié du 19e siècle (62 sites) et pendant la 1ère moitié du 20e siècle (70 sites).

Les cas de bâti subsistant du 18e siècle sont peu fréquents. Hormis les moulins à foulon (voir précédemment), les usine textiles de ce siècle sont toutes sedanaises : teintureries Villain et Peyre, tissages Francourt et Bechet, usines du Dijonval, Labauche, Labrosse-Bechet et des Gros-Chiens.

Dans la continuité, les sites du début du 19e siècle sont aussi surtout ardennais (7 sites : Mouzon et surtout Sedan) : tissages Francourt, Lécluse, usines Labauche et Cunin-Gridaine, etc. La ville de Reims est aussi représentée à cette époque, avec les usines Jobert-Lucas et Warnier David.

Les exemples du 2e quart du 19e siècle sont plus rares encore ; et surtout marnais (usines Garnier-Carnot à Pontfaverger et des Capucins à Reims).

La période suivante, la seconde moitié du 19e siècle, globalement intéresse en majorité les sites marnais (29 sites) : autant ceux de Reims que ceux de la vallée de la Suippe au cours du 3e quart du 19e siècle ; mais surtout ceux de Reims pendant le 4e quart du 19e siècle ; cette dernière période intéressant aussi les sites du sedanais : 7 sites). La seconde moitié du 20e siècle voit également la construction d'usines textiles à Sedan-Rethel-Neuflize (17 sites) et à Troyes-Saint-Savine (12 sites).

Cette période correspond globalement à la mécanisation des activités, et notamment du tissage, qui ne progressa réellement qu'après 1855 et surtout vers la fin du 19e siècle.

Les tendances s'équilibrent un peu plus pendant la 1ère moitié du 20e siècle ; à deux exceptions près : la plus forte présence du bâti aubois pendant cette période (18 sites) que lors des précédentes (et notamment pendant le 2e quart du 20e siècle), et la fréquence des constructions rémoises vers 1920-1925 (26 sites) ... effet direct des reconstructions qui firent suite aux désastres de la Première Guerre mondiale.

La tendance générale est donc celle d'un bâti ardennais-sedanais particulièrement ancien (18e siècle-1er quart 19e siècle), d'une période suivante importante surtout pour le bâti marnais (jusque vers 1925), et de constructions auboises plus récentes encore (notamment du 2e quart du 20e siècle).

Les usines textiles de notre sélection sont associées à du logement d'entreprise dans 41 % des cas (48 sites), qui le plus souvent correspond à de l'habitat patronal (37 sites). On voit de beaux exemples de maisons patronales sur les bords de la rivière Suippe, à Bétheniville, Suippes, Warmeriville. Pareillement, la plupart des cités ouvrières associées à des usines textiles se trouvent elles-aussi dans la Marne dans les sites ruraux de la vallée de la Suippe (plus une à Reims, à Troyes et à Neuflize).

Au niveau constructif, les usines textiles se placent dans la moyenne régionale toutes industries confondues : 72 % des bâtiments font intervenir la brique et 62 % de la pierre ; le béton est utilisé dans 28 % des sites. On remarque cependant l'emploi un peu plus fréquent de la pierre de taille (dans 38 % des sites contre une moyenne de 31 % toutes industries confondues), dû à la plus grande monumentalité de beaucoup de sites sedanais (usines Van Bervesseles, Dehau, Bechet, Francourt, Labauche, etc.).

27 sites ont conservé leurs cheminées d'usine (soit 21 %) : 4 dans les Ardennes (soit 9 % des sites), 8 dans l'Aube (30 %), 13 dans la Marne (33 %), et 2 en Haute-Marne (40 %). Ce qui représente une fréquence globalement élevée (excepté pour les Ardennes) au regard de la situation régionale toutes activités confondues (14 %).

Les bâtiments de 33 sites ont été trouvés détruits ou partiellement détruits (28 %), ce qui en fait proportionnellement deux fois plus que la moyenne de l'ensemble des sites industriels recensés en Champagne-Ardenne. Confirmation que le domaine textile a été durement touché par les destructions dans la région. 71 % ont été trouvés désaffectés, soit à peine davantage que la moyenne générale (66 %).

Pour les usines de tissage, il faut distinguer les exemple sedanais, plus anciens et de forme différente. A Sedan intra-muros, les anciennes usines de tissage sont des immeubles qui proposent les surfaces de production nécessaires à l'activité par l'empilement des étages à défaut de pouvoir s'étendre au sol dans ce contexte urbain. Ces immeubles se caractérisent des immeubles d'habitation par un grand nombre de fenêtres, et par des combles mansardés et aménagés (sites Bechet, Francourt et Sauvage par exemple). Les sites plus récents se sont implantés en périphérie pour pouvoir étaler plus librement leur bâti caractéristique en rez-de-chaussée à toits en sheds ou à deux pans ; il en subsiste des exemples à Balan (usine Godchaux), Floing (Lallement) ou Sedan extra-muros (Van Bervesseles).

Dans les autres départements il reste assez peu de chose du bâti des usines de tissage, qui sont plus récentes. Parmi les mieux préservées on citera à Troyes l'usine Hoppenot, à Reims l'usine Lelarge (et Walbaum avant destruction), à Bétheniville l'usine Oudin. Les anciennes usines de tissage se caractérisent par la fréquence des grands bâtiments en longueur en rez-de-chaussée couverts majoritairement de toits à 2 pentes pour les ateliers et pour les magasins, plus fréquemment que de toits en shed.

Les usines textiles généralistes, essentiellement ardennaises et sedanaises on l'a dit, respectent la même logique : exemples sedanais anciens ressemblant à des immeubles (sites Cunin-Gridaine, Lemoine-Desmarets) et se développant en hauteur sur de nombreux étages (sites Labrosse-Bechet, Labauche) avec une certaine monumentalité et parfois une qualité exceptionnelle de construction (manufacture royale du Dijonval et manufacture du Gros-Chien) ; et exemples plus récents aux volumes plus étales, à toits en shed (usine L'Espérance à Floing et fabrique de tapis du Point de Sedan). Le grand bâtiment Lainé à Rethel (14 travées) constitue un cas intéressant de datation intermédiaire (3e quart du 19e siècle) : il conserve l'élévation importante des sites plus anciens, mais son étalement en surface annonce les constructions industrielles à venir.

La ville de Reims conserve un bel exemple d'usine textile du début du 19e siècle présentant encore, en ville, l'aspect d'un grand immeuble à étages comparable aux cas sedanais : l'ancienne usine Warnier David rue de Cernay.

Les usines de blanchiment sont des volumes essentiellement utilitaires, à toits à deux pans fréquents, ou en shed ; plus ou moins développés en hauteur (exemples à étages à Troyes aux usines Quinquarlet et Rozon/Milleret), souvent avec une grande halle (bâtiment de séchage) comme à Troyes (usine Simon) ou à Charleville-Mézières (rue J. Lobert) et/ou avec des lanterneaux pour la ventilation de ces grands volumes (Reims, impasse de la Blanchisserie).

Les usines de teinturerie respectent la même logique. Certaines présentaient de très grands volumes d'ateliers : à Reims les usines Briaillard (aviron club), Kanengieser ou Houpin ; à Troyes les usines Rougé ou Marot. L'ancien site de la teinturerie Poirrier Mortier et Muller à Reims rue Clovis conserve une belle façade en brique et pierre à oculus. Les sites sedanais une nouvelle fois se démarquent, par leur aspect d'immeuble à étages pour les plus anciens (18e siècle - début 19e siècle) comme la teinturerie Villain, pour le volume exceptionnel de certains établissement (ancienne teinturerie Guilhas, actuellement hôpital) ; les sites plus récents, bien que fréquemment assez vastes (usine Henrion) y présentent un aspect plus habituel et des bâtiments couverts en shed.

Les moulins à foulon sont avant tout des moulins et respectent souvent l'architecture correspondant à cette fonction. On signalera cependant quelques cas particulièrement développé, notamment dans les Ardennes : à Sedan la foulerie Paignon en forme de très grand et haut moulin, la foulerie Lemoine-Desmarets en forme d'immeuble cossu, et celle de Bazeilles, toute en pierre de taille, communs monumentaux du château du lieu ; et un exemple haut-marnais particulièrement développé à Vaux-sur-Blaise.

Trois sites exceptionnels, tous sedanais, souvent mentionné précédemment, sont protégés au titre des monuments historiques : la manufacture royale de draps dite « le Dijonval » aux parties inscrites MH le 24 mars 1962 et classées les 26 mai 1977 et le 7 mars 1980 ; l'immeuble/fabrique dit « du Gros-Chien » aux parties classées le 7 septembre 1978 et inscrites MH à la même date ; et l'usine Cunin-Gridaine dont les façades et toitures et l'escalier, ont été inscrits MH le 12 septembre 1991.

Par ailleurs, l'ensemble des machines à tisser de l'usine de tapis du « Point de Sedan » ont été récemment classées MH au titre objet, le 6 janvier 2012.

D'autres sites peuvent être signalés comme remarquables. Notamment dans les Ardennes : le moulin à foulon du château de Bazeilles, les usines Paté de Neuflize et Lainé de Rethel, et à Sedan l'usine Villain (parmi d'autres). Mais aussi, dans le domaine peu représenté de la sparterie, l'usine Desrousseaux de Vouziers.

Décompte des œuvres bâti INSEE 1500
repérées 250
étudiées 116